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Travailler avec acharnement permet-il vraiment d'atteindre l'excellence?

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Photo d'illustration. - Licence Creative Commons

Une étude américaine sur des violonistes a montré que si le temps de pratique faisait la différence entre un bon et un mauvais musicien, à un niveau élevé, ce sont les prédispositions naturelles qui priment.

Non, le travail ne fait pas tout. Selon une récente étude américaine, le talent naturel reste plus important que la pratique. Étudiant l'entraînement de violonistes, une psychologue américaine a montré que ceux d'un niveau moyen pratiquaient autant, voire plus, que ceux d'un excellent niveau. Plus que le travail, ce sont donc les prédispositions naturelles et les capacités d'apprentissage qui feraient toute la différence. 

Cette étude, relayée par The Guardian et menée par Brooke Macnamara, une psychologue américaine de l'université de Cleveland, désavoue la théorie selon laquelle 10.000 heures de pratique d'un sport, d'un art ou d'une technique permettraient d'atteindre l'excellence.

10.000 heures pour développer un talent

En 1993, le psychologue d'origine suédoise K. Anders Ericsson avait voulu répondre à la question "le talent est-il inné?". Pour cela, il s'était intéressé à la pratique de 30 violonistes. En les interrogeant sur leur pratique, il les avait divisés en trois groupes: les moins bons, les bons et les très bons. Ceux qui atteignaient l'excellence étaient ceux qui avaient cumulé au minimum 10.000 heures de pratique. Les moins bons n'avaient cumulé que 4.000 heures. En élargissant son expérience à d'autres domaines, il était arrivé à la conclusion que les différences de prédispositions naturelles entre les individus étaient largement compensées par le travail.

En 2008, le journaliste du New Yorker Malcolm Gladwell, reprenait largement ces conclusions dans son best-seller Outliers, The Story of Success. Pour lui, "le succès est une goutte de talent dans un océan de travail". 

A niveau élevé, le travail ne fait plus la différence

Dans cette nouvelle étude, Brooke McNamara a simplement renouvelé l'expérience avec trois groupes de 13 violonistes plus ou moins bons, en affinant sa méthodologie. Cette fois-ci, elle a mis en avant que les bons et les très bons avaient cumulé environ le même nombre d'heures de pratique. Si, à l'âge de 20 ans, les moins bons disent n'avoir cumulé en moyenne que 6.000 heures de pratique, les bons et les très bons ont pratiqué en moyenne 11.000 heures. Leur temps d'entraînement est donc proche et pourtant leur niveau est légèrement différent.

Selon Brooke McNamara, cela montre que, certes, il n'y a aucun doute que la pratique est importante mais l'impact est moins conséquent qu'annoncé. À un niveau élevé, c'est le talent qui fait la différence. 

"À un moment donné, la pratique arrête de faire la différence. Tout le monde a énormément travaillé. D'autres facteurs rentrent en jeu entre les bons et ceux qui atteignent l'élite", affirme-t-elle. "Oui la pratique nous rend meilleurs que nous l'étions hier. Mais cela ne nous rendra pas forcément meilleur que notre voisin", conclut-elle. 

Selon elle, le temps de pratique ne serait ainsi qu'un quart de l'explication de la différence de niveau entre deux musiciens. 

Néanmoins, l'échantillon n'est que de 39 violonistes, ce qui ne permet pas d'en répliquer les conclusions à grande échelle. Un détail que les autrices de l'étude prennent en compte dans leur méthodologie: elles assurent que l'étude n'en est pas moins exploitable, et qu'elle ouvre la voie à d'autres travaux sur le sujet. 

Cyrielle Cabot