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Les enseignants craignent de devoir s'occuper des tests salivaires dans les écoles, le ministère nie

Alors que les tests salivaires de dépistage du Covid-19 commencent à se déployer dans les écoles, une note adressée par l'Education nationale au directeur d'un établissement a jeté le trouble parmi les enseignants. Elle semble les charger de s'occuper eux-même des prélèvements et de l'étiquetage des échantillons.

Les tests salivaires débarquent dans les écoles, à compter de la rentrée des vacances de février. Le dépistage a donc commencé dès lundi dernier dans les académies de la zone A. Et si les enseignants réclament cette campagne depuis des mois, ils contestent toutefois les modalités de celle qui s'engage.

Une note de l'Education nationale adressée au directeur d'une des écoles organisant ces tests est venue les troubler: elle semble indiquer que les prélèvements, ainsi que l'étiquetage des échantillons seront à leur charge, après une formation expresse, et sur la base du volontariat, auprès du laborantin dépêché sur place.

Contacté par BFMTV.com, le ministère de l'Education nationale assurait dans un premier temps qu'il n'en était rien, tandis que le SNUipp-FSU, premier syndicat dans les écoles maternelles et primaires, affirmait de son côté que les enseignants seraient bien mis à contribution. Finalement en début de soirée ce jeudi, le ministère de l'Éducation a assuré au syndicat que les enseignants pourraient bien faire passer ces nouveaux tests, tout en insistant sur le fait qu'ils ne seraient pas forcés de le faire.

La note a été révélée mercredi soir sur Twitter par Guislaine David, porte-parole et co-secrétaire générale du SNUipp-FSU.

"Un personnel du laboratoire est présent sur chaque opération de dépistage. Lors de la première intervention du laboratoire dans l’établissement, il présente les modalités du dépistage et forme les personnels à la supervision du recueil des prélèvements", lit-on d'abord. Le texte poursuit:

"L’encadrement de ces prélèvements est par la suite assuré par les personnels de l’Education nationale ou des collectivités territoriales. Les personnels supervisant l’opération, devront s’assurer, outre de la bonne réalisation du prélèvement lui-même, du bon étiquetage des flacons servant au prélevement.

Ils s’assurent également que les prélèvements sont réalisés dans les conditions préconisées par le laboratoire de biologie médicale (par exemple le fait de ne pas avoir mangé, bu ou fumé au moins trente minutes avant le prélèvement)". 

Auparavant, le document a posé: "Les services de l’Education nationale indiqueront l’identité et les coordonnées de la personne en charge de la supervision de la ou des campagnes (directeur d’école, chef d’établissement ou toute autre personnes désignées par l’éducation nationale) et celles du médecin conseiller technique départemental de l’éducation nationale (ou autre personnel de santé de l’éducation nationale) référent."

Le ministère veut rassurer

À première vue, il s'agit donc bien de s'en remettre dans un certain nombre de cas au personnel de l'Education nationale, sans plus de précision, pour opérer les tests et labéliser les échantillons. Contacté par BFMTV.com, le ministère de l'Education nationale a cherché à répondre à cette inquiétude, affirmant que le dépistage serait en fait pratiqué par un "personnel de santé scolaire" - à savoir un médecin scolaire, ou le personnel de l'infirmerie - éventuellement remplacé en cas d'absence par "un secouriste".

"Le laboratoire apporte évidemment tout le matériel nécessaire pour les opérations de prélèvement. Un personnel du laboratoire est donc obligatoirement présent lors de la première opération. Il peut l'être lors des opérations ultérieures", a ajouté le ministère.

Une présence ultérieure apparemment facultative qui nécessiterait en elle-même celle d'un membre de l'Education nationale pour ne pas laisser l'élève seul avec le personnel du laboratoire, selon l'autorité.

Le ministère, qui a souligné que les tests antigéniques se poursuivraient en milieu scolaire en parallèle, a également déclaré:

"L'analyse du test salivaire sera effectué par le laboratoire qui donnera les résultats sous 24h maximum aux parents qui devront informer le directeur de l'établissement en cas de résultat positif. Le médecin référent sera aussi tenu au courant. Le directeur de l'établissement recevra le bilan total du dépistage".

Un dépistage qui s'annonce "itératif", selon la terminologie de l'Education nationale, dans la mesure où il sera amené à être réédité.

Les enseignants faute de combattants

Mais de quels établissements parle-t-on? "Concrètement, on aura une priorité: déployer les tests d'abord dans les écoles maternelles et primaires, et surtout dans les zones avec circulation forte du virus", développe-t-on au ministère.

Cet élément a mis la puce à l'oreille de Guislaine David, qui a réagi aux propos du ministère auprès de BFMTV.com. La porte-parole du SNUipp-FSU, qui note que le personnel de santé scolaire est déjà accaparé par les impératifs du traçage, observe: "Les infirmières sont dans les collèges et les lycées. Il n'y en aura donc pas pour toutes les écoles et comme il n'y aura pas ce personnel, il n'y aura que l'enseignant pour le faire".

Et dans l'après-midi ce jeudi, les premiers retours n'étaient pas de nature à l'apaiser: "Je viens d'avoir le département de la Loire, qui organisera des tests dans deux écoles dès demain. Dans les deux établissements, les enseignants sont convoqués à 8h pour qu'on leur explique les gestes". Elle reprend: "On leur a dit que lundi toutes les écoles de Saint-Etienne seraient concernées. On ne pourra pas avoir des infirmières scolaires partout".

Selon nos informations, les écoles du département du Rhône ont elles reçu jeudi un document d'organisation détaillant le procédé à suivre pour mettre en place cette campagne de tests salivaires.

"Pas d'anticipation"

Le ministère a cependant déjà désamorcé l'objection autour d'un tel manque de soignants scolaires en invoquant le renfort providentiel de "secouristes". "On m'en a bien parlé dans mes échanges avec le ministère mais les secouristes n'ont pas été contactés dans la Loire pour la semaine prochaine", rétorque la responsable syndicale.

Pour elle, c'est la pression induite par la volonté de Jean-Michel Blanquer de voir des résultats à la politique de dépistage dans les écoles et la plus forte adhésion des parents d'élèves aux tests salivaires qui a poussé à cette accélération. Au point de "ne pas anticiper" plusieurs volets de la campagne. Outre l'ajout d'une charge de travail déliée de toute dimension éducative, et une formation que l'on redoute insuffisante, elle remarque:

"Ça veut dire aussi qu'on devra gérer les cartes vitales, et donc des données très personnelles, en même temps que la sécurité sanitaire. Car comment se passera le dépistage avec des petits auxquels on demandera de cracher? Et puis les enseignants concernés ne pourront pas assurer la classe et il faudra bien occuper les élèves: on fait quoi, on les brasse tous dans une même salle?"

L'ampleur de la campagne est le dernier aspect du problème. Samedi, Jean-Michel Blanquer avait promis, relève ici Ouest France, le déploiement de "50.000 à 80.000 tests salivaires dans les écoles" dès cette semaine. Ce jeudi, la rue de Grenelle préfèrait temporiser et rassurer. Selon nos informations, le ministère a fait savoir au syndicat SNUipp-FSU en début de soirée que les enseignants pourraient bien faire passer ces nouveaux tests, tout en insistant sur le fait qu'ils ne seraient pas forcés de le faire.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV