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Rentrée sous tension au lycée Branly de Créteil, après le braquage d'une professeure avec une arme factice

Les enseignants du lycée Edouard Branly de Créteil (Val-de-Marne) redoutent que la rentrée ne soit tendue ce lundi, un peu plus de deux semaines après qu'un élève a pointé une arme factice sur une professeure en plein cours.

Les faits se sont déroulés le 18 octobre. Mais même après 15 jours de vacances, l'ambiance est toujours particulière au lycée Edouard-Branly de Créteil (Val-de-Marne). C'est au sein de cet établissement qu'une professeure a été menacée par l'un de ses élèves avec une arme factice, avant que la vidéo de l'agression ne soit diffusée sur internet.

Cet événement avait suscité l'indignation jusqu'au sommet de l'Etat, et poussé le gouvernement à annoncer un "plan d'actions" contre la violence dans les établissements scolaires, qui devrait être présenté courant décembre. Depuis, deux adolescents âgés de 16 et 17 ans ont été placés sous contrôle judiciaire avec obligation d'un suivi éducatif. Les deux garçons concernés sont l'auteur du braquage et celui qui a filmé et diffusé la scène.

"Nous allons devoir faire un travail avec nos élèves"

Malgré l'avancée du dossier au niveau judiciaire, les enseignants de l'établissement redoutent que la rentrée de ce lundi ne se déroule sous tension. Didier Sablic, responsable syndical Snep et professeur au lycée Edouard Branly, partage l'état d'esprit du corps enseignant au micro de BFMTV.

"L’état d'esprit est un peu compliqué. A la fois nous sommes contents de reprendre, de retrouver nos élèves et de pouvoir nous retrouver tous pour discuter. Et en même temps nous sommes face aux problèmes que nous avons rencontrés de cette agression de notre collègue, à laquelle nous pensons très fort", explique-t-il.

Selon lui, un travail va devoir être effectué avec les élèves pour atténuer les tensions.

"Nous allons devoir faire un travail avec nos élèves pour expliquer, échanger avec eux, reprendre le travail que nous faisons depuis des années. Mais en espérant ne pas avoir à le reprendre à zéro."

"Il y a un traumatisme"

Le professeur reconnaît qu'un "traumatisme" s'est installé au sein du corps enseignant.

"De toute façon il y a un traumatisme, qu’il soit fort ou pas fort. Nous avons demandé à ce qu’il y ait un traitement spécifique pour cette classe, car nous avons besoin d’échanger avec eux pour leur faire comprendre la gravité de ce qu’il s’est passé", estime-t-il.

Cette inquiétude des professeurs diffère totalement avec la sérénité affichée par les parents d'élèves en cette journée de rentrée. Sylvie, mère d'un élève de 1ère inscrit dans l'établissement, assure ne "pas du tout" être inquiète. 

"La sécurité est là, tout le monde sait la gérer au sein de l’établissement. (...) C’est un acte complètement isolé, il faut arrêter de faire de la publicité autour de ce qu’il s’est passé. Moi ça fait des années que mes enfants sont arrivés ici, il n’y a jamais eu de souci, et il n’y en aura jamais d’autre", prédit-elle.

"On en a trop parlé"

Même son de cloche du côté des élèves du lycée, qui regrettent que les événements aient pris une telle ampleur. "On en a trop parlé. Qu’Emmanuel Macron intervienne pour ça, alors qu’il (l'élève qui a menacé l'enseignante) rigolait… La prof qui porte plainte, tout ça c’est bizarre", déclare l'un d'eux, Yannis.

Pour Amine aussi, l'auteur du braquage voulait uniquement "rigoler". "Nous on sait vraiment, les gens ne connaissent pas la prof. S’ils la connaissaient, même eux auraient dit que c’était pour rigoler", considère-t-il. 

La professeure concernée a reçu une semaine d'interruption temporaire de travail après avoir été pointée par une arme factice. Elle devrait faire son retour ce lundi, mais ses collègues confient qu'elle est encore trop "choquée". L'auteur des faits, pour sa part, ne pourra pas retrouver ses camarades de classe. Il a l'interdiction de se rendre dans le département du Val-de-Marne. 

Céline Penicaud avec Lisa Hadef