BFMTV

Primaire, maternelle : l’homophobie grimpe dans les cours d’école

Le nombre d'appels pour des actes d'homophobie en milieu scolaire a grimpé de plus d'un tiers en 2012.

Le nombre d'appels pour des actes d'homophobie en milieu scolaire a grimpé de plus d'un tiers en 2012. - -

Selon SOS Homophobie, les agressions et insultes homophobes en milieu scolaire ont grimpé d’un tiers en 2012, parfois dès la maternelle. Les associations de parents gays et lesbiens estiment que l’école doit prendre sa part dans la lutte contre l’homophobie et l’éducation des enfants à ces questions.

L’homophobie n’a pas d’âge. Selon SOS Homophobie, les insultes homophobes dans les cours de récréation des écoles maternelles ou primaires sont de plus en plus fréquentes. Dans son rapport sur 2012, l'association dévoile que le nombre d'appels signalant des actes, des agressions ou des insultes homophobes ont grimpé de 37% en milieu scolaire par rapport à l'an dernier.

« Utiliser des outils pédagogiques »

A l'initiative du Snuipp, le principal syndicat des enseignants du primaire et de la maternelle, un colloque doit se tenir ce jeudi à Paris, en présence d'associations LGBT, de spécialistes et de pédopsychiatres. Le but: former et donner des outils aux professeurs afin qu'ils désamorcent les stéréotypes et les insultes face à leurs élèves. Dans quelques jours, un rapport sera également remis au ministre de l'Education Vincent Peillon et devrait comporter des mesures pour lutter contre l'homophobie dans le milieu scolaire, applicables dès la rentrée prochaine.
Pour RMC, Benjamin Smadja s’est rendue dans une école primaire. Et lorsqu’il demande quelle insulte est le plus souvent prononcée, la réponse est claire : « sale pédé ». Sébastien Sihr, du Snuipp, le syndicat d'enseignants qui organise le colloque d'aujourd'hui, estime donc qu’il faut faire de l’éducation sur ces questions : « Expliquer simplement qu’avoir deux papas, ça existe, être un garçon et être amoureux d’un autre garçon, c’est possible ». Et pour cela, les professeurs pourraient s’appuyer sur du concret : « Il y a des outils pédagogiques, des livres de jeunesse, des films d’animation, à travers la métaphore animalière, qui permettent d’aborder les questions d’orientation amoureuse ».

« Ma fille était un peu la bête de foire »

Pour Virginie, 34 ans, ces insultes sont parfois très dures à vivre. Avec sa compagne, elle a eu trois enfants à l'aide de PMA pratiquées en Belgique et son aînée, âgée de 8 ans, a été la cible de moqueries en début d'année scolaire. « Quand elle est arrivée en CP, des CM2 sont venues la voir en lui disant "c’est vrai que tes mamans sont homosexuelles ?". Et petit à petit, toute l’école est venue l’embêter avec ça, c’était un peu la bête de foire. C’était "ah bon, alors toi aussi tu vas l’être, avec ta meilleure copine", et c’est vrai qu’elle l’a mal vécu. Le soir, dans la voiture, c’était toujours "untel a dit ça dans la cour", elle se plaignait tous les soirs, pendant bien trois quatre mois ».

« Elle était seule au front »

Aujourd’hui, Virginie regrette qu’il n’y ait pas eu de réaction suffisante du monde enseignant. « Je ressentais énormément de colère. Je ne pouvais rien faire pour elle, vu que c’était dans le cadre scolaire, dans la cour, je ne pouvais pas la protéger. Elle était seule au front, c’est l’idée que j’ai eue. J’ai essayé de lui dire de les envoyer balader, d’aller le dire au maître, mais les instituteurs ne l’ont pas pris en compte. Même si elle allait se plaindre, ils lui disaient "allez jouer là-bas, arrêtez de vous chamailler, ça ira mieux" ».

« Enseigner ces notions sans tabou »

Pour Nathalie Mestre, la présidente de l'association Enfants d'arc-en-ciel, qui défend les familles homoparentales, l’école doit éduquer les enfants pour éviter ce genre de dérives. « Ce qui est parfois un peu délicat pour les parents, c’est que l’homosexualité est souvent considérée comme un tabou. Donc beaucoup de parents n’osent pas aborder cette question-là, car ils la rapportent toujours à la sexualité. Les enseignants, pour le coup, peuvent enseigner ces notions sans tabou, avec des mots simples, pour peu qu’ils soient formés évidemment », estime-t-elle.

Mathias Chaillot avec Benjamin Smadja