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Les cahiers de vacances sont-ils utiles ou superflus?

Des enfants feuillettent un cahier de vacances à Englos, en 2013

Des enfants feuillettent un cahier de vacances à Englos, en 2013 - DENIS CHARLET / AFP

Il semblerait que les élèves les plus en difficultés fassent moins de devoirs de vacances que ceux qui ont plus de facilités. Parmi les professionnels, leur utilité ne fait pas l'unanimité.

L'heure des vacances a sonné pour les écoliers. Ce mardi en fin d'après-midi sonne le début de la pause estivale pour les quelque 6,7 millions d'élèves du premier degré, avant la rentrée de septembre. Un temps de repos et de détente qui pour nombre d'entre eux, ne rimera pas avec une totale oisiveté, à en croire le succès toujours confirmé d'année en année des ventes de cahiers de vacances.

"Ça montre aux parents et aux élèves ce que tous les élèves sont censés savoir en fin d'année, alors qu'on sait bien que les écoles ont fonctionné de manières très différentes d'un endroit à l'autre cette année, et là on a d'une certaine manière une référence nationale", faisait valoir début juillet sur BFMTV Marie Duru-Bellat, sociologue de l'éducation.

Succès d'édition

En moyenne, il s'écoule plus de 4 millions de cahiers de vacances par an. Selon le site spécialisé en statistiques de l'édition Edistat, toutes ventes d'ouvrages confondues, 10 cahiers de vacances pour les écoliers ou jeunes collégiens occupaient le top 20 du classement pour la semaine du 21 au 27 juin 2021.

Un succès d'édition incontestable aux bénéfices néanmoins limités pour les élèves, estiment de nombreux professionnels, qui pourraient renforcer des inégalités d'apprentissage: en 2005, une enquête menée sous l'égide de l'Education nationale pointait que "les jeunes qui (faisaient) le moins souvent des devoirs de vacances (étaient) ceux dont les parents pens(aient) qu'il a(vait) de grosses difficultés à l'école".

Pour autant, si les avis divergent concernant ces cahiers, les professionnels de l'enfance et du monde éducatif s'accordent à dire qu'il est essentiel que les vacances soient riches en activités, que ce soit du sport, de la lecture ou d'apprentissages en dehors d'un cadre scolaire.

Continuer à stimuler l'apprentissage

Pédopsychiatre et enseignant à l'université de Paris, Pierre Canoui voit ces cahiers de vacances d'un bon oeil afin de stimuler les enfants, mais toujours en prônant cet apprentissage de manière positive, et non comme une "punition".

"Sept semaines et demi de vacances, c'est très long et ça met les processus cognitifs d'apprentissage scolaire un petit peu en pause. Ça ne veut pas dire que pendant les vacances on n'apprend rien, on apprend des choses qui mettent en jeu d'autres processus cognitifs. (...) L'intérêt, c'est de ne pas laisser en 'jachère' tous les processus d'apprentissage de classe", fait valoir le praticien auprès de BFMTV.com.

S'il est favorable sur le principe, Pierre Canoui met en garde sur la méthode. "A la fin des classes, il y a une pause nécessaire. Il ne faut surtout pas enchaîner tout de suite, seriner les enfants avec le travail scolaire", estime-t-il, trouvant judicieux de faire des cahiers de vacances "deux à trois semaines avant la rentrée", et surtout, de "toujours accompagner l'enfant".

Pierre Canoui insiste sur la nécessité de ne pas laisser l'enfant seul avec son cahier et de ne pas l'écoeurer: "Il vaut mieux une dose homéopathique que de se casser la figure", résume-t-il. Enfin, il insiste sur les motifs avancés pour expliquer ces cahiers: "Ce n'est pas d'en faire le premier de la classe ou d'en faire une punition", poursuit-il, "ce serait contre-productif".

Un aspect "commercial"

A rebours du pédopsychiatre, Guislaine David, porte-parole du Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et professeurs d'enseignement général de collège (SNUIpp-FSU), juge les cahiers de vacances plutôt superflus.

Si elle estime essentiel de continuer à "entretenir la curiosité des enfants", l'enseignante du premier degré voit en ces cahiers "quelque chose de très commercial".

"Il ne faut pas rajouter du scolaire à la période des vacances. Les enfants qui ont des difficultés scolaires, il ne faut pas qu'on leur rajoute des exercices normés pendant les vacances", explique-t-elle à BFMTV.com. "Ce qu'on dit plutôt aux parents, c'est qu'il vaut mieux passer du temps à lire, à jouer ensemble, à faire des jeux de société", poursuit-elle.

Guislaine David pointe notamment les revues pour enfants, "souvent avec des petits jeux, des histoires", qui permettent d'apprendre "moins sous une forme d'activité scolaire".

"Quand on est adulte, on a besoin de relâcher la pression pendant les vacances, de faire des choses plaisantes, eh bien les enfants ont aussi ce besoin-là", compare-t-elle, jugeant "contre-productif" de les forcer.

"Souvent, les enfants qui font des cahiers de vacances sont déjà en réussite mais ont encore envie d'en faire", pointe la représentante syndicale. Ce qui peut "renforcer les inégalités parce que ça va permettre à ces enfants d'avancer plus vite" que les autres.

Des vacances essentielles après une année chamboulée

Après une année scolaire chamboulée par la crise sanitaire, les cahiers de vacances sont-ils un choix judicieux? Après cette année compliquée, "il peut y avoir des trous dans les apprentissages", estime Pierre Canoui. Le pédopsychiatre concède que cet été, les cahiers sont "peut-être un petit peu plus utiles que les autres".

Pour Guislaine David, il est avant tout essentiel, après une année "dans un contexte très anxiogène, (...) d'utiliser ces vacances-là pour rassurer les enfants".

L'enseignante de formation met l'accent sur les activités familiales, "pour retrouver du lien", mais aussi sur "les activités physiques que les enfants n'ont pas pu faire, comme le fait d'aller à la piscine. (...) Il faut profiter des vacances pour se reposer mais il faut continuer de jouer avec ses enfants, de lire, faire des activités pour être ensemble", résume-t-elle.

"Au mois de septembre, on sait que les enfants ont perdu un certain nombre de réflexes, mais ça revient très vite, il n'y a pas d'angoisses à avoir, ils récupèrent très, très vite", rassure Guislaine David.
Clarisse Martin Journaliste BFMTV