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Vingt ans après, comment est enseigné le 11-Septembre à l'école?

Le vol United Airlines 175 s'approchant de la tour sud du World Trade Center à New York le 11 septembre 2001

Le vol United Airlines 175 s'approchant de la tour sud du World Trade Center à New York le 11 septembre 2001 - SETH MCALLISTER © 2019 AFP

Du collège au lycée, le 11-Septembre a intégré les programmes et les manuels. Mais avec le temps, les réactions des élèves ne sont plus les mêmes.

C'était il y a vingt ans. Le 11 septembre 2001, plusieurs attentats frappaient les États-Unis, faisant près de 3000 morts et bouleversant le monde entier. En réponse, le président américain George W. Bush adoptait la doctrine de "guerre préventive contre le terrorisme". Le mois suivant, il envahissait l'Afghanistan et, deux ans plus tard, l'Irak de Saddam Hussein, pays considéré comme membre de "l'axe du mal".

Aujourd'hui, le 11-Septembre est devenu un événement historique - d'ailleurs parfois désigné comme la date de début du XXIe siècle - présent dans les programmes scolaires, les manuels et enseigné à l'école dès le collège.

• Dans quelles classes est-il enseigné?

Au collège, en troisième

Le 11-Septembre s'inscrit principalement dans le programme de 3e, notamment dans le chapitre qui traite des enjeux et des conflits dans le monde après 1989, comme le rappelle Éduscol, le site officiel d'information et d'accompagnement des professionnels de l'éducation.

Il est le plus souvent abordé en fin d'année. "C'est le dernier point du programme sur les relations internationales", explique à BFMTV.com Amélie Hart, professeur d'histoire-géographie en collège et co-responsable du groupe histoire-géographie au Snes, le premier syndicat d'enseignants du second degré.

Le 11-Septembre évoqué dans le manuel d'histoire de 3e de la maison d'édition Magnard
Le 11-Septembre évoqué dans le manuel d'histoire de 3e de la maison d'édition Magnard © Amélie Hart
Mais cet événement est souvent traité rapidement, en général pas plus d'une heure. "On l'aborde selon le temps dont on dispose sachant que les enjeux et les conflits depuis la fin de la Guerre froide, ça fait beaucoup d'autres choses à voir", poursuit Amélie Hart.

D'autant que depuis le programme actuel, qui date de 2016 et de la réforme du collège, il y a eu entre autres la présidence de Donald Trump, le conflit en Irak et en Syrie ou encore la guerre au Sahel...

Autant de sujets que les professeurs tentent souvent d'évoquer dans le temps imparti. "Si on veut que les élèves comprennent le monde dans lequel ils vivent, on est obligé d'aborder davantage de choses et donc de donner moins de place à certains événements, sachant que le nombre d'heures de cours, quant à lui, n'augmente pas", commente la syndicaliste.

Au lycée, en terminale

Le 11-Septembre est étudié en terminale. Il s'inscrit dans le thème consacré au monde depuis les années 1990, "entre coopération et conflits". Dans le Bulletin officiel de l'Éducation nationale, le 11-Septembre est ainsi présenté comme un "point de passage et d'ouverture".

Le manuel d'histoire-géographie de terminale, Magnard
Le manuel d'histoire-géographie de terminale, Magnard © BFMTV
Le manuel d'histoire-géographie de terminale, Magnard
Le manuel d'histoire-géographie de terminale, Magnard © BFMTV
"C'est inévitable dans le tronc commun, je ne vois pas comment on peut faire l'impasse", indique à BFMTV.com Pascal Kittel, professeur d'histoire-géographie dans un lycée à Strasbourg et secrétaire fédéral chargé des politiques éducatives au Sgen-CFDT.

Le 11-Septembre peut également être abordé dans le cadre de la spécialité histoire, géographie, géopolitique et science politique (HGGSP) en terminale, notamment dans le deuxième thème intitulé "Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution". Et plus particulièrement lorsqu'il s'agit d'étudier les "guerres asymétriques".

Le manuel d'HGGSP de terminale, Hachette
Le manuel d'HGGSP de terminale, Hachette © BFMTV
Le manuel d'HGGSP de terminale, Hachette
Le manuel d'HGGSP de terminale, Hachette © BFMTV

À d'autres niveaux

L'événement peut aussi être évoqué à d'autres niveaux ou d'autres moments de la scolarité, sans être pour autant formellement inscrit dans les programmes. "On peut par exemple en parler lorsqu'on travaille sur l'éducation aux médias et à l'information, paticulièrement quand on évoque les théories du complot", poursuit Amélie Hart.

• Depuis quand est-ce le cas?

Les enseignants sont unanimes: le 11-Septembre est abordé quasiment depuis le 11 septembre 2001.

"Le lendemain, c'était mon tout premier jour de cours en tant qu'enseignante", témoigne Amélie Hart. J'avais acheté tous les journaux possibles pour avoir de la matière et répondre aux questions des élèves."

L'événement a très vite été intégré aux cours d'histoire-géographie, quels que soient leurs intitulés, dans le cadre des relations internationales ou de l'histoire des États-Unis.

• Quelles sont les réactions des élèves?

Si la génération actuelle de collégiens et de lycéens est née après le 11-Septembre, cet événement leur demeure plus ou moins familier. Certes, le 11-Septembre fait l'objet de nombreuses allusions dans la culture populaire, avec des évocations dans les médias fréquentes, sans compter les commémorations. Mais pour certains, "cet événement qui s'est produit avant leur naissance serait même à leurs yeux aussi lointain que la Seconde Guerre mondiale ou la Guerre froide", estime Amélie Hart.

"Ils me disent: 'Ah oui, l'histoire avec les tours', ou 'ah oui, les avions', rapporte Amélie Hart. Ils l'associent avec des terroristes, mais plutôt avec l'État islamique. Ils mélangent un peu tout."

"Ils débarquent beaucoup", abonde Pascal Kittel. "Ça fait écho mais quand on les interroge, ils ont beaucoup de mal à l'intégrer dans une chronologie, un ensemble plus vaste comme la modification de la politique étrangère américaine ou même dans un système d'idées."

Avec cet éloignement, le 11-Septembre suscite aussi beaucoup moins de réactions émotives que par le passé. Ce serait même devenu un sujet "froid" alors que les premières années, ça pouvait être "un peu chaud", se rappelle Amélie Hart.

"Ils pouvaient rapporter de temps en temps des théories du complot, il fallait se préparer à des provocations d'ados et être prêt à répondre. Ce n'est plus le cas, du moins sur ce sujet. Pour eux, c'est de la préhistoire."

Pascal Kittel remarque d'ailleurs que de son côté, il n'aborde plus le sujet de la même façon "ni avec le même affect" qu'il y a vingt ans. "Je me souviens de la minute de silence en classe, c'était lourd." Aujourd'hui, il dit avoir "plus de distance" avec l'événement.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV