BFMTV
Société

Coronavirus: ce que nous apprend le cas du porte-avions Charles-de-Gaulle

Une unité de désinfection arrive au Charles-de-Gaulle, le 15 avril 2020.

Une unité de désinfection arrive au Charles-de-Gaulle, le 15 avril 2020. - BENOIT EMILE / MARINE NATIONALE / AFP

Les deux tiers de l'équipage ont été testés positifs au coronavirus depuis les premiers cas suspects mi-mars. La moitié d'entre eux ne présentent aucun symptome.

Le porte-avions Charles-de-Gaulle est un véritable cas d'école pour comprendre la manière dont se propage et agit le coronavirus. Après des premiers cas suspects, tout le navire a été testé. Résultat : 1046 marins sont contaminés sur 1760, soit les deux-tiers de l'équipage.

Les marins sont restés en vase clos depuis une escale à Brest, du 13 au 16 mars. Escale lors de laquelle le virus aurait pu faire son apparition sur le porte-avions. C'est en tout cas la version du chef d'état-major des armées.

"On considère, on pense (...) que cette contamination s'est produite à l'escale qui a eu lieu à Brest au mois de mars", a déclaré le général François Lecointre sur France Inter.

De nombreuses formes asymptomatiques

Sur une population majoritairement masculine et en bonne santé, âgée de vingt à cinquante ans, le cas du Charles-de-Gaulle montre qu'il existe de nombreuses formes bénignes du virus. Sur les 1046 marins testés positifs, plus de la moitié d'entres eux ont développé une forme asymptomatique. Si c'est une bonne nouvelle quant au taux de mortalité du coronavirus, cela signifie aussi que de nombreux cas passent inaperçus, tout en étant contagieux. 

“Il y a probablement un nombre de formes asymptomatiques non négligeable et qui survient en particulier chez les populations les plus jeunes”, reconnaît sur BFMTV Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique de lutte contre le coronavirus, avant d'ajouter : “C’est très informatif et cela doit nous faire réfléchir mais ce sont quand même des conditions très particulières."

“Le Charles-de-Gaulle est quand même un lieu de confinement très particulier”, rappelle-t-il. "Les coursives sont très étroites, il y a beaucoup d’interactions entre les individus.”

L'importance des gestes barrières

Après le déconfinement, le conseil scientifique se positionne pour un "dépistage massif au moindre symptôme". Mais le cas du Charles-de-Gaulle a démontré que les cas asymtomatiques et contagieux sont tout aussi préoccupants. Or, les scientifiques le disaient déjà et le cas du Charles-de-Gaulle le confirme : le virus est extrêmement contagieux

"Ce que l'on sait, c'est que quelques jours après le départ de Brest, il y a eu des cas suspects, explique Ulysse Gosset, éditorialiste internationale à BFMTV. Quelques jours plus tard, le nombre de cas a doublé."

Le 12 avril, la décision est prise de stopper la mission. Tous les militaires sont débarqués à Toulon et placés en quarantaine, mais il est déjà trop tard pour stopper la contagion. Sans la possibilité d'appliquer les gestes de barrière, le virus s'est propagé comme une traînée de poudre. 

"C'est une population importante, dans un endroit confiné, la contamination par le virus se fait de manière explosive", décrypte Imad Kansau, infectiologue à l'hôpital Henri-Béclère de Clamart.

Selon les jours, entre 20 et 30 marins sont hospitalisés à l'hôpital militaire Sainte-Anne de Toulon. D'après le chef d'État major de la marine, l'amiral Christophe Prazuck, deux d'entre eux sont actuellement en réanimation

Camille Sarazin