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Une étude relance le débat sur l'origine des premiers Hommes

Crâne de Néandertalien à gauche et crâne d'Homo sapiens à droite

Crâne de Néandertalien à gauche et crâne d'Homo sapiens à droite - MANDEL NGAN / AFP

Une étude publiée lundi par la revue Nature relance une nouvelle fois le débat sur le berceau de l’humanité. Selon une équipe de chercheurs australiens, l'espèce humaine serait originaire d'une zone humide située au Botswana.

Les origines exactes de l’espèce humaine ont toujours été un mystère pour les scientifiques. Certains spécialistes estiment qu'Homo sapiens est apparu à peu près à la même époque dans plusieurs territoires distincts, d’autres, au contraire, tentent de démontrer que l’ancêtre de l’humain moderne est originaire d’une seule et même zone quelque part en Afrique. 

Pour des chercheurs australiens, Homo sapiens serait né au Botswana

Publié lundi dans la prestigieuse revue Nature, la théorie de la généticienne Vanessa Hayes a fait l’effet d’une bombe dans le monde scientifique. Selon la chercheuse de l’Institut Garvan de l’Université de Sydney en Australie, tous les êtres humains seraient originaires d’une bande de terre humide située au sud du fleuve Zambèze, dont une grande partie recouvre le Botswana moderne. Les Homo Sapiens auraient vécu il y a 200.000 ans, pendant près de 70.000 ans, dans cette unique oasis sur un continent aride.

Les premiers Hommes seraient restés dans cette zone jusqu’à ce qu’un changement climatique, entraîné par un changement d’inclinaison de l’orbite de la Terre, apporte des pluies au nord-est et sud-est de la région. Cela aurait eu pour effet de créer une sorte de corridor végétal pour les Homo sapiens, qui n’auraient pas tardé à se disperser. "Nous savons depuis longtemps que l’espèce humaine moderne est originaire d’Afrique", a expliqué Vanessa Hayes. "Mais avant cette étude, nous n’étions pas en mesure de dater son arrivée ni de situer le foyer originel."

L'ADN pour cartographier la plus ancienne lignée d'êtres humains

L’étude menée par Vanessa Hayes a analysé des données issues de 1217 échantillons d’ADN mitochondrial, le matériel génétique transmis par la mère, de personnes vivant de nos jours en Afrique australe, notamment les Khoisan, une population autochtone qui s’exprime dans un dialecte en "clic" et qui pratique toujours la chasse et la cueillette pour se nourrir, détaille le Guardian

L’ADN mitochondrial a permis à la chercheuse et son équipe de cartographier la plus ancienne lignée maternelle connue d’êtres humains. Ainsi, la lignée originelle dite L0 et ses sous-branches, seraient toutes originaires d’un "foyer ancestral" qui s’étend de la Namibie au Botswana, en passant par le Zimbabwe.

Un environnement luxuriant tout à fait convenable pour les premiers Hommes

Pour affûter sa thèse et obtenir des détails sur le climat et l’écosystème de la région à l’époque des premiers Hommes, l’équipe de chercheurs a collecté des preuves géologiques, archéologiques et des fossiles. Ils ont ainsi découvert qu’un plan d’eau de la taille de la Nouvelle-Zélande, appelé lac Makgadikgadi, émergeait de la zone à cette époque. "Un environnement luxuriant qui aurait fourni un habitat tout à fait convenable aux premiers humains", a déclaré Vanessa Hayes.

Selon les analyses ADN, la lignée originelle L0 se serait scindée il y a 130.000 ans, quand une partie des premiers Hommes se seraient déplacés vers le nord-est de la zone humide, le long d’une route végétalisée verdoyante après que d’importantes averses ont irrigué les zones arides. 20.000 plus tard, une deuxième migration s’est dirigée au sud-ouest de la zone originelle, après de nouvelles précipitations. "Ils ont été les premiers explorateurs de l’espèce humaine", a souligné Vanessa Hayes.

Le monde scientifique encore sceptique 

Une fois encore, d’autres chercheurs ont exprimé leur scepticisme en découvrant les résultats de l’étude. "Je préfère être prudent lorsqu'il s’agit de déduire exactement où vivaient les populations ancestrales il y a 200.000 ans, en particulier sur un continent aussi vaste et complexe que l’Afrique", a pour sa part déclaré au Guardian Chris Stringer, qui étudie les origines humaines au Natural History Museum de Londres. "De nombreuses études se concentrent sur un petit fragment du génome et dans ces conditions, il est impossible de saisir toute la complexité de nos origines."

Chris Stringer a également fait remarquer que les analyses du chromosome Y, porté par les mâles, suggèrent que les premiers Hommes pourraient être originaires d’Afrique de l’Ouest. D'autres études, qui ont pris en compte le génome dans sa globalité, indiquent cette fois-ci que les premiers Hommes seraient originaires de l’est du continent. Selon le chercheur britannique, "ces données et bien d'autres suggèrent que nous sommes tous originaires de différentes régions d’Afrique. Mais à cela, il faut aussi ajouter un métissage avec d’autres groupes d’humains d’autres continents."

Romane Ganneval