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A l'hôtel ou au camping, en France ou à l'étranger... ce que l'on peut envisager cet été pour les vacances

La plage d'Étretat, en Seine-Maritime, totalement vide au 35e jour du confinement, le 20 avril 2020 (photo d'illustration)

La plage d'Étretat, en Seine-Maritime, totalement vide au 35e jour du confinement, le 20 avril 2020 (photo d'illustration) - Lou Benoist-AFP

Alors que le déconfinement de la population française commencera le 11 mai prochain, pourra-t-on partir en vacances cet été? BFMTV.com fait le point.

Pour les vacances farniente sur une plage paradisiaque de l'autre côté de la planète, le séjour à la découverte des temples d'Angkor ou le circuit de randonnée dans le Haut Atlas marocain, ce ne sera a priori pas pour cette année. Avec la pandémie de Covid-19 et alors que le déconfinement devrait débuter le 11 mai prochain, où et comment les Français pourront-ils partir en vacances?

À l'heure actuelle, rien n'est encore tranché et les autorités se montrent prudentes. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, a déclaré mardi qu'il était "encore trop tôt pour donner une perspective". Mais plusieurs scénarios peuvent d'ores et déjà s'esquisser.

  • Pas de voyage à l'étranger?

Pour les vacances à l'autre bout du monde, c'est compromis. Chaque année, ce sont 9 millions de Français et de Françaises qui voyagent à l'étranger l'été. Le Premier ministre l'a rappelé dimanche lors d'un point sur la situation de l'épidémie: il n'est pas "raisonnable d'imaginer voyager loin à l'étranger très vite". Début avril, le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, avait invité les Français à "attendre" avant de réserver pour les vacances d'été. Interrogée peu après lors d'une audition de la commission des Affaires économiques du Sénat, la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, avait ensuite précisé les propos de Jean-Baptiste Djebbari en indiquant que cela ne concernait que "les vols à l'étranger".

"On peut recommander aux Français de profiter de notre beau pays pour les prochaines vacances, ce qui aidera aussi le secteur du tourisme", déclarait-elle.

Édouard Philippe a également indiqué dimanche qu'il n'était "pas sûr" que le transport aérien puisse reprendre "dans de bonnes conditions rapidement", alors que le trafic de passagers a été fortement réduit. Il s'est par ailleurs montré évasif sur "les conditions d'entrée ou de ré-entrée sur le territoire national" qui pourraient être "assez exigeantes vis-à-vis de ceux qui arrivent de l'étranger".

Emmanuel Macron a lui-même évoqué l'hypothèse d'une fermeture des frontières de l'espace Schengen jusqu'en septembre. Sans compter qu'un certain nombre de pays - comme les États-Unis, la Chine, la Russie ou Israël - interdisent pour le moment l'entrée sur leur territoire aux étrangers, certains même spécifiquement aux Français.

  • Et les destinations européennes?

Si les voyages en dehors des frontières européennes semblent exclus, qu'en est-il pour les séjours au sein de l'espace Schengen? De nombreux pays, comme la France ou l'Espagne, ont fermé leurs frontières ces dernières semaines. À l'exemple de l'Allemagne qui ne laisse passer que le transport de marchandise et les travailleurs transfrontaliers, du Portugal qui a fermé sa frontière avec l'Espagne ou de l'Estonie et la Lituanie qui ont fermé leurs portes aux étrangers à quelques rares exceptions.

"Si la France autorise les Français à partir dans un pays membre de l'Union européenne, comme la Grèce très prisée l'été, il n'est pas pour autant certain que les Grecs les acceptent", analyse pour BFMTV.com Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du voyage qui représente 1600 voyagistes, tour-opérateurs et organisateurs.
  • Quels risques à quitter la France?

Le risque principal pour celui qui partirait quand même à l'étranger: rester coincé sur place. Cela a notamment été le cas de Français qui se trouvaient au Maroc lorsque le royaume a décidé de fermer ses frontières. Leur rapatriement a été long et compliqué. "On peut imaginer qu'un Français décidant de quitter le territoire alors que les autorités l'ont interdit et qui aurait besoin d'être rapatrié, notamment pour des raisons sanitaires, le serait peut-être mais à ses frais, les assurances ne joueraient certainement pas", envisage pour BFMTV.com Laurence Jégouzo, avocate spécialiste en droit du tourisme.

Pour l'instant, la seule sanction, c'est la contravention. "Il ne peut pas y en avoir d'autres tant qu'il n'y a pas de texte qui l'autorise", ajoute Laurence Jégouzo. Soit 135 euros par personne pour un déplacement non autorisé. "Mais les choses pourraient peut-être changer après le 11 mai, selon ce qui sera décidé."

Autre piste: les compagnies aériennes pourraient-elles contrôler elles-mêmes les motivations de déplacement de leurs passagers avant de les embarquer? "Cela pose question sur la liberté de circulation, poursuit l'avocate. Pour porter atteinte aux libertés fondamentales, il faut qu'un intérêt supérieur le nécessite. Sans texte de loi, elles ne peuvent pas le faire."

  • En avion ou en train?

Aujourd'hui, l'offre de transport aérien est très réduite. L'activité d'Air France est évaluée à moins de 5% de ses capacités. Mais dès la levée du confinement, la compagnie aérienne prévoit de reprendre progressivement son activité en privilégiant d'abord ses vols nationaux. Et espère ainsi assurer 30% de ses vols d'ici juillet. 

Lors de son audition au Sénat mi-avril, Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF, a évoqué les modalités de reprise du trafic ferroviaire. Si elle devrait se faire progressivement à partir du 11 mai, il espère arriver à 100% des TGV au début de l'été. Jean-Pierre Farandou souhaite par ailleurs que le port du masque soit obligatoire pour les passagers et s'engage à mettre à disposition du gel hydro-alcoolique dans les gares et les TGV. 

  • La France privilégiée

Le président des Entreprises du voyage assure que les professionnels du tourisme vont s'adapter à la demande des voyageurs, "c'est-à-dire essentiellement en France". Un sondage réalisé par le site de réservation campings.com indique que 90% des familles interrogées souhaitent passer leurs vacances d'été en France et 40% d’entre elles dans leur propre région. 

Jean-Pierre Mas anticipe ainsi une demande dans des régions habituellement moins fréquentées, "comme la montagne ou la campagne". S'il prévoit déjà une très forte baisse d'activité pour son secteur - "moins 80 à 90%" - il n'exclut pas que les métropolitains se tournent vers l'outre-mer - Air Caraïbes a annoncé une reprise de ses rotations après le déconfinement.

"Les Français auront été confinés trois mois, ils auront envie de grand air, de liberté et d'oxygène."
  • Quid des hébergements collectifs?

Chaque été, les campings sont particulièrement prisés: les quelque 7900 structures représentent près de la moitié de l’accueil en hébergement collectif. En début de semaine, les professionnels du secteur se sont réunis pour proposer un "plan camping". Parmi les propositions permettant la réouverture: moins de services, limitation du nombre d'enfants dans les aires de jeu ou encore distanciation pour l'usage des lavabos. Un plan en trois étapes, détaille pour BFMTV.com Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air.

"La première phase, à partir de mi-mai, permettrait une ouverture minimale assez restrictive. Pas d'animation, de restauration ou d'accès aux piscines et un nombre de campeurs limité. La deuxième phase, que l'on souhaite pour mi-juin, serait un intermédiaire et permettrait notamment d'ouvrir les piscines extérieures mais toujours sans animation. Enfin dans une troisième phase, tous les services seraient proposés mais avec toujours une grande vigilance apportée aux précautions sanitaires."

Pour Nicolas Dayot, les campings doivent rouvrir vite pour "envoyer un signal fort" et relancer les réservations. "Ce sont des espaces grands, en extérieur qui proposent des hébergements individuels et indépendants qui sont tout à fait conciliables avec les règles de distanciation. Quant aux sanitaires, nous avons déjà des procédures de nettoyage que nous pouvons renforcer."

Les villages vacances commencent eux aussi à s'organiser. "On travaille sur plusieurs scénarios, confie Valérie Lauthier, directrice de la communication du Groupe Pierre et vacances - Center parcs, à BFMTV.com. Notre priorité est d'assurer la sécurité de nos clients et de nos collaborateurs." Si elle assure que le groupe leur fournira masques et gel hydroalcoolique, elle n'attend qu'une chose: connaître la date et les modalités du déconfinement pour pouvoir se préparer à accueillir le public. 

"Nous sommes capables de nous adapter, continue Valérie Lauthier. Si les restaurants n'ont pas le droit de rouvrir, nous pourrons proposer un service de livraison des repas. Dans les espaces aquatiques, nous pouvons également limiter le nombre d'entrées, nous avons déjà des compteurs. Quant aux activités de plein air, elles sont tout à fait compatibles avec le respect des gestes barrière."
  • Une charte pour les hôtels

Du côté des hôtels, une charte est en cours d'écriture pour garantir la sécurité des clients. Différentes pistes sont envisagées, d'un temps de "jachère" entre deux locations de la chambre au nettoyage en deux temps.

"La désinfection de toutes les surfaces, télécommande et poignées de porte, se ferait après le départ du client, détaille pour BFMTV.com Laurent Duc, le président de la branche hôtellerie de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie. Et le ménage le lendemain, afin que le linge sale ne soit pas en contact avec les draps et serviettes propres."

Tous les coussins et draperies fantaisie seraient retirées, les taies d'oreiller doublées et les têtes de lit en tissu recouvertes d'un matériau lavable. Quant aux repas: room-service - c'est déjà le cas dans les établissements qui reçoivent toujours des clients. "Les plateaux sont filmés et on va revenir à des emballages individuels", ajoute Laurent Duc.

"Nous avons également demandé aux fournisseurs des petites bouteilles individuelles de gel hydroalcoolique, comme pour le gel douche. On ne sait pas ce que sera précisément la demande des clients ni comment ils vont réagir. S'ils veulent des oreillers jetables, on leur en proposera."
  • Et les locations saisonnières?

À l'heure actuelle, les locations saisonnières sont toujours interdites. Si elles étaient de nouveau autorisées, quelles en seraient les conditions? Bertrand Réau, sociologue au Conservatoire national des arts et métiers, s'interroge pour BFMTV.com.

"Y aura-t-il une durée minimum de location? Un nombre maximum de personnes? Les invités seront-ils autorisés? Si les clubs de vacances et campings peuvent s'organiser et mettre en place des protocoles, c'est plus compliqué pour les particuliers et impossible à vérifier pour les plateformes de location."
  • Un été en suspens

Pour ce spécialiste du tourisme qui mène actuellement une enquête auprès des professionnels du secteur sur les impacts de la crise liée au covid-19, beaucoup d'inconnus demeurent. "En vacances, les Français acceptent un espace plus restreint et moins confortable, notamment en camping, parce qu'il y a cette possibilité de profiter de l'extérieur. Mais s'il y a des limitations, notamment pour l'accès aux plages, qu'est-ce que cela va produire comme type de comportement? On ne sait pas."

Les réservations sont quasi au point mort faute de visibilité. "Il n'y a que 5% de réservations qui se font par rapport à l'année dernière à la même période", indique à BFMTV.com Didier Arino, directeur du cabinet d'études Protourisme. 

"En 2019, quelque 32 millions de Français sont partis en vacances. S'il y a encore peu d'annulations, notamment pour les campings, avec les précautions qui pourraient être prises pour respecter la distanciation sociale, certains professionnels se demandent même si ça vaudra le coup d'ouvrir. Dans tous les cas et pour personne ce ne seront les vacances de l'insouciance."
Céline Hussonnois-Alaya