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Clamart: pourquoi les infirmiers de l'hôpital Béclère sont en grève depuis un mois?

En grève depuis plus d'un mois, le personnel de l'hôpital public de Clamart dénonce un manque criant d'effectifs et une dégradation des conditions de travail. Cadences effrénées, des patients qui s'agglutinent dans les couloirs... ces infirmiers tiennent le centre hospitalier à bout de bras et se disent usés jusqu'à la corde.

"J'ai une conscience professionnelle, je fais mon travail. Mais quand je rentre à la maison, je pleure", confie Florence, infirmière aux urgences psychiatriques de l'hôpital Antoine Béclère de Clamart. Épuisée, elle dit avoir "peur de faire une dépression alors que c'est un métier que j'ai choisi et que j'aime".

Comme beaucoup de ses collègues, cette femme fait grève depuis la fin du mois de novembre afin de dénoncer les plans d'austérité successifs imposés par la direction de l'établissement. A bout de force, elle indique s'occuper seule d'un service où devraient "normalement" s'affairer quatre infirmiers. "J'étais en train de porter les urgences psychiatriques. Seule", s'indigne-t-elle. Face à cette situation, Florence estime qu'elle n'est "pas soutenue par l'encadrement de l'hôpital".

"On finit par craquer"

Cet épuisement se retrouve également dans les mots d'Eloïse, infirmière elle aussi. Enceinte, elle assure enchaîner des journées de plus de douze heures où elle ne prend même pas le temps de s'asseoir déjeuner alors que "légalement" elle devrait avoir une heure de pause. Flux constant de patients, sous-effectifs, masse de travail énorme... Encore une fois, les mots soulignent le décalage entre ce que devraient être ses conditions d'exercice et la réalité de son métier.

"On se rend compte qu’on est très résistante jusqu’au moment où on n’en peut plus, où notre corps lâche complètement. Les larmes viennent et on comprend que le psychologique tient jusqu’à un point donné. Même si nous sommes fortes, on finit par craquer", constate-t-elle.

Des patients restent dans les couloirs de l'hôpital
Des patients restent dans les couloirs de l'hôpital © BFMTV

Mais au-delà de leur propre souffrance, ces infirmières se désolent des conditions dans lesquelles sont accueillis les malades. "Nous avons deux fois plus de patients pour moins de médecins et d'infirmiers", poursuit Eloïse. Obligés de courir à droite à gauche, les personnels soignants ne peuvent pas s'occuper des malades comme ils le voudraient.

"Les patients sont inquiets, ils ont l'impression de ne pas être pris en charge".

"Le respect n'est pas là"

D'ailleurs, nombreux sont ceux qui s'agglutinent dans le couloir, allongés sur des brancards où ils passent parfois la nuit. Une situation que Florence regrette, dénonçant une "atteinte directe à la dignité du patient et à son intimité". "Mais on n'a pas le choix".

Elle explique par ailleurs être obligée de "contentionner" certains patients. Autrement dit, de les attacher de façon à ce qu'ils ne puissent pas bouger. Toujours dans le couloir à la vue de tous. "Parfois, les gens dans le passage ne comprennent pas pourquoi telle ou telle personne crie".

"Le respect n'est pas là", affirme également Eloïse. "Parfois on doit attacher les gens malgré nous et c'est de la maltraitance. Mais on ne peut pas faire autrement".

Le sort des patients dans les chambres n'est pas beaucoup plus enviable. D'individuelles ces pièces passent à collectives et il arrive que des malades contaminés par un virus se retrouvent des personnes qui ne sont pas infectées. 

Ce sont ces conditions de travail dont le personnel soignant de l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart ne veut plus. Des négociations sont actuellement en cours avec la direction.

Marie-Caroline Meijer avec Fanny Regnault et Floriant Rivais