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Coronavirus: tombés malades, ils veulent que l'Etat les indemnise

Plusieurs militants et membres d'une même liste électorale pensent avoir été contaminés pendant le premier tour des municipales, qui avait été maintenu malgré la propagation du coronavirus en France. Ils demandent aujourd'hui des comptes à l'Etat.

L'Association des victimes pour l'assistance et l'indemnisation du Covid-19 (Avaic19), créée à Lyon, réclame la création d'un fonds d'indemnisation pour des personnes touchées par le coronavirus. Tout est parti d'une candidate aux municipales à Saint-Fons, en banlieue de Lyon. Après avoir mené campagne et fait le tour des bureaux de vote au premier tour, elle a appris qu'une vingtaine de personnes de sa liste ainsi que des militants avaient été malades. 

Rachida Bouregba, présente sur cette liste, a raconté ce jeudi à BFMTV avoir tenu le bureau de vote pendant ce premier tour: "C'est là que je l'ai attrapé, et qu'on l'a tous attrapé. On est plus de 20 dans notre équipe à l'avoir attrapé", déclare-t-elle, "7 jours après, 8 jours après, on a tous été hospitalisés ou on est resté à la maison". Elle-même raconte avoir été hospitalisée dans un état grave.

Les séquelles sont parfois importantes chez les malades, Rachida Bouregba explique avoir encore "du mal à marcher, je n'ai pas retrouvé le goût, l'odorat, j'ai des maux de tête encore un peu, je vomis, je n'ai pas d'appétit... Je ne m'en suis pas remise du tout et ça fait quand même deux mois et demi".

Chafia Zehmoul, à la tête de cette liste, explique à l'AFP qu'au moins deux de ses militants sont décédés par la suite. L'indemnisation viendrait donc compenser un manquement de l'Etat qui, ayant maintenu le premier tour des municipales, serait responsable de la contamination de ces malades. 

"Il fallait que le vote soit repoussé"

"Ce que je reproche aux autorités: l'absence de masques, le maintien du premier tour...", déclare Chafia Zehmoul. "Au début, je me suis sentie responsable et ça a été très dur pour moi mais, aujourd'hui, je me dis que je ne suis pas la seule à avoir vécu cela et certains ont besoin d'un accompagnement administratif" que va proposer cette association, explique-t-elle.

Les avocats de l'association, Hervé Bandanaste et Yves Hartemann, préparent actuellement une vingtaine de plaintes et cherchent d'éventuels plaignants supplémentaires, des personnes ayant contracté le coronavirus dans le cadre d'une activité professionnelle ou bénévole.

"J'attends de la justice qu'elle nous donne des réponses, il fallait que le vote soit repoussé. Ils auraient dû dire on repousse le vote il y a trop de cas", déclare Rachida Bouregba.

Le maintien du premier tour des municipales, deux jours avant le confinement et alors que la propagation du coronavirus se faisait de plus en plus virulente en France, avait entraîné de nombreuses critiques. Une étude a toutefois conclu mi-mai que le premier tour n'avait pas "accéléré" la propagation du coronavirus.

"Statistiquement il semblerait qu'il n'y ait pas eu d'emballement", explique le cardiologue et spécialiste santé pour BFMTV Alain Ducardonnet. Mais si au niveau des statistiques nationales on ne remarque "pas d'emballement global, bien évidemment ça ne remet pas en cause le fait que localement il y a pu y avoir ce problème".

Un projet de loi déposé à l'Assemblée

Un projet de loi a été déposé par deux députés du groupe socialistes à l'Assemblée visant à créer un fonds d'indemnisation pour les victimes du Covid-19. Il prévoit la réparation des préjudices pour "les personnes connaissant des séquelles temporaires ou définitives" du Covid-19 et "les ayants droit des personnes décédées".

Félicitant l'indemnisation promise par le gouvernement au personnel soignant, le député du Nord Christian Hutin, portant la proposition de loi, déclare sur BFMTV:

"Ça nous a semblé totalement insuffisant, il n'y a pas que les soignants, il y a aussi l'ensemble des gens qui ont assuré la continuité de la vie de la nation: les postiers, les policiers... (...) On s'inspire de ce qui fait pour l'amiante, mais l'amiante on a attendu 20 ans, et je souhaiterais bien qu'on n'attende pas 20 ans pour ces victimes".
Salomé Vincendon avec AFP