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Passer 340 jours dans l'espace n'est pas très bon pour la santé

Trois astronautes sont rentrés mercredi sur Terre, après plusieurs mois passés dans la Station spatiale internationale. Un voyage qui se révèle assez éprouvant pour l'organisme humain.

Trois astronautes ont rejoint la Terre mercredi, après avoir effectué une mission dans la Station spatiale internationale (ISS). Deux d'entre eux, l'Américain Scott Kelly et le Russe Mikhaïl Kornienko, auront passé 342 jours d'affilée dans l'espace, un voyage aux conséquences importantes pour leurs organismes.

Un organisme complètement atrophié

"L'espèce humaine est le produit d'une évolution de plus de trois milliards d'années sur cette planète", rappelle Serge Brunier, consultant scientifique de BFMTV. "Nous sommes entièrement construits autour de la gravitation, ce qui fait, entre autres, notre poids, bien entendu. Et pendant un an ou plus, pour un voyage spatial, ces gens-là se retrouvent sans poids".

Le spécialiste le rappelle, "les effets sur l'organisme sont terribles". Le corps étant constitué à 70% d'eau, dans l'espace, les fluides s'y distribuent d'une autre manière que sur Terre. Le squelette et les muscles qui, sur Terre, sont obligés de contrecarrer la gravitation, n'ont plus à travailler une fois en apesanteur. "Aller dans l'espace, c'est vieillir prématurément", résume Serge Brunier.

Sans lumière du Soleil pour produire de la vitamine D (celle qui fixe le calcium sur les os), le squelette subit l'équivalent de l'ostéoporose, c'est-à-dire une décalcification des os. Le système immunitaire n'est pas non plus épargné, d'autant que le fait de se retrouver enfermé dans un espace très réduit, 24 heures sur 24, avec des collègues que l'on ne supporte pas toujours, peut fortement jouer sur le moral.

Un voyage sur Mars en préparation

Pourquoi alors infliger un tel traitement à des organismes humains? Pour la recherche, répond Serge Brunier. L'objectif de la mission était de tester la possibilité d'envoyer des humains sur la planète Mars, l'aller-retour nécessitant un voyage d'un an. Et malheureusement, l'essai n'a pas été très concluant.

"Le retour sur Terre est raté, puisque l'objectif de ces astronautes était de s'extraire de leur vaisseau par eux-mêmes", commente Serge Brunier. "On a vu que ce n'était pas possible". En effet, après l'atterrissage, les astronautes ont eu besoin de l'aide des équipes venues les accueillir, car leurs corps fatigués ne pouvaient plus les porter.

"C'est ça qui est un peu inquiétant pour le futur de l'exploration spatiale, c'est qu'ils ne sont pas en état de conquérir une planète, d'installer des expériences... Ils sont épuisés quand ils reviennent sur Terre", résume l'expert.

La conquête de la Planète rouge ne semble donc pas pour demain. Mais Serge Brunier se montre optimiste. "Peut-être en 2030, 2035. Plutôt 2035."

Hélène Millard