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Attentats de Paris: comment les enseignants se préparent à en parler à leurs élèves

"Anticiper d'éventuelles réactions hostiles". Le ministère de l'Education nationale a donné des consignes pour éviter que ne se reproduise le rejet d'un "indispensable" débat et d'une minute de silence lundi, comme cela s'était parfois passé après l'attaque contre Charlie Hebdo.

"Frappés au cœur, nous ne sommes pas pour autant aveuglés." Les mots utilisés dans la lettre de la ministre de l'Education nationale après les attentats du 13 novembre sont forts. Elle les adressait dimanche aux étudiants, enseignants et personnels de l'enseignement supérieur. Deux autres courriers de Najat Vallaud-Belkacem aux enseignants, équipes éducatives et parents d'élèves, les avaient précédés.

Parallèlement, le portail officiel Eduscol a mis en ligne des consignes assez détaillées d'écoute et d'orientation des débats, avant l'accueil des élèves lundi. Ecoles et universités avaient fermé leurs portes samedi. Il est notamment demandé d'aider les élèves à faire le distinguo "entre un délit pénal (appel à la haine, antisémitisme, apologie du terrorisme) et le droit à l'expression critique, même impertinente". Au passage, les parents sont prévenus et "leur attention attirée sur la gravité des propos ou des attitudes de leurs enfants".

Ces consignes pédagogiques vont-elles suffire à éviter les dérives et débordements? En janvier 2015, après des attentats perpétrés notamment contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo, la minute de silence censée être observée ne l'avait pas toujours été. Que faire si l'enseignant doit faire face à une hostilité manifeste à son égard?

Et, au-delà de ces cas problématiques, il y a cette réalité incontournable que parler de la mort, des massacres et de tueries sanglantes ne va pas de soi. Les émotions, y compris des plus petits, ne doivent pas être négligées, explique aussi le ministère.

Un contexte très différent de celui de Charlie Hebdo

Qu'en pensent les enseignants eux-mêmes. "Autant après Charlie Hebdo, on était dans l'improvisation, autant maintenant, on a les outils", résume Christian Chevalier, secrétaire général SE-UNSA joint au téléphone par BFMTV.com. Il rappelle que "le contexte est très différent de celui de Charlie Hebdo". De fait, les dernières attaques paraissent totalement aveugles, frappant les gens au hasard. "Les professeurs sont mieux préparés", insiste-t-il, rappelant qu'il ne sera plus question de "tout renvoyer au professeur d'histoire-géo", comme cela avait pu être parfois le cas à l'époque. Et puis, souligne-t-il, comme les faits se sont déroulés le vendredi. "Les enfants auront eu le week-end pour en débattre dans leurs familles et de voir des images".

Pour Christian Chevalier, le rôle de l'éducateur est avant tout "d'orienter le débat pour éviter les dérives". Pour le reste, "la contradiction voire, la polémique, sont riches d'enseignements", prophétise-t-il.

Une minute de silence conditionnelle?

Allant dans le sens du ministère, le secrétaire général insiste sur "la préparation plus importante que la minute de silence en elle-même". Il souligne que la portée symbolique de ce bref recueillement, n'est pas la même selon l'âge des enfants visés. "Elle échappera sans doute aux enfants de 4 ans." "En cas de bagarre dans la cour ou de débordements, le rôle de l'enseignant est de dire 'on s'assoie, on se pose, on en parle'", plaide-t-il.

Dans les cas les plus problématiques, Christian Chevalier confirme que "le ministère de l'Education nationale, prend en compte à juste titre, la diversité des situations". Autrement dit, selon l'environnement "sociologique et culturel" la minute de silence n'est pas perçue tel l'alpha et l'oméga de cette journée de reprise des cours. "Ce type de réactions (de franche hostilité, ndlr) ne devraient se produire qu'à la marge, même si on ne peut les exclure", conclut-il.