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Réforme du collège: profs et élus inquiets pour l'allemand

Les classes bilangues vont disparaître, déplorent profs d'allemand et élus (photo d'illustration)

Les classes bilangues vont disparaître, déplorent profs d'allemand et élus (photo d'illustration) - Damien Meyer - AFP

La réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem prévoit la suppression des classes bilangues: autant d'heures d'allemand en moins, craignent les profs. La ministre, elle, défend "une politique volontariste" en faveur de l'allemand.

Il n'y a pas que les profs de latin et de grec qui se sentent menacés par la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem: les profs d'allemand s'inquiètent, eux aussi. Dans son projet, la ministre de l'Education introduit une deuxième langue dès la 5e, à hauteur de 2 heures et demi par semaine. Corollaire de cette décision: la suppression des classes bilangues, qui prévoyaient l'apprentissage de deux langues vivantes dès la sixième. Quant aux sections européennes, jugées trop élitistes, elles sont elles aussi condamnées à disparaître.

Une pétition de 25.000 signatures

Face à ce qu'ils considèrent comme une "disparition programmée de l'enseignement de l'allemand", les profs n'ont pas l'intention de se laisser faire. Une pétition a réuni plus de 25.000 signatures. Le plus connu d'entre eux, le prof d'allemand à la retraire Jean-Marc Ayrault, a d'ailleurs exprimé son "inquiétude" dans Les Echos jeudi.

Une inquiétude relayée par les 59 élus du groupe d'amitié France-Allemagne de l'Assemblée, emmenés par le député PS Pierre-Yves Le Borgn'. Dans un courrier à la ministre de l'Education nationale, ces parlementaires de tous bords soulignent que les classes bilangues "depuis le plan de relance de l'allemand en France et du français en Allemagne il y a une dizaine d'années, ont permis d'enrayer dans notre pays la baisse des effectifs de germanistes et de les stabiliser". "Il faut renforcer nos liens avec l'Allemagne et donc l'apprentissage de sa langue", pressent ces députés. Parmi eux, l'ancien ministre de l'Education Luc Chatel, ou encore la sénatrice Chantal Jouanno.

La presse allemande n'est pas en reste. "Les classes proposant l'apprentissage intensif de l'allemand semblent 'trop élitaires' aux yeux de la ministre", tacle le quotidien conservateur Frankfurter allgemeine Zeitung. "L'allemand va devenir une matière rare en France", déplore Joachim Umlauf, le directeur de l'institut Goethe à Paris, dans les colonnes de la FAZ.

Najat Vallaud-Belkacem se défend

De son côté, Najat Vallaud-Belkacem se défend de négliger l'allemand, et développe ses arguments. Elle assure que le gouvernement pratique une "politique volontariste en faveur du développement de l'apprentissage de l'allemand". Dans un communiqué publié sur son site, elle rappelle que l'apprentissage d'une première langue vivante commencera dès le CP pour tous les élèves. Les classes bilangues seront par ailleurs toujours ouvertes à ceux qui n'auront pas choisi l'anglais comme LV1 à l'école. La ministre avance enfin que le volume d'heures de la deuxième langue vivante sera légèrement augmenté d'1h30, et que le recrutement des profs d'allemand est en hausse: 514 postes en 2015 contre 199 en 2010.

Pas de quoi compenser la suppression des classes bilangues, avancent les élus. Outre le débat sur le nombre d'heures enseignées, profs et élus disent craindre la fin d'une certaine mixité. "Dans certains collèges comme le mien, c'est l'existence de ces filières prétendument élitistes qui permet de maintenir une certaine mixité sociale et de contenir la fuite vers le privé", avance un prof interrogé par L'Express. "C'est un dispositif de lutte contre les inégalités", abonde Pierre-Yves Le Borgn'. Actuellement, 485.000 enfants apprennent l'allemand au collège en France.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV