BFMTV

1er mai: quelle mobilisation syndicale face au au FN?

Irréconciliables après leurs oppositions au sujet de la Loi travail lors des manifestations de 2016, les syndicats battront le pavé de manière très dispersée, ce lundi, malgré la présence du Front national au second tour. Bien loin de l'union syndicale de 2002 qui avait vu se déplacer près de 1,3 million de Français contre Jean-Marie Le Pen.

Oubliée l'union syndicale de 2002 pour "faire barrage à l'extrême droite" au second tour: les syndicats, très divisés sur les consignes de vote et le mot d'ordre de la mobilisation, vont manifester en ordre dispersé le 1er mai.

Comme chaque année, des rassemblements et manifestations sont prévus un peu partout en France, mais c'est à Paris que la désunion syndicale sera le plus visible.

D'un côté, il y aura la CFDT et l'Unsa, qui ont appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle. Avec l'organisation de jeunesse Fage, elles vont se rassembler à partir de 11 heures devant le métro Jaurès, dans le 19e arrondissement, pour "rejeter la vision réactionnaire et identitaire du Front national".

En finir "avec les reculs sociaux qui font le terreau de l'extrême droite"

De l'autre, la CGT, la FSU, Solidaires et FO. Les trois premiers ont appelé à "faire barrage" à Marine Le Pen, sans pour autant inviter ouvertement à voter pour le candidat d'En Marche!. Force ouvrière s'est tout simplement abstenue de donner une consigne, fidèle à sa tradition d'indépendance vis-à-vis des partis politiques. Ces quatre organisations vont manifester de la place de la République à celle de la Nation à partir de 14h30, pour réclamer qu'on en finisse "avec les reculs sociaux qui font le terreau de l'extrême droite".

"Le message pour la CGT, c'est évidemment contre l'extrême droite - pas une voix pour le Front national - et en même temps pour le progrès social", explique Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.

Ce clivage entre "réformistes" (CFDT, Unsa) et "contestataires", s'est accentuée lors du conflit autour de la loi travail.

"Un 1er mai désuni, ce n'est pas si surprenant", estime Stéphane Sirot, historien spécialiste du mouvement syndical.

"Les temps ont changé"

Pour lui, cette division est à l'image de ce qui se passe dans le champ politique où, contrairement à 2002, il n'y a pas non plus d'unanimité dans l'appel à voter contre le FN.

"Les temps ont changé, ajoute-t-il. Il y a une frange de citoyens, de politiques et de syndicalistes qui n'arrivent plus à accepter n'importe quelle alternative au FN qui serait en contradiction avec leur engagement récent", ajoute-t-il.

Compliqué donc pour la CGT, Solidaires ou la FSU de soutenir la candidature d'Emmanuel Macron, ancien ministre de l'Economie, considéré comme un des artisans de la loi travail et à l'origine de la loi Macron, qu'ils ont également contestée.

Des bisbilles

Pourtant, avant le premier tour, les numéros uns de la CGT et de la CFDT, Philippe Martinez et Laurent Berger, étaient d'accord pour une mobilisation commune, dans l'hypothèse de l'arrivée de Marine Le Pen au second tour.

Mais des bisbilles autour du mot d'ordre de la mobilisation ont pris le dessus. Et la loi travail, soutenue par la CFDT, a laissé des traces.

"C'est pas la CFDT qui refuse de défiler avec la CGT le 1er mai, c'est la CGT qui refuse la CFDT dans le cortège. La CGT voulait défiler avec Force ouvrière, c'est ça la vérité", regrette Véronique Descacq, numéro deux de la CFDT.

Déjà en 2016, pour la première fois en sept ans, FO et CGT avaient manifesté ensemble le 1er mai, contre la loi travail.

1,3 million de personnes en 2002

Or en 2002, devant la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, les organisations syndicales françaises avaient fait bloc le 1er mai. Bernard Thibault (CGT), Nicole Notat (CFDT) et Marc Blondel (FO), Gérard Aschieri (FSU) et Alain Olive (Unsa) ont alors participé au même défilé.

Ce jour-là, environ 1,3 million de personnes ont battu le pavé à Paris et dans toute la France à l'appel des syndicats pour "faire barrage par leur vote à Jean-Marie Le Pen".

En comparaison, l'an dernier, ils étaient 84.000 personnes dans toute la France, de sources policières, avec des incidents à Paris.

Jé. M. avec AFP