BFMTV

Emmaüs : « La pauvreté n'est pas un crime »

Dans certaines villes, le mobilier urbain est modifié pour repousser les sans-abri, déplore le président d’Emmaüs France.

Dans certaines villes, le mobilier urbain est modifié pour repousser les sans-abri, déplore le président d’Emmaüs France. - -

Dénonçant une criminalisation de la pauvreté, Emmaüs et la Fondation Abbé Pierre lancent, à un an des élections municipales, un appel aux maires qui ont pris des arrêtés anti-mendicité, anti-glanage ou anti-bivouac. Les deux associations veulent mettre fin à ces dispositifs, indignes selon elles.

Mettre les pauvres à l’amende, « c’est ridicule », a lancé ce vendredi matin sur RMC, le président d'Emmaüs France, Christophe Deltombe. Avec la Fondation Abbé Pierre, Emmaüs a choisi un slogan choc pour sa nouvelle campagne : « La pauvreté n'est pas un crime ». Dans le viseur des associations, les municipalités qui prennent des arrêtés anti-mendicité, anti-glanage ou anti-bivouac. A un an des élections municipales, Emmaüs et la Fondation Abbé Pierre lancent un appel aux maires pour mettre fin à ces dispositifs qu'ils qualifient d'indignes.

38€ d’amende pour fouille de poubelle

Une quinzaine de ville sont concernées aujourd'hui par ces arrêtés. A Lourdes, Marseille, Cannes, Bordeaux, Nogent-sur-Marne, ils sont en place depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Dans certaines localités, mendier ou fouiller des poubelles est passible de 38 euros d'amende.
Aujourd'hui 8,6 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 964 euros par mois.

« Les Nogentais m’ont demandé de faire cesser ce genre de situations »

Montré du doigt également, le mobilier urbain modifié pour repousser les sans-abri. Christophe Deltombe, le président d'Emmaüs France : « Ce qui était banc se transforme en chaise, ce qui était rebord d’immeuble est maintenant constellé de plots, qui empêchent de s’y allonger ». Et dans le lot des arrêtés, pour éloigner la mendicité, certaines villes ont choisi de voter des textes pour interdire la fouille des poubelles. Une demande de leurs administrés, à en croire de nombreux maires, comme celui de Nogent-sur-Marne, Jacques Martin : « Quand vous avez des poubelles qui sont renversées, avec des personnes qui y fouillent, vous pensez bien que les Nogentais m’en ont parlé, en me disant : il faut faire cesser ce genre de situations ».

« Le rôle du maire, c’est aussi de faire de la pédagogie »

Un discours qui fait bondir Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre : « Le rôle du maire, c’est aussi de faire de la pédagogie. C’est faux de croire qu’on peut vivre en s’enfermant, sans regarder la réalité telle qu’elle est ».

« Faire passer certaines valeurs avant le reste »

Marc Prévot, le président d’Emmaüs Solidarité (version parisienne de l’association), ajoute : « Le rôle d’un maire, en tant que responsable politique, c’est d’être au-devant de ses troupes, pas derrière. Donc il y a un certain nombre de thèmes, qui correspondent à des valeurs humaines essentielles, sur lesquelles on leur demande d’être à la tête de leur population, de montrer l’exemple, de montrer qu’il y a un certain nombre de valeurs qui doivent passer avant le reste : les valeurs d’accueil, d’égalité, de traitement humain de ces personnes ».

Deux films sont diffusés à partir de ce vendredi sur le site internet dédié lapauvretenestpasuncrime.fr. Les deux associations appellent les habitants à y signaler les villes où des arrêtés anti-mendicité ont été pris.

J.V. avec Céline Martelet