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Philo : les conseils d'un prof

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Jeudi 18 juin, plus de 600 000 élèves de terminale vont plancher sur la philosophie, première épreuve du bac. Les bons conseils d'un prof de philo pour réussir cet examen.

Jeudi 18 juin, les quelque 600 000 élèves de terminales générale et technologique vont plancher sur la philosophie, première épreuve du bac. Pour palier le stress des révisions, certains ont étudié les statistiques des sujets tombés les années passées, auscultent l’actualité et tentent d’en dégager des pronostics. D’autres tablent sur des "valeurs sûres" : le programme scolaire, un sérieux sens critique et une bonne dose de confiance en soi.

Pascal Verrier est professeur de philosophie au Lycée Montaigne dans le 6ème arrondissement de Paris et correcteur de l’épreuve du bac depuis 27 ans. Pour lui, « les sujets du bac philo n’ont jamais de rapport avec l’actualité ». Bien au contraire, et dans un souci de maintien de l’ordre public, différentes commissions chargées d’élaborer les sujets, veillent à ce que ces derniers ne soient pas trop proches d’une actualité "chaude". « Conformes au programme scolaire, très large, les sujets de philo sont par définition, inactuels ». Donc difficiles à prévoir. Mais les conseils pour réviser et réussir cette épreuve ne manquent pas :

« Il n’y pas de travail philosophique sans problématisation. » Autrement dit, peu importe le sujet, dissertation ou commentaire de texte, l’important est de s’interroger, d’interroger le sujet, de le critiquer. « Je dis souvent à mes élèves qu’ils doivent avoir confiance en leur sens critique. Il n’y a pas de différence entre le professeur qui aborde le sujet et l’élève, ou n’importe qui d’autre d’ailleurs. Chacun doit s’y confronter, humainement. S’efforcer de penser, c’est-à-dire de douter ».

S’il y a une règle à suivre, et c’est sans doute la plus difficile, c’est de ne pas répondre à la question, mais d’interroger la question.
Concrètement, cela veut dire se poser un certain nombre de questions face au sujet : Quelle est la position de l’auteur ? Que pose-t-il comme problème ? Que contient le sujet ? Quel est son contexte ? Quels préjugés vise-t-il ?...

Ce qui doit ressortir d’une copie :
L’élève doit montrer qu’il comprend le problème dont il est question. Il faut que la dissertation exprime le point de vue de l’élève, personnel et critique. Une bonne copie doit aussi contenir un fil directeur, une cohérence. Inutile de citer des exemples pour montrer que l’on connaît telle partie du programme, tel thème, ou tel auteur.

5 pièges à éviter :
Répondre à la question telle qu’elle est posée Dresser une liste, un catalogue de possibilités Placer à tout prix ce que l’on a lu la veille Multiplier les poncifs et autres clichés, comme « De tout temps, l’homme… » Faire preuve d’orgueil et de prétention

Quelques illustrations concrètes sur des sujets du bac philo 2007 :

Le sujet : Toute prise de conscience est-elle libératrice ?
L'erreur : Ce serait de parler de liberté. La bonne problématique : Il s’agit d’aborder l’action qui consiste à prendre conscience et à agir, en vue de se libérer. C'est-à-dire rompre avec l'habitude et l'absence de conscience. Qui le peut, le veut et dans quelles conditions est-ce possible ?

Le sujet : Les œuvres d'art sont-elles des réalités comme les autres ?
L’erreur : Le sujet ne porte pas sur les œuvres, ni sur l'art. La bonne problématique : C’est la nature du rapport entretenu au réel. Le réel n'est jamais donné, le réel est constitué. Il est à construire ou à créer. Les œuvres ne font que redéfinir, redessiner, les contours d'une réalité en devenir.

Le sujet : Peut-on en finir avec les préjugés ?
L’erreur : Penser que oui, alors que le préjugé est un mode achevé, fini, clos de l'opinion, il n'y a donc pas à « en finir ». La bonne problématique : Il faut changer de perspective et savoir qu'on n'en finit jamais de rien. Et qu'il faut donc commencer à douter et à penser…

Le sujet : Que gagnons-nous à travailler ?
L’erreur : Le travail se suffit à lui-même. C’est la modalité humaine de la relation au réel. On ne gagne rien, on ne perd rien. La bonne problématique : Par le travail, on ouvre, cherche, œuvre et dans cette activité renouvelée on « travaille » à devenir autre. C'est s'épanouir, s'instruire, se développer, changer, transformer, être ensemble et créer. Etre à l'œuvre dans l'histoire donne sens, même de façon illusoire.

Juliette VINCENT