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Drogues numériques: le Liban relance le débat de la "défonce" par mp3

Un casque audio et un fichier mp3 seraient-ils suffisant pour se droguer? (illustration)

Un casque audio et un fichier mp3 seraient-ils suffisant pour se droguer? (illustration) - Graham Stanley - Flicr - CC

Une drogue purement acoustique, qui fait voyager ou cauchemarder par la seule écoute de sons. La drogue numérique débarque au Liban et inquiète sérieusement le ministre de la Justice. Jusqu'ici toutefois, ses effets n'ont jamais été avérés.

Au Liban, un reportage sur les drogues numériques a fait sortir le ministre de la Justice de ses gonds. A-t-il découvert l’existence de ces fichiers musicaux censés avoir les mêmes effets que le LSD, et disponibles depuis plusieurs années sur Internet? Toujours est-il que Achraf Rifi a décidé de faire la chasse aux sites qui permettent de télécharger ces mp3. 

Mais comment fonctionnent ces sons?

Les drogues numériques sont des fichiers à écouter, dont les promoteurs assurent qu'ils peuvent procurer la même sensation qu’un "trip" sous drogue réelle.

Plusieurs sites vendent, pour 3 à plus d'une centaine d'euros, des titres de 15 à 30 minutes qui pourraient reproduire les effets du LSD, de l'ecstasy, du cannabis ou encore de la kétamine. Ces sons saturés - et assez désagréables à écouter - doivent ensuite avoir un effet psychotrope sur celui qui les écoute, allongé dans l’obscurité. Hallucinations, excitation sexuelle, relaxation... les effets recherchés sont divers.

Fonctionnant sur le phénomène du battement binaural, ils envoient dans chaque oreille des sons à une fréquence légèrement différente. "Entre les oreilles et le cerveau, le système nerveux converge afin de pouvoir comparer les sons perçus de chaque côté, notamment pour localiser leur origine dans l'espace. S'il reçoit deux sons purs différents et décalés, le cerveau à l'impression d'entendre un battement", et a l’impression que le son tourne dans l’espace, expliquait en 2011 Daniel Pressnitzer, chercheur en neurosciences, dans la revue Sciences et Avenir.

Est-ce dangereux?

Or, à ce jour, rien n'indique que le procédé fonctionne. Les e-drugs ont vu le jour aux Etats-Unis il y a quatre ans, mais aucune étude n’a encore démontré la réalité de leurs effets. En 2010, le Huffington Post recensait les réactions très dubitatives de journalistes qui avaient tenté l'expérience et évoquaient alternativement un "mal de tête", un effet "soporifique" ou au mieux des "sensations furtives"...

Brigitte Forgeot, psychologue clinicienne, et auteur d'un mémoire sur les sons binauraux, n'y voyait en 2010 qu'un "argument marketing très efficace". Comme elle l'expliquait alors dans La Croix, "ces sensations s'arrêtent dès que l'on enlève le casque. (…) Il y a beaucoup d'autosuggestion dans les récits, même s'il faut reconnaître que l'on sait encore peu de choses sur ces battements".

Pour certains spécialistes, le risque majeur serait plutôt la banalisation d’autres drogues et la recherche de sensations toujours plus fortes, jusqu'à la consommation de drogues "réelles". Le court reportage de journal télévisé qui a mis le feu aux poudres au Liban évoque toutefois deux cas d’addiction.

Que réclame le ministre libanais?

Achraf Rifi, qui y voit une menace pour la jeunesse libanaise, a demandé au procureur de la République de prendre les mesures nécessaires pour freiner l'utilisation de ces drogues, et le blocage des sites qui en font la promotion, comme le rapportait récemment le site l’Orient le jour. Au Liban, plusieurs associations de défense des libertés sur Internet, redoutant une censure des sites internet, ont vivement critiqué la demande du ministre de la Justice, rapporte le DailyStar.

Aurélie Delmas