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Pourquoi aller sur la face cachée de la Lune?

La face cachée de la Lune photographiée par Chang'e-4 lors de son alunissage, le 3 janvier 2018.

La face cachée de la Lune photographiée par Chang'e-4 lors de son alunissage, le 3 janvier 2018. - China National Space Administration - AFP

Comment Chang'e-4 va-t-il occuper ses journées sur la face cachée de la Lune? Au-delà de nouvelles connaissances sur ce sol encore inexploré, la mission du robot chinois est un premier pas vers de nouvelles expéditions lunaires habitées.

L'année 2019 démarre sur les chapeaux de roue en termes d'exploration spatiale. Tôt le 1er janvier, la sonde de la Nasa New Horizons a survolé l'objet céleste le plus lointain jamais étudié, Ultima Thule, permettant de découvrir d'un oeil neuf ce "bonhomme de neige" rouge distant du Soleil de 6,5 milliards de kilomètres.

Ce jeudi, la Chine a annoncé une autre avancée majeure dans son histoire spatiale: elle est devenu le premier pays à poser un engin sur la face cachée de la Lune, en permanence invisible depuis la Terre. Si elle est déjà photographiée depuis plus de 50 ans par diverses sondes spatiales, c'est la première fois qu'un instrument s'y pose et permet de prendre des clichés depuis sa surface.

L'alunissage de Chang'e-4, le module chinois, s'annonçait particulièrement difficile d'un point de vue technologique: ce côté de la Lune, montagneux et parsemé de cratères, est bien plus accidenté que la face visible. De plus, l'astre fait obstruction aux signaux transmis à la Terre. La Chine a donc dû lancer un satellite positionné en orbite lunaire qui permet de relayer les ordres et données entre notre planète et le module.

Pourquoi donc s'aventurer dans un terrain si hostile, où les températures varient de -173 à +127 degrés, qui plus est dans l'environnement complexe et escarpé du pôle sud lunaire?

Des données et clichés inédits

La présence de l'engin chinois sur la face cachée de la Lune va permettre d'obtenir bien plus de détails sur la composition de sa surface et de ses couches souterraines, relève Space.com. Des données permettront peut-être de comprendre pourquoi les faces cachée et visible de la Lune sont si différentes.

Le côté le plus proche de la Terre présente par exemple des plaines volcaniques sombres, les mers lunaires, quasiment absentes de l'autre face, souligne le site spécialisé en astronomie.

Des études sur les fréquences radio

Le robot doit aussi mener des études portant sur les basses fréquences radio, la Lune protégeant des perturbations radio de la Terre. Chang'e-4 a embarqué un spectromètre à cet effet.

Des observations biologiques

  • Chang'e-4 n'est pas simplement sur la Lune pour prendre des photos et effectuer des mesures. L'expédition est l'occasion d'une expérience biologique inédite: tenter de faire pousser des plantes Arabidopsis et des tomates dans une boîte sur la Lune, grâce à un écosystème auquel contribueront des vers à soie. Le Telegraph détaillait le processus dans un article en avril 2018.

Des humains d'ici 2036?

La Chine n'envoie pas des vers à soie sur la Lune pour le simple plaisir de les y étudier. Réussir à faire pousser des plantes et de la nourriture sur l'astre pourrait se révéler très utile en cas d'installation humaine sur place. Le pays vise 2036 pour sa première expédition habitée sur la Lune.

"Les informations collectées serviront également à la future base lunaire que Pékin veut construire, ainsi qu'aux activités scientifiques sur la face cachée de la Lune", abonde auprès de l'AFP Chen Lan, analyste pour Go-Taikonauts.com, un site internet spécialisé dans le programme spatial chinois.

Et après la Lune, Mars?

"Cela servira aussi pour la future mission de la Chine vers Mars, prévue en 2020", poursuit Chen Lan. "Elle espère en 2021 y faire atterrir un robot similaire à celui de Chang'e-4. C'est donc une bonne opportunité de tester cette technologie".

Le documentaire Lune, le huitième continent, réalisé par Véronique Préault et diffusé en ce mois de janvier sur Arte , explique aussi que la Lune pourrait servir de "marchepied", de plateforme pour aller vers Mars ou plus loin dans le système solaire. La Nasa a dévoilé en septembre dernier sa campagne en ce sens, après que le président Donald Trump a annoncé en décembre 2017 vouloir renvoyer des hommes sur la Lune, Mars en ligne de mire.

Une puissance spatiale accrue sur la scène internationale

La Chine investit aujourd'hui des milliards dans son programme spatial, piloté par l'armée. Elle place des satellites en orbite, pour son compte ou pour d'autres pays. Outre son objectif d'envoyer des hommes sur la Lune, le pays a dévoilé en novembre dernier une réplique de sa première grande station spatiale, qui devrait être opérationnelle vers 2022. Elle devrait devenir la seule station à évoluer dans l'espace après la retraite programmée en 2024 de l'ISS.

"On est en train de faire (de la Chine) une puissance spatiale. Et dans ce processus, on peut dire que l'événement d'aujourd'hui est particulièrement important et symbolique", s'est félicité ce jeudi Wu Weiren, ingénieur en chef du programme chinois d'exploration lunaire.

Liv Audigane avec AFP