BFMTV

Dans une tribune, 100 femmes défendent la "liberté d'importuner" des hommes

Lors d'une manifestation contre le harcèlement sexuel, le 29 octobre 2017, à Paris.

Lors d'une manifestation contre le harcèlement sexuel, le 29 octobre 2017, à Paris. - Bertrand Guay - AFP

Un collectif de femmes, dont Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie, ou Catherine Millet, publie ce mardi une tribune dans Le Monde pour "défendre" la "liberté d'importuner" des hommes et s'opposer à la "campagne de délations" apparue après l'affaire Weinstein. Un texte s'inscrivant à rebours des mouvements #BalanceTonPorc ou #MeToo.

Elles ne sont pas d'accord avec la tendance à la "haine des hommes" qui s'est mise en place après l'affaire Harvey Weinstein, et le font savoir. Dans une tribune publiée ce mardi dans Le Monde, un collectif de 100 femmes, parmi lesquelles l'actrice Catherine Deneuve, la journaliste Elisabeth Lévy, ou encore l'écrivain Catherine Millet, rejettent le "puritanisme" qui s'est mis en place après l'éclatement, en octobre dernier, de la vaste affaire de harcèlement sexuel autour du producteur phare d'Hollywood.

"On nous intime de parler comme il faut"

Ces révélations dans le monde du cinéma avaient libéré la parole de nombreuses femmes sur les réseaux sociaux à travers les mouvements #MeToo, et #BalanceTonPorc en France, deux hashtags créés dans le but de dénoncer le harcèlement et les abus sexuels.

Pour les signataires de cette tribune, la libération de la parole permise par ces révélations, si elle a entraîné "une prise de conscience légitime" et "nécessaire" des "violences sexuelles exercées sur les femmes", a également eu, selon elles, un effet négatif. "Cette libération de la parole se retourne aujourd'hui en son contraire: on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices", écrit ainsi ce collectif de femmes, pour qui il s'agit là d'un exemple de "puritanisme".

"C'est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie", développent-elles. 

"Campagne de délations" 

Les signataires dénoncent également ce qu'elles qualifient de "campagne de délations et de mises en accusation publiques d'individus", qui, d'après elles, "ont été mis sur le même plan que des agresseurs sexuels", "sans qu'on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre". "Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste", insistent les auteures de la tribune, en introduction. 

Et de rejeter cette "justice expéditive" qui "a déjà ses victimes": "des hommes sanctionnés (...) alors qu'ils n'ont eu pour seul tort que d'avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, (...) ou envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l'attirance n'était pas réciproque".

Le collectif féminin estime que cette façon d''envoyer les 'porcs' à l'abattoir produirait un effet inverse à celui recherché: au lieu de permettre aux femmes de gagner en autonomie, il servirait les "intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires", et ceux qui estiment que les femmes sont des êtres qui réclament et nécessitent d'être protégés. 

"Nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme"

"En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité", écrivent encore ces femmes, qui disent défendre "une liberté d'importuner, indispensable à la liberté sexuelle".

"Nous sommes aujourd'hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle", concluent-elles. 

A.S.