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Seniors isolés, étudiants mal logés: la colocation comme solution

En moyenne, il y a 7 étudiants pour 1 seule personne âgée qui cherche un locataire.

En moyenne, il y a 7 étudiants pour 1 seule personne âgée qui cherche un locataire. - -

La ministre déléguée aux Personnes âgées, Michèle Delaunay, veut encadrer les colocations intergénérationnelles. Encore peu développée, la cohabitation entre personnes âgées et étudiants est un bon moyen de lutter contre l'isolement des seniors et de résoudre les problèmes de logement des jeunes.

Jeune étudiant cherche colocataire senior. N’ayant pas les moyens de se loger, de plus en plus d’étudiants se tournent vers la colocation intergénérationnelle : en échange de quelques services et de compagnie, ils sont logés et n'ont pas de loyer à payer. Environ 1 800 binômes se forment ainsi chaque année, mais la demande des jeunes est encore bien supérieure à l'offre. En moyenne, il y a 7 étudiants pour 1 seule personne âgée qui cherche un locataire. Outre le fait que les personnes âgées sont un peu réticentes à donner leur clé et à laisser vivre quelqu'un sous le même toit, ce mode de cohabitation pâtit de plusieurs freins juridiques et fiscaux. Par exemple, si elle héberge un étudiant dont les revenus dépassent une certaine somme, la personne âgée peut en effet voir sa taxe d'habitation grimper en flèche. Elle risque même de perdre ses allocations logement.

« Un contrat de confiance, sous l’égide d’une association »

Certaines associations craignent encore que ce mode de cohabitation puisse être assimilé à du travail dissimulé, et requalifié en contrat de travail. « On doit faire évoluer le concept afin qu'il ne soit une source de difficulté pour personne », a déclaré hier lundi la ministre déléguée aux Personnes âgées et à l'Autonomie, Michèle Delaunay, qui souhaite encadrer ces colocations. Pour l'instant, le projet de loi n'en est qu'à sa phase d'écriture, mais il pourrait bien voir le jour à la fin de l'année 2013. « Il ne s’agit pas d’un travail au noir, explique la ministre, ni d’un travail au domicile de la personne âgée, ni d’une sous-location déguisée. Il s’agit bien d’un contrat de confiance entre deux personnes, sous l’égide d’une association. Donc nous aurons à cœur d’essayer de prendre le dispositif le plus sécurisant sur le plan juridique »

« Elle fait les courses pour moi quand j’ai la flemme »

Katia, 27 ans et Roger, 87 ans, habitent sous le même toit dans le 3e arrondissement de Paris. 60 ans les séparent, et pourtant Katia et Roger sont colocataires depuis un an. « On n’a pas de règles définies, explique Roger, on fait ce qu’on veut, quand on veut et comme on veut. Elle fait les courses pour moi quand j’ai la flemme de les faire ». Et c'est pendant le repas qu'ils échangent le plus. Katia est Algérienne et lui concocte de bons petit plats : « Avant, il mangeait toujours la même chose, avec moi je pense qu’il mange plus bio ».

« Il est comme un grand-père pour moi »

Loin de sa famille, de ses amis, cette étudiante en histoire a trouvé un confident : « Il représente pour moi un grand-père, donc c’est comme si j’étais chez moi, avec ma famille ». Katia ne paye pas de loyer, mais ce n’est pas sa bonne pour autant. Pour Roger, la démarche est simple, honnête. Inutile de légiférer : « Si c’était encadré par la loi, ça serait ridicule. Les choses, quand on veut trop les rendre compliquées, on les rend invivables, infaisables ». Katia doit rentrer chez elle en juin, mais elle compte bien poursuivre l'aventure l'année prochaine.

J.V. avec Pauline Baduel