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Éradication ou protection: à Paris, la lutte contre la prolifération des rats divise

Là où des habitants excédés par ces rongeurs entendent les exterminer, des associations de défense des animaux plaident pour des techniques plus douces, telles que la lutte contre les déchets sauvages dans la capitale.

Ils ne seraient pas moins de cinq millions à arpenter les rues de Paris, nuit et jour, à la recherche de nourriture. Depuis plusieurs années, les rats semblent proliférer dans la capitale et leur nombre serait en augmentation, selon des spécialistes. "Ça s'est vraiment dégradé", a assuré sur le plateau de BFM Paris ce lundi Romain Lasseur, spécialiste en espèces invasives et docteur en toxicologie animale.

"On mesure cette augmentation par notre capacité à les voir en surface à des heures inappropriées, explique-t-il. On arrive à voir des rongeurs en pleine journée. Ce qui signifie qu'il y a une vraie pression sur l'alimentation et que la population a augmenté."

Si l'espèce n'est pas forcément hostile à l'homme, sa prolifération à Paris engendre un important risque sanitaire, selon Romain Lasseur.

"Le rat est vecteur d'un certain nombre de maladies (...) Ils sont porteurs de bactéries qu'ils déposent dans des lieux sensibles, à des endroits où les gens peuvent rentrer en contact avec eux."

Des "brigades" d'éradication de rats

Face à la multiplication de ces rongeurs dans les rues de Paris, des habitants ont ainsi décidé d'agir pour les éradiquer, à l'image des "brigades" créées dans le 17e arrondissement. Gérées par des bénévoles, elles répondent à l'appel de riverains qui leur signalent des rats en surnombre.

Ces bridages se rendent ensuite sur place pour "trouver l'origine de l'infestation de rats", explique Jacques D'Allemagne, membre d'un groupe de chasseurs de rongeurs dans le 17e.

Dans cet arrondissement, les bénévoles tuent ces petits mammifères en utilisant de la glace carbonique gazeuse, qui se liquéfie une fois dans les terriers des rongeurs. Une technique "qui a fait ses preuves à New York", selon Geoffroy Boulard, maire du 17e, qui assure qu'il est "démontré que les rats ont muté et résistent aux produits utilisés par la Ville de Paris".

Une solution alternative: la lutte contre les déchets

Si le procédé est écologique, il ne plaît pas pour autant aux associations de défense des animaux, qui luttent contre l'extermination des rongeurs et souhaitent mettre en place des techniques "douces" et non létales pour empêcher la prolifération des rats. La solution selon Amandine Sanvisens, présidente de l'association Paris Animaux Zoopolis, passe avant-tout par la lutte contre la prolifération des déchets dans les rues de la ville.

"Aujourd'hui, les poubelles sont relevées le matin, alors que nous demandons qu'elles soient relevées partout dans Paris le soir. Nous souhaitons également que toutes les poubelles publiques soient hermétiques, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", explique-t-elle.

Selon un sondage Ifop commandé en début d'année par une association de défense des animaux, pas moins de 61% des Parisiens souhaitent, comme Paris Animaux Zoopolis, que la mairie trouve des solutions alternatives pour enrayer la prolifération des rats, sans pour autant tuer ces rongeurs.

Mais si plus de 3.500 poubelles hermétiques anti-rats sont actuellement réparties dans Paris - soit 10% du parc -, les spécialistes estiment que les citoyens restent les premiers acteurs de la lutte contre l'installation de ces mammifères. C'est en effet à eux qu'il revient de ne pas jeter leurs déchets n'importe où.

"Il faut des moyens coercitifs, sans quoi on risque de voir perdurer la problématique", a déclaré au micro de BFM Paris Stéphane Bras, porte-parole de la Chambre Syndicale 3D, qui réunit des entreprises de lutte contre les parasites et les nuisibles.

Les rats et autres nuisibles: un enjeu des municipales

La lutte contre la prolifération des rats, qu'elle passe par des techniques létales ou plus "douces", sera sans aucun doute un des enjeux des municipales dans la capitale, où vivent deux à trois rongeurs par habitant. La propreté à Paris reste en effet un sujet déterminant pour 71% des Parisiens, selon un récent sondage Ifop paru en janvier 2020.

Candidate à sa réélection, Anne Hidalgo propose par exemple de porter le budget propreté de la ville à un milliard d'euros par an. Le dissident LaREM Cédric Villani entend quant à lui troquer les 30.000 poubelles en plastique de la capitale pour des conteneurs en métal ou encore moderniser l'équipement des agents de propreté.

Le candidat écologiste David Belliard souhaite pour sa part une poubelle à 50 mètres de chaque Parisien tandis que pour Rachida Dati, la lutte contre les déchets sauvages passe notamment par l'externalisation de la collecte des poubelles au privé.

Juliette Mitoyen