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Banque et assurances: une étude met en lumière les discriminations du quotidien

SOS Racisme et le CNRS publient ce jeudi une étude de grande ampleur sur les discriminations exercées à l'accès aux biens et aux services en France.

C'est la première fois qu'une étude produit des statistiques en dehors des marchés du travail et du logement. SOS Racisme et le CNRS publient ce jeudi l'étude "Diamant", qui révèle les discriminations exercées en France dans des secteurs du quotidien, comme l'accès à une assurance automobile, aux complémentaires-santé, aux crédits et à l'hébergement touristique.

Pour évaluer l'ampleur de ces discriminations, les chercheurs ont créé six profils de candidats fictifs aux caractéristiques différentes (âge, origine, sexe, lieu de résidence) mais aux parcours similaires (situation de précarité, réorientation dans le commerce).

Parmi eux, Christophe Leroy, 42 ans au lieu de résidence neutre; Florian Roux, 22 ans au lieu de résidence défavorisé; Grâce Goudiaby, 22 ans au lieu de résidence neutre. Puis ils ont envoyé de fausses candidatures, 15.000 en tout, à partir de ces six profils, dont voici les principaux enseignements.

> L'accès au crédit plus difficile pour les jeunes et les individus d'origine africaine

En ce qui concerne l'accès au crédit à la consommation, les chercheurs, qui ont testé une vingtaine d'établissements financiers, constatent que les jeunes sont les plus discriminés. Comme le note franceinfo, c'est l'individu le plus âgé qui a obtenu le plus de réponses positives à ses demandes: 65% contre 20% à 30% pour les plus jeunes. 

Les profils présentant une origine africaine ont également remporté moins de succès face aux établissements financiers, souligne France Inter. Ainsi, Grâce Goudiaby, 22 ans, a reçu 10% de réponses en moins que Laura Durand, également âgée de 22 ans. 

Un constat encore plus visible pour les demandes de crédits en vue d'une création d'entreprise. Pour l’achat d’une petite entreprise, un homme blanc a deux fois plus de chances d’obtenir une réponse positive qu’un homme d’origine africaine.

Expedit, Camerounais en situation régulière en France, en a subi les frais il y a quatre ans. Lors de sa demande de crédit pour créer son entreprise de transports, deux banques lui ont signifié un refus, malgré un dossier jugé complet par la mairie:

“On me reçoit dans un couloir de banque en me disant tout de suite ‘nous ne financeront pas votre projet’. On ne s’intéresse même pas à mon parcours. La question qui se pose finalement, c’est mon origine", a-t-il regretté sur notre antenne.

> Le quartier de résidence influence le tarif de l'assurance automobile

Un autre facteur de discrimination a été mis en exergue par l'étude: la réputation du quartier de résidence. Cette donnée intervient notamment dans la détermination du tarif de l'assurance automobile. Ainsi, Florian Roux, qui habite dans un quartier défavorisé, paiera 60 euros de plus pour son assurance que les profils au lieu de résidence neutre. 

Infographie
Infographie © Capture d'écran / BFMTV

Le candidat résidant dans un quartier populaire est également celui qui a reçu le moins de réponses positives parmi tous les profils. Un phénomène expliqué par Yannick L’Horty, chercheur au CNRS et l'un des auteurs de l'étude, au micro de BFMTV:

"Il y a un critère qui ressort plus fréquemment sur l’ensemble des marchés, c’est le lieu de résidence. Par la simple adresse, on peut avoir moins de chances d’accéder à certains services ou à certains biens. Ou de les payer plus cher."

> Le tarif des complémentaires-santé déterminé par l'âge

Enfin, le secteur des complémentaires-santé a également révélé des discriminations. Cette fois-ci, c'est l'homme le plus âgé, Christophe Leroy, 42 ans, qui voit sa facture flamber. Le tarif qui lui est proposé s'élève à 460 euros, contre une moyenne de 290 euros pour les cinq autres individus fictifs, tous âgés de 22 ans, soit un tarif 50% plus élevé. 

A la lumière de ces résultats, SOS Racisme doit rendre publique toute une série de propositions sur le sujet de la lutte contre les discriminations, abordé par Emmanuel Macron lors de son discours sur la politique de la ville à Tourcoing, dans le Nord, le 14 novembre dernier. 

Céline Penicaud avec Gaël Giordana, Jérôme Bonnard et Célia Genest