BFMTV

"Tenue républicaine": qui décide de la tenue vestimentaire à adopter dans les établissements scolaires?

A plusieurs reprises, le ministre de l'Education a balayé le débat, répétant qu'il suffit de s'habiller "normalement", "de façon correcte", "de façon républicaine", sans préciser réellement ce qu'est la norme en la matière.

Depuis plusieurs jours, les collégiens et lycéens, des jeunes filles majoritairement, réclament le droit de s'habiller comme ils le souhaitent à l'école. Derrière le mot-dièse #lundi14septembre, elles publient des photos d'elles en jupe ou crop-top sur les réseaux sociaux, des tenues jugées "incorrectes".

A plusieurs reprises, le ministre de l'Education a balayé le débat, répétant qu'il suffit de s'habiller "normalement", "de façon correcte", "de façon républicaine", sans préciser réellement ce qu'est la norme en la matière. Pour cause, la définition de la "tenue correcte" est à la charge des établissements scolaires et reste souvent très vague.

Des règlements intérieurs flous

En France, aucun texte national ne précise de quelle façon les collégiens et lycéens doivent s’habiller. Seules les lois de 2004 et 2010 interdisent de manifester ostensiblement une appartenance religieuse ou de porter le voile. Les autres précisions restent à l'apréciation des établissements.

"Cela rentre dans le cadre du règlement intérieur, qui est établi avec des représentants du personnel, des parents d'élèves et des élèves", détaille Didier Georges, principal du collège de la Grande aux Belles et représentant du syndicat SNPDEN-UNSA.

"Dans notre établissement, on précise qu'il ne faut pas porter de tongs ou sandales, qui sont d'ailleurs plutôt des vêtements de plage. On interdit aussi les vêtements qui pourraient gêner au cas où il faudrait fuir de l'établissement, sans les préciser", détaille-t-il.

"Le bon sens doit prévaloir"

"Dans la majorité des cas, on va seulement faire mention d'une 'tenue correcte' dans le règlement intérieur", poursuit Bruno Bobkiewicz, secrétaire du syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale. "Il faut tout de même se rappeler que c'est un sujet peu dominant dans la vie de l'établissement. En 18 ans de métier, je n'ai jamais renvoyé un élève pour une tenue incorrecte!"

Si les deux chefs d'établissement concèdent que ce flou donne forcément lieu à de l'interprétation, ils en appellent au "bon sens" des élèves. "Nous sommes conscients que les référentiels ont changé. La 'tenue correcte' d'il y a 40 ans n'est pas la même qu'aujourd'hui. Nous devons nous adapter à cela", poursuit Bruno Bobkiewicz. "Mais c'est notre rôle en tant qu'éducateur de faire passer un message sur le respect, sur la vie en collectivité, sur ce qu'est une tenue personnelle et une tenue que l'on peut porter dans un établissement scolaire."

L'uniforme, la solution?

"Il y aura toujours une difficulté à définir ce qu'est une 'tenue non républicaine', 'incorrecte', 'indécente', conclut Jean-François Amadieu, sociologue. "Cela supposerait des règlements intérieurs beaucoup plus précis. Cela vaut pour les établissements scolaires mais aussi, d'ailleurs, pour la vie en entreprise."

Selon lui, la seule façon de sortir de ce débat serait d'adopter l'uniforme. "On sera forcément dans une tenue correcte qui garantit l'égalité", explique-t-il. "Sans tomber dans cet extrême, ce que veut dire Jean-Michel Blanquer, sans nul doute, c'est qu'il faut adopter la tenue la plus neutre possible."

Cyrielle Cabot Journaliste BFMTV