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Mars: une simulation pour "recréer les contraintes psychologiques d'une vraie mission"

La capsule Mars Research Station dans le désert de l'Utah, en 2005.

La capsule Mars Research Station dans le désert de l'Utah, en 2005. - GEORGE FREY / Getty Images North America / AFP

Samedi 20 février, six étudiants de l'école d'ingénieurs toulousaine ISAE-Supaero vont embarquer pour une simulation de vie martienne. Avant son départ pour le désert de l'Utah, l'un des futurs néo-martiens explique à BFMTV.com en quoi consiste cette aventure.

Jouer le rôle d'un pionnier de la colonisation martienne coule de sens pour un étudiant de la prestigieuse école d'ingénieurs toulousaine ISAE-Supaero. Et lorsque la caution scientifique de Mars Society s'y ajoute, c'est une opportunité en or pour un futur ingénieur.

BFMTV.com a pu recueillir le témoignage de Louis Maller, en deuxième année, qui a la chance d'être parmi les six jeunes gens sélectionnés pour cette simulation de 15 jours. Le programme commencera dès samedi dans une capsule nichée au milieu du désert de l'Utah, version approchante des conditions que rencontreront peut-être un jour, les futurs colonisateurs de l'aride et froide planète rouge. Entretien.

> Comment s'est déroulée la sélection de l'équipage MDRS Supaero Crew 164?

"Il y a eu deux sélections. Le premier équipage (deux étudiants maintenant jeunes diplômés ont déjà participé au programme l'année dernière, Ndlr) a monté un club au sein de l'école et réalisé un appel à candidatures. J'ai été retenu avec d'autres parmi dix personnes.

Un dossier a été ensuite envoyé à la Mars Society (communauté scientifique de 4.000 chercheurs œuvrant à la colonisation de Mars, Ndlr). Il détaillait notamment les expérimentations que nous comptions mener. Comme la mission précédente s'était très bien passée, nous avons pu mettre sur pied une équipe 100% ISAE-Supaero".

> Avez-vous subi une préparation physique et psychique particulière? Un examen médical?

"Nous avons rempli un questionnaire attestant un état de santé convenable. Nous avons aussi dû justifier d'une expérience de vie dans des conditions approchantes. Pour ma part, c'était le chemin de Saint-Jacques, soit 300 km à pied et des conditions d'hébergement plutôt austères. Pour d'autres, ça pouvait être des randonnées en montagne, du scoutisme. Il n'y a en revanche pas d'examen médical.

Concernant l'aspect psychologique, nous sommes six personnes qui se connaissent bien. Contrairement à d'autres expéditions analogues qui peuvent durer six mois ou un an, ce n'est ici que pour 15 jours".

> Jusqu'où poussez-vous la simulation?

"La nourriture et l'eau, surtout l'eau, sont rationnées. Nos rations sont composées de nourriture lyophilisée et pourront prendre une douche de deux minutes tous les deux ou trois jours.

Pendant les sorties en scaphandre, nous simulons la limitation des mouvements. Et même si nous respirons l'air ambiant, une minuterie simule la réserve d'air et le temps à ne pas dépasser. Nous simulons les mêmes contraintes psychologiques que celles d'une vraie mission martienne".

> Peut-il y avoir des "morts"?

"Oui, si la réserve d'air est dépassée, si le scaphandre se dépressurise et que la personne n'est pas ramenée à temps sous le dôme. Dans ces cas, l'astronaute est éliminé de la simulation. Des équipes spécialisées s'entraînent à surmonter des situations critiques d'écarts anormaux, à l'aide d'un générateur de simulation de danger".

> Quelles sont les limites de la simulation?

"Concernant l'énergie, la Mars Desert Research Station utilise un générateur diesel et non des panneaux solaires ou un dispositif nucléaire, comme pour une vraie mission. Pour une question de coût.

Le dôme n'a pas besoin d'être pressurisé puisqu'il n'y a pas de différence de pression avec l'air extérieur alors que sur Mars l'atmosphère est six fois moins dense. Et surtout, la température dans le désert de l'Utah, entre -5°C et 15°C". 

> Vous avez noué des partenariats avec des entreprises, quels genres d'expérience allez-vous mener?

"Je vais tester des lunettes à réalité augmentée, des sortes de 'Google Glass' pilotées par un programme informatique spécifique et conçues par la société Optinvent, basée à Rennes. Comme les gants ne sont pas toujours pratiques pour prendre des notes, le but est de tester une application pendant les simulations de sorties martiennes. La réponse vocale intégrée aux lunettes doit permettre de prendre des photos, d'afficher des cartes, des procédures. Il faut déterminer si l'interface est viable et si la technologie est viable ou pas.

Un autre exemple est une collaboration avec un laboratoire de facteurs humains de Supaero. Il s'agit d'une surveillance des yeux pour contrôler le niveau d'attention des participants lors de différentes tâches".