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Évaluations en CE1: les élèves sont-ils déjà en difficulté?

Rentrée dans une école élémentaire à Toulouse, le 1er septembre 2020

Rentrée dans une école élémentaire à Toulouse, le 1er septembre 2020 - LIonel BONAVENTURE © 2019 AFP

Les élèves de CE1 attaquent ce lundi et jusqu'au 25 septembre leurs évaluations en français et mathématiques après une année de CP marquée par le confinement et l'enseignement à distance.

Top départ pour les évaluations de CE1. À partir de ce lundi et jusqu'au 25 septembre, tous les enfants scolarisés en CE1 doivent être évalués en français et mathématiques. Des évaluations qui sonnent différemment cette année: les élèves concernés ont appris à lire et à écrire durant la crise de la Covid-19. Et ont donc vécu une scolarité de CP inédite, bouleversée par deux mois de confinement, autant d'enseignement à distance et un mois de juin clairsemé dans les classes. Faut-il pour autant craindre que ces enfants aient davantage de difficultés? Se pourrait-il qu'ils soient déjà en retard dans l'apprentissage de la lecture et de l'écriture?

Trop tôt pour faire un état des lieux?

Certains considèrent qu'il est encore trop tôt pour observer les conséquences du confinement, de l'enseignement à distance et de l'absentéisme. D'autant que, selon les territoires, les disparités peuvent être grandes. C'est le point de vue de Laurent Hoefman, le président du Syndicat national des écoles (SNE).

"Il est évident qu'il y a eu une perte de scolarité pour certains enfants, reconnaît-il pour BFMTV.com. Mais pour pouvoir se prononcer sur les acquis, alors que nous sommes toujours dans une logique de protocole sanitaire qui prend beaucoup de place depuis la rentrée, il faudra un peu plus de temps."

D'où tout l'intérêt, selon lui, de ces évaluations dans ce contexte si particulier. "C’est un outil très intéressant qui permettra plus que jamais de savoir où en sont les enfants. On pourra dresser un état des lieux précis."

Le primaire pensé en cycles

Cyrille Tosch, secrétaire national du Sgen-CFDT, invite pour sa part à ne pas sombrer dans l'alarmisme. "Oui, nous avons observé un accroissement des inégalités entre les élèves mais il y a aussi eu des acquis durant cette période", assure-t-il pour BFMTV.com. Autre argument qui inviterait à dédramatiser: à l'école primaire, l'enseignement n'est pas conçu en années mais en cycles.

"Le cycle 2 va du CP au CE2 et le cycle 3 du CM1 au CM2. Les choses ne s'arrêtent donc pas définitivement en fin d'année de CP, il y a un continuum dans les apprentissages qui se poursuit les deux années suivantes. Si, pour certains, il y a eu un trimestre d'interruption, cela s'inscrit néanmoins dans un calendrier beaucoup plus long."

Mais il regrette tout de même que ces évaluations soient standardisées et imposées de manière généralisée. "On est dans un moment où l'on aurait besoin de prendre un peu de temps. Or, cela représente une charge supplémentaire pour les enseignants." Cyrille Tosch, du Sgen-CFDT, craint également que ces évaluations ne restent lettres mortes, "alors qu'elles devraient permettre d'adapter la réponse pédagogique".

Des habitudes de travail perdues

Sur le terrain, les personnels de l'éducation ont pourtant déjà remarqué des différences avec les années précédentes. "Il y a des attitudes et des comportements qui ne trompent pas", pointe pour BFMTV.com Geoffrey Capliez, directeur d'une école primaire à Méricourt, dans le Pas-de-Calais, et secrétaire général du SNE. "On le voit qu'il leur a manqué un trimestre", maintient-il.

Anne-Sophie Sobczak, enseignante en CE1 dans cette même école, évoque ainsi les difficultés pour les enfants de rester assis à leur table, de suivres les règles communes ou encore de travailler en groupe. "Certaines habitudes ont été oubliées et ils ont du mal à se remettre dans une logique collective", raconte-t-elle à BFMTV.com.

"Il faut répéter la consigne individuellement pour qu'elle soit entendue. Ils n'écoutent pas quand je parle au groupe classe et ils ne comprennent pas si je ne m'adresse pas directement et personnellement à eux."

Au-delà de ces questions d'attitude, elle note également des "manquements" dans l'apprentissage des fondamentaux. Certains ont perdu l'habitude de lire. Et pour d'autres, s'ils maîtrisent la lecture, "ils ne comprennent pas ce qu'ils lisent". Car même s'ils ont travaillé à la maison, ce n'est ni la même méthode, ni les mêmes exigences qu'en classe. "En principe, en fin de CP, on prépare le passage en CE1. Les habitudes de travail sont bien ancrées et les enfants gagnent en autonomie." Or, ce n'est pas le cas.

En début de CE1 "avec un petit niveau de CP"

Un enseignant en CE1 à Roubaix, dans le Nord, qui souhaite conserver l'anonoymat, confie à BFMTV.com le retard considérable pris par ses élèves. Lui qui avait déjà l'année dernière en CP deux tiers d'entre eux assure qu'ils lisent aujourd'hui moins bien qu'avant le confinement. Il parle même de "régression".

"Ils ont énormément perdu, notamment en écriture. Elle n'était pas aussi faiblarde au mois de mars. La tenue du stylo, la forme des lettres sont problématiques. On se retrouve en début de CE1 avec des élèves qui ont un petit niveau de CP."

Pour remettre en route la machine, les exigences vont être revues à la baisse. Cet enseignant se veut toutefois optimiste. "Il est évident que les élèves de CE1 sont très impactés. Mais en réalité, ils ont cinq ans et jusqu'au CM2 pour consolider leurs apprentissages. Tout se rattrapera. Ce n'est qu'une question qui ne sera pas consacré au programme de CE1."

Le plus difficile, selon lui: voir dans le regard des enfants qu'ils ont déjà conscience de leurs difficultés. "Certains ont démarré la lecture juste avant le confinement. Ils faisaient des grands sourires, ils étaient heureux. Là, j'ai l'impression que le simple fait qu'ils se rendent compte d'être à la peine rend la tâche plus dure."

"Que les enfants se sentent bien à l'école"

Mais pour Anne-Sophie Sobczak, enseignante en CE1 à Méricourt, l'essentiel est ailleurs. "Ce que l'on souhaite, c'est que les enfants se sentent bien à l'école, qu'ils soient à l'aise." Elle a ainsi consacré du temps dès la rentrée afin d'échanger sur leur vécu du confinement et cette année scolaire si particulière.

"On sait qu'ils ont connu une période qui n'était pas évidente, avec un climat familial qui n'était pas le même pour tous. Ce qu'on veut, c'est les sécuriser, les rassurer et créer un climat favorable dans la classe pour ensuite revenir sur les fondamentaux."

L'enseignante a déjà trouvé le moyen de les accrocher: des extraits de Harry Potter pour les remettre dans le bain de la lecture.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV