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Assurance chômage: l'Etat réclame plus de 3 milliards d'euros d'économies

Les partenaires sociaux gèrent paritairement le régime d'assurance chômage dans l'Unédic

Les partenaires sociaux gèrent paritairement le régime d'assurance chômage dans l'Unédic - Philippe LOPEZ, AFP/Archives

Le gouvernement, recevant vendredi patronat et syndicats, a chiffré les économies demandées dans les allocations chômage.

Le gouvernement réclame que la future négociation sur l'assurance chômage permette de réaliser de 1 à 1,3 milliard d'euros d'économies par an (soit au total 3 à 3,9 milliards d'euros en trois ans), ont annoncé vendredi 21 septembre les négociateurs patronaux et syndicaux à l'issue d'une réunion avec Antoine Foucher, chef du cabinet de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud,

"C'est une réforme à l'envers puisqu'on part d'un objectif budgétaire pour fixer les objectifs dans lequel on va reparamétrer l'assurance chômage", a déploré le vice-président de la CPME, Jean-Michel Pottier, à l'issue de la rencontre, se disant "extrêmement inquiet".

"1,3 milliard d'économies par an, c'est beaucoup", a de son côté réagi Michel Beaugas (FO), qui a critiqué un "prisme marqué sur les économies". Ces économies "sont extrêmement conséquentes, qui font suite à une convention où il y a eu déjà 800 millions d'économies sur les droits des demandeurs d'emploi", a réagi Marylise Léon (CFDT), qui a demandé au gouvernement "de sortir de la logique budgétaire". Le document de cadrage de la négociation sera remis la semaine prochaine, ont précisé les partenaires sociaux.

Négocier ou non

Les partenaires sociaux ont dénoncé une "logique budgétaire" et se laissent du temps, d'ici la "semaine prochaine" (syndicats) à "quelques semaines" (Medef), pour décider de négocier ou non.

Le secrétaire général de FO, Pascal Pavageau, avait assuré que toutes les organisations se concerteront avant de faire connaître leur position. Force ouvrière réunit d'ailleurs mercredi et jeudi prochain son "parlement", au cours duquel ce point sera débattu.

Avant la rencontre, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui avait pourtant indiqué de but en blanc en juillet qu'il irait négocier se montrait plus critique: "Je soupçonne surtout le gouvernement de nous tendre un piège". "Nous attendons la lettre de cadrage mais je redoute qu'elle ne pose des objectifs inatteignables", ajoutait-il.

Idem pour Force ouvrière, qui réclamait une lettre "d'orientation" plutôt qu'une lettre de cadrage en guise de feuille de route.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, fait "le pari que la négociation est possible, mais c'est entre leurs mains", avait-elle indiqué récemment. Les huit organisations syndicales et patronales ont déjà été reçus par la ministre elle-même, en tête-à-tête, la semaine dernière.

Surprise générale

La dernière convention, négociée au printemps 2017, avant l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, est entrée en vigueur il y a peine un an, en octobre 2017. Et une réforme, à travers la loi "avenir professionnel" adoptée cet été, a déjà retouché le système en élargissant l'assurance chômage à davantage de démissionnaires et aux indépendants.

Mais Emmanuel Macron a, à la surprise générale, souhaité rouvrir ce chantier, sur fond de chômage qui reflue peu et de coup de mou de la croissance française.

Les partenaires sociaux, qui gèrent paritairement le régime d'assurance chômage dans l'Unédic, se sont réunis à plusieurs reprises en septembre pour faire un état des lieux. Mais rien n'a filtré de leurs réunions et ils n'ont pas publié de communiqué commun comme ils avaient pu le faire à l'été 2017 avant le lancement de la première réforme de l'assurance chômage du quinquennat.

Le Medef et son nouveau patron Geoffroy Roux de Bézieux devraient aussi attendre avant de s'exprimer.

Les pistes de la réforme

La négociation, selon l'exécutif, vise "à inciter au retour à l'emploi" et à "lutter contre la précarité". Plusieurs pistes de la réforme avaient déjà été officiellement évoquées, comme la création d'une allocation longue durée.

L'exécutif souhaite en outre que soit revu le système permettant de toucher une allocation chômage et un petit salaire. Prévu pour inciter au retour à l'emploi, ce dispositif dit de "l'activité réduite" ou du "cumul emploi chômage" concerne 800.000 personnes en moyenne par mois, notamment des femmes et des seniors, comme des intérimaires ou des assistantes maternelles. Depuis la crise de 2008, le nombre de demandeurs d'emploi en activité a doublé.

Parallèlement, la question d'un bonus-malus imposé aux entreprises qui abusent des contrats courts, mesure qui hérisse le patronat et a été retoquée plusieurs fois par le passé, reviendra sur la table. L'exécutif brandit cette promesse du candidat Macron en forme de menace depuis un an mais ne l'a pas encore mise à exécution.

"On a réinventé les journaliers!", s'est récemment exclamée la ministre du Travail, et ce alors que cette précarité pèse sur les comptes de l'Unédic, endettée à hauteur de 35 milliards d'euros.

Le nombre de CDD s'accroît, et leur durée est de plus en plus courte. Un tiers de ces contrats à durée déterminée ne durent en effet qu'une journée et ceux de moins d'un mois, qui représentaient 57% des CDD en 1998, en représentent 83% en 2017.

J. H. avec AFP