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Faut-il des jours fériés pour chaque religion ?

Certains proposent de réserver deux jours fériés à chacune des trois principales religions de France.

Certains proposent de réserver deux jours fériés à chacune des trois principales religions de France. - -

Sur les 11 fériés chaque année en France, six sont liés à la religion chrétienne. Certains estiment que juifs et musulmans pourraient aussi avoir leurs jours, quitte à limiter le nombre de fêtes religieuses catholiques.

Si le 8 mai était une date historique dont le sens fait encore débat, ce jeudi 9 mai est une fête religieuse : l’Ascension représente l’élévation au ciel de Jésus. Sur les 11 jours fériés de l’année, six sont en fait des fêtes religieuses issues de la tradition chrétienne : Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint et Noël, alors qu’aucun jour férié ne correspond à une fête issue d’une autre tradition religieuse.

« Un traitement égal pour chaque religion »

Pour Marine Le Pen, c'est très bien comme ça. Mercredi, la présidente du Front National a estimé qu'il ne fallait rien changer au système des jours fériés, car il porte l'empreinte « d’une histoire et d'une religion », le christianisme. « Nous avons une histoire, nous puisons nos racines dans une religion, c'est ça aussi les jours fériés », estime la responsable frontiste qui affirme que « c'est la chrétienté qui a construit la France ».
Pendant la présidentielle de 2012 pourtant, Eva Joly, la candidate d'Europe Écologie-Les Verts (EELV) avait souhaité que « juifs et musulmans puissent célébrer Kippour et l'Aïd-el-Kebir lors d'un jour férié » pour que « chaque religion ait un égal traitement dans l'espace public ». Elle se référait à une proposition du rapport de Bernard Stasi sur la laïcité remis au président Chirac fin 2003, qui n’avait alors pas donné suite.

« Marquer le caractère laïc de la France »

Pour Dounia Bouzar, anthropologue et spécialiste de l'analyse du fait religieux, mieux répartir les jours fériés entre les religions correspondrait totalement aux valeurs de la France. « Au lieu de mettre six jours de l’histoire chrétienne, il vaudrait mieux pouvoir mettre deux jours de l’histoire juive, deux de l’histoire musulmane, deux de l’histoire chrétienne pour marquer symboliquement que ça fait partie de la France », considère l’anthropologue. « Comme Noël est devenu la fête de tous les Français, qu’ils soient croyants ou pas, juifs ou musulmans, il s’agirait d’avoir la même idée avec deux jours juifs et musulmans pour bien marquer le caractère laïc de la France, c’est-à-dire qu’on peut croire ou pas, ou en ce que l’on veut, et être pleinement français ».

« Tout le monde ne peut pas fermer boutique »

Les premiers concernés, c’est-à-dire les fidèles des trois principales religions de France, sont en revanche plus hésitants. Stéphane, musulman, estime ainsi qu’une date symbolique serait bien, mais suffisante. « Il en faut un minimum pour les musulmans, par exemple le jour de l’Aïd, le plus grand, ce serait bien de l’avoir. Mais les avoir tous, on ne s’en sortirait pas », estime-t-il sur RMC. Saïd, qui tient une épicerie casher, ferme déjà pour les fêtes juives et ne voit donc pas l’intérêt de prendre un jour férié. « On ne peut pas généraliser pour tout le monde. Toutes les fêtes juives, on ferme, mais tout le monde ne peut pas fermer, ça ne concerne que la religion juive ». Quant aux catholiques, ils ne voient pas de souci pour créer de nouveaux jours fériés pour les autres religions, à condition que ça ne leur enlève rien. C’est l’avis de Bernadette, rencontrée sur le parvis d’une église. « Je ne voudrais pas qu’on supprime certains jours fériés catholiques pour les autres religions, parce que ça fait partie de l’histoire de France ». Mais dans ce cas, pour une parfaite égalité entre les religions, il faudrait ajouter 12 jours fériés au calendrier français qui en compte actuellement 11. Et selon l’Insee, ces 11 jours coûtent déjà 1,8 milliards d’euros à la France.

Mathias Chaillot avec Jean-Baptiste Durand