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Ces nettoyeurs de l’extrême qui s’attaquent au syndrome de Diogène

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- - Photo ESP-Nettoyage

Des entreprises de nettoyage se sont spécialisées dans les cas épineux des interventions dans les logements de personnes atteintes du syndrome de Diogène, qui les pousse à vivre dans des conditions insalubres, entourées de monceaux d'objets et de détritus.

C’est l’heure du grand ménage de printemps dans votre appartement ou votre maison. Et pour vous donner du courage face à ces trois poussières qui traînent, sachez que certains s’attaquent à des cas beaucoup plus lourds que ce qui vous attend chez vous. Depuis quelques années, certaines entreprises de nettoyage se sont spécialisées dans un cas bien particulier: celui du syndrome de Diogène. Ce trouble du comportement pousse ses victimes à vivre au milieu de leurs détritus. Il se double parfois de la syllogomanie, une pathologie qui vous pousse à ne rien jeter, quitte à finir par vivre sous des montagnes d’objets.

"Des détritus, des déchets jusqu’au plafond, des baignoires remplies d'excréments"

"Moi je voulais être joueur de foot. Passer de ça à nettoyer des cuvettes, ça n’a rien à voir", s’amuse Soufiane Dioucha, cogérant de la société Coup de propre, qui s’est spécialisée dans ce secteur. Il a beau avoir gardé le sourire, il décrit un métier extrêmement usant.

"Il faut avoir le cœur bien accroché. On se retrouve face à des détritus, des déchets jusqu’au plafond. A des baignoires remplies d’excréments. Récemment, on est intervenu dans un logement à la demande de la police: la personne était décédée dans l’appartement et les pompiers n’arrivaient pas à entrer pour enlever le corps", reprend-il.

Lancée début 2017, sa société peut facturer des prestations à plusieurs milliers d’euros et marche selon lui "super bien".

Parce que de plus en plus de gens sont touchés par le syndrome de Diogène? "Non, il n’y a pas plus de cas qu’avant", assure Christophe Di Pietro, lui aussi spécialisé dans ce secteur avec sa société ESP-Débarras. "Il y a toujours eu des gens qui souffraient de ça, mais on n’en parlait pas trop. Maintenant, des voisins nous appellent parce qu’ils ont entendu parler des 'Diogène' par les médias".

Mais la plupart du temps, c’est la famille qui le joint pour une intervention. "Une maman est hospitalisée. Sa fille nous appelle en panique en découvrant l’état du logement. Mais ça n’aboutit qu’une fois sur cinq: pour qu’on intervienne, il faut absolument que la personne soit d’accord", prévient Christophe Di Pietro.

"Droits dans leurs bottes, ils nous disent qu’ils sont chez eux"

"Aucune loi en France n’oblige quelqu’un à nettoyer sa maison", confirme Philippe Famibelle. Ancien ambulancier, il a lancé la société Diogène Xtreme, qui peut intervenir dans des cas de syndrome en Île-de-France "une dizaine de fois par semaine". Pour lui, le plus délicat, ce n’est pas d’être confronté à l’insalubrité. "Le plus difficile c’est de gérer la personne. Ils sont droits dans leurs bottes et nous disent qu’ils sont chez eux et n’ont rien demandé à personne. Et c’est vrai. Jusqu’au moment où ils deviennent un danger pour eux-mêmes et parfois pour les autres. Tout passe par la négociation, c’est un travail très psychologique. Si on n’est que nettoyeur, on peut faire plus de mal que de bien".

Lui a poussé la logique jusqu’à mettre en place un suivi des personnes chez qui il est intervenu. "On a débloqué la situation mais on s’arrange pour que ça perdure. Périodiquement, on revient, on garde le contact, on ne laisse pas la personne toute seule. Peut-être qu’on se tire une balle dans le pied, mais au-delà du business, il y a d’abord des personnes", reprend Philippe Famibelle. Des personnes touchées par un syndrome qui ne fait pas dans la discrimination.

"Ce sont souvent des marginaux, reclus sur eux-mêmes. Mais il n’y a ni catégorie d’âge ou sociale. Le plus jeune que j’ai fait avait 22 ans. Pas facile de rentrer avec ça à la maison".

"Ne pas arriver comme des brutes dans l’appartement et tout balancer"

Chez Coup de propre, Soufiane Dioucha a très vite compris "qu’il ne fallait pas arriver comme des brutes dans l’appartement et tout balancer".

"Quand les 'Diogène' sont encore à l’intérieur, c’est une souffrance pour eux de nous voir travailler. Mais dans 60% des cas, ça change leur vie. Une fois, on a eu quelqu’un en détresse sociale, ancien cadre de la SNCF, avec un problème d’alcool et une barbe de dix ans. Un an après être intervenus chez lui, on l’a retrouvé: il était transformé. Il avait repris goût à la vie. Dans ces cas-là, on se dit que ce n’est pas qu’une simple prestation de nettoyage".

Malgré tout, beaucoup de sociétés "se sont engouffrées dans la brèche, mais il y a à prendre et à laisser", prévient Philippe Famibelle. "C’est impossible de se lancer du jour au lendemain, il faut vraiment connaître, faire des formations", enchaîne Soufiane Dioucha. "Certains voient les reportages et se disent que ça leur plairait. Mais je peux vous assurer que dans le métier, c’est ce qu’il y a de pire à faire. Un syndrome de Diogène, c’est une immersion dans 20 ans, 30 ans de vie. Et ça ne marche pas spécialement. A 40 euros le mètre cube, j’estime que ce n’est pas payé à sa juste valeur", souffle Christophe Di Pietro.

Antoine Maes