BFMTV

Un sanctuaire gallo-romain découvert sous un terrain de foot picard

Véronique Brunet-Gaston, responsable du chantier de fouilles, présente une sculpture découverte à Pont-Sainte-Maxence.

Véronique Brunet-Gaston, responsable du chantier de fouilles, présente une sculpture découverte à Pont-Sainte-Maxence. - -

Statues, bas-relief... Des vestiges en excellent état de conservation ont été retrouvés sous un ancien terrain de foot qui devait être transformé en hypermarché!

Sculpture de Vénus, Jupiter à cornes de bélier, bas-reliefs portant encore des traces de couleurs: c'est sous un ancien terrain de football voué à accueillir un hypermarché que les archéologues de l'Inrap ont découvert les restes d'un sanctuaire romain monumental à Pont-Sainte-Maxence, dans l'Oise.

Daté de la seconde moitié du IIe siècle de notre ère, l'édifice dressait à l'époque sa "façade grandiose sur 70 mètres de long et plus de 9 mètres de haut", jusqu'à ce qu'il s'effondre comme un jeu de construction, explique aux journalistes Véronique Brunet-Gaston, responsable du chantier de fouilles.

L'endroit est situé le long de la voie romaine Compiègne-Senlis, aujourd'hui route nationale, et à une trentaine de kilomètres des ruines gallo-romaines de Champlieu. Mais jusqu'aux sondages réalisés l'an dernier par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), rien n'indiquait qu'il ait pu renfermer un trésor vieux de près de 2.000 ans.

"Ce champ a peut-être été cultivé au Moyen-Age, mais il a ensuite été laissé en friche. Et depuis la fin de la seconde Guerre mondiale, c'était un terrain de foot", explique Véronique Brunet-Gaston.

Des vestiges en excellent état

Depuis le début des fouilles, voici deux mois environ, les archéologues ont mis au jour une série centrale de treize arcades, "dont quasiment tous les blocs sont encore en place sur le terrain", gisant à l'horizontale tels qu'ils sont tombés. Mais aussi "une frise qui représente presque intégralement les dieux du panthéon gréco-romain", "des sculptures de très grande qualité" dans un style presque hellénistique "unique dans le nord de la Gaule", relève cette spécialiste de l'architecture antique.

Même si la plupart ont été brisées ou abîmées dans l'effondrement de l'édifice, le terrain sablonneux a laissés ces vestiges dans un excellent état de conservation. Comme ce bas relief représentant Vénus accroupie, une tête de vieille femme très expressive à ses côtés: "c'est le seul exemple que je connaisse dans le monde romain", assure-t-elle.

Cerise sur le gâteau, une partie de l'attique (étage supérieur de la façade) ornée de monstres marins a survécu, ainsi que des statues d'environ un mètre de haut couronnant chacune un pilier, des griffons aux ailes déployées alternant avec différents dieux, tels ce Jupiter-Ammon aux cornes et oreilles de bélier.

"Tout ça est lié à des fonctions de protection et au culte impérial. On se pose énormément de questions sur le contexte du lieu", qui correspond à la fin du règne de l'empereur Antonin, souligne Mme Brunet-Gaston. "Sanctuaire ou peut-être forum grandiose dans le délire de la prospérité économique de l'époque? Et qu'est ce qu'il fait ici ?"

"Il y en pour des années d'études"

Aucune mention du sanctuaire ne figure dans les textes qui nous sont parvenus, peut-être parce qu'il s'est effondré quelques décennies seulement après sa construction.

"La chute a dû être très, très rapide, car une partie des blocs a conservé des traces de couleurs et des arêtes vives", estime l'archéologue.

Certains blocs ont été réutilisés pour bâtir deux petits pavillons situés à l'arrière du site, et de nombreuses pièces de monnaie datant du IVe siècle attestent qu'il a continué à être fréquenté après la chute. Mais là encore le mystère reste entier.

"Le travail ne fait que commencer, il y en a pour des années d'études", insiste Pascal Depaepe, directeur de la région Nord et Picardie pour l'Inrap.

Début juillet, les truelles des archéologues devront céder la place aux pelleteuses et aux camions, qui s'agitent déjà sur la parcelle voisine, pour la construction d'un hypermarché.

Outre la crainte des pillages, qui requiert la présence de gardiens sur le site toute la nuit, "la principale difficulté pour nous c'est de trouver le moyen pour déplacer et stocker ces milliers de blocs de calcaire" avant le début des travaux, explique M. Depaepe.

V.R. avec AFP