BFMTV

Apple Watch, une montre connectée à sa santé: gadget ou progrès médical?

Une image extraite de la "Keynote" d'Apple, où l'on aperçoit l'Apple Watch.

Une image extraite de la "Keynote" d'Apple, où l'on aperçoit l'Apple Watch. - Justin Sullivan - AFP

Les montres connectées au service de la santé reviennent sur le devant de la scène avec le lancement de l'Apple Watch. BFMTV.com a interrogé deux médecins sur la pertinence de se surveiller en permanence.

Les objets connectés ne sont plus seulement qu’un futur évoqué dans les magazines: ils s’installent petit à petit dans le quotidien. Pour l’instant réservés à une certaine frange de la population, aisée et technophile, ils pourraient bientôt se démocratiser et quitter le stade du simple gadget. C’est notamment la volonté d’Apple, qui a présenté mardi soir sa nouvelle montre connectée: l'Apple Watch.

Particularité de l’objet: il va notamment permettre de collecter de nombreuses informations sur la santé de celui qui la porte. Taux de glycémie, nombre de pas par jour, fréquence cardiaque, mais aussi pression artérielle, niveau d’hydratation…Les promesses sont nombreuses. Qu’en pensent les médecins? BFMTV.com a interrogé deux praticiens, très "branchés" mais aux avis divergents.

Un patient "trop" connecté?

Avec cette nouvelle montre, Apple rentre dans le phénomène du "quantified self", qui consiste à suivre soi-même son état de santé. Médecin gériatre en région parisienne, le Dr Christophe Trivalle, lui-même porteur d’un bracelet connecté, voit cela d’un très bon œil. "Je fais beaucoup de prévention, notamment sur les façons de retarder la dépendance. Cela passe par l’activité physique et l’alimentation. Or, si cet objet peut m’indiquer quotidiennement le nombre de pas que je fais, sachant que l’OMS recommande d’en faire 10.000 par jour, cela peut m’amener à réfléchir et à changer!", explique-t-il à BFMTV.com.

Mais pour le Dr David Beausire, médecin généraliste à Albi, des dérives sont possibles. "Pour un certain nombre de personnes, trop se connaître ou se mesurer amène à des phases d’inquiétude, voire d’angoisse, et peut inciter à "consommer" des vrais avis de professionnels sans raison objective. Dans certains cas et pour certains patients, un suivi continu est utile, mais il s’agit donc de faire la part entre le besoin ressenti - effet marketing - et le besoin exprimé".

Gadget ou support médical?

  • Le Dr Trivalle l’admet, "à l’heure actuelle, beaucoup de gens qui achètent des objets de santé connectés ne s’en servent plus au bout de quelques mois." Pourtant, lui est convaincu que si une "petite bascule se fait vers le côté médical", "cela amènera sûrement un progrès." Et le médecin de citer l'exemple des balances connectées, un objet a priori "gadget", utilisées dans le cadre d'un programme très efficace en Auvergne, "CardiAuvergne". Les patients se pèsent tous les matins sur une "balance intelligente", qui transmet les informations à un professionnel de santé, amené à programmer une visite de contrôle s'il pressent une insuffisance cardiaque. En 2012, "cette expérimentation a permis d'éviter le décès de plusieurs dizaines de patients sur les 315 suivis, et de prévenir l'hospitalisation de plus de 60 patients", selon le professeur Jean Cassagnes, initiateur du projet.

Le Dr Trivalle espère justement la possibilité d'un système d'alertes pour les montres connectées: "Les données pourraient aller directement dans un cloud (serveur informatique, ndlr) qui traiterait les données sans recourir forcément à un médecin, à condition évidemment qu'il soit hyper-sécurisé sur la confidentialité de ces données. Si un seuil est dépassé, par exemple si la glycémie d'un patient diabétique est trop basse, ou si la fréquence cardiaque d'une personne âgée est trop élevée, le médecin traitant, une infirmière, ou la personne elle-même pourrait recevoir une alerte. Nul besoin de surveiller constamment ces statistiques."

Données constantes: quand doit-on s'inquiéter?

Reste à définir ces seuils. Or, pour le Dr Beausire, "nous ne sommes pas des horloges suisses." "Nul humain n'est une machine, et des variations dans les mesures existent. La question est celle du curseur du déclenchement de l'inquiétude." Lui estime qu'au vu de ce que va mesurer l'Apple Watch, "rien ne soit nécessaire en plus de ce que l'entretien et l'examen du patient" lui rapporte. "La meilleure attitude à avoir est d'identifier son besoin de suivi, et alors de choisir l'objet et le programme qui conviennent, plutôt que d'acheter un objet polyvalent qui inonde tout le monde de données en grande partie inutiles. C'est finalement ce que fait un pacemaker: ce n'est certes pas une montre intelligente, encore moins un objet connecté au cloud, mais c'est un bel exemple d'objet technologique interactif."

Alexandra Gonzalez