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Bac 2015: Haytham, réfugié syrien et bachelier avec mention

Haytham Al-Aswad, jeune Syrien très brillant, vient d'obtenir le bac avec mention "bien". Une légère déception pour ce génie des maths, qui ne parlait pas un mot de français il y a à peine trois ans.

Il y a de la déception dans sa voix. Haytham Al-Aswad, néo-bachelier n'a obtenu "que" la mention bien. Ce jeune Syrien, qui ne parlait pas un mot de français lorsqu'il est arrivé en France en 2012, visait la mention "très bien", comme il l'explique ce mardi matin sur RTL. "Hier, j'ai obtenu mes notes de bac, j'ai eu la mention 'bien'. Je suis déçu de cette mention, a-t-il ajouté. Je voulais avoir la mention "très bien". Dans quelques matières, je n'ai pas eu les mêmes notes que j'avais tout au long de l'année", précise-t-il.

"Travailler dans l'espace"

Le jeune homme est en effet très doué en maths et en physique et regrette son 16/20 au bac en mathématiques, alors qu'il planait à 19/20 de moyenne tout au long de l'année.

Ses talents en maths et physique l'ont fait remarquer de ses enseignants du lycée Balzac. Et en 2013, il est entré en Première S. Avant même de passer le bac, il a reçu son admission dans une prestigieuse classe préparatoire aux grandes écoles scientifiques. Son rêve: devenir chercheur ou "travailler dans l'espace".

Seul de sa famille avec son jeune frère à parler le français, il est chargé de débrouiller la plupart des problèmes du quotidien: rendez-vous à la préfecture, abonnement EDF, auxquels s'ajoutent deux heures et demi de trajet quotidien entre son lycée et l'appartement familial en banlieue-sud.

"Manipulés par la propagande"

Haytham a dû quitter Syrie avec sa famille. Son père, recherché pour son militantisme, a dû fuir, d'abord en Jordanie. Puis en France. Sa mère a alors été inquiétée par la police. S'en est sortie en jurant qu'elle avait divorcé. "Ils ne pouvaient pas vérifier, les archives du palais de justice avaient brûlé", sourit Haytham.

Puis la famille a rejoint le père. Aujourd'hui, le jeune Syrien regarde ébahi les adolescents occidentaux s'engager en Syrie aux côtés du groupe Etat islamique. "Ils sont manipulés par la propagande, c'est exactement ce que nous avons vécu en Syrie avec Bachar: on nous a répété qu'il fallait nous sacrifier, qu'on se développerait plus tard". "C'est marrant, les dictateurs et les extrémistes (religieux, NDLR) utilisent tous la théorie du complot pour parvenir à leurs fins" relève Haytham, dont le nom en arabe signifie "petit aigle".

Même incrédulité face aux élèves qui ont contesté la minute de silence début janvier après les attentats de Paris visant Charlie Hebdo et un supermarché juif: "je connais des gens dans mon lycée qui disaient que tout cela était un mensonge", dit-il. Haytham ne pratique pas l'islam, estime que "la religion c'est pour soi-même".

Mais au lycée, il "discute avec tout le monde, surtout avec ceux qui sont avec les Frères musulmans". "Selon le discours de Bachar qu'on nous servait en 'éducation civique', tout le monde était contre la Syrie, nous devions donc être des résistants pour défendre notre pays. Bizarrement j'entends le même discours chez certains groupes ici. Heureusement qu'ils ne sont pas au pouvoir!"

M. R. avec AFP