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Les sols des Alpes encore contaminés par la catastrophe de Tchernobyl

REPORTAGE - Les sols du parc national du Mercantour, dans les Alpes du Sud, présentent encore une radioactivité supérieure à la normale, due à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl il y a près de trente ans, selon une nouvelle étude de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad).

Un sifflement perturbe le silence de la montagne. Il vient de l’appareil de Bruno Chareyron, un scientifique militant antinucléaire, venu mesurer le taux de radioactivité. Et ici, dans ces prairies du parc national du Mercantour dans les Alpes du Sud, situées à 2.400 mètres d’altitude, le compteur s’affole.

"600… 700... Et là, on dépasse les 1.000 coups par seconde", précise à BFMTV le chef du laboratoire de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), une association antinucléaire. "C’est-à-dire qu’on est à peu près, ici, à un taux de radiation au contact du sol vingt fois supérieur au niveau naturel".

Une catastrophe nucléaire en France, quelles conséquences?

Cette contamination anormale vient du Césium 137, un métal projeté dans le nuage de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en 1986. Il s’est accumulé par endroits, notamment sur les sommets des Alpes, enneigés à l’époque. Cette radioactivité est la preuve, selon Bruno Chareyron, que l’on ne sait pas maîtriser les conséquences d’une catastrophe nucléaire.

"Ca nous interroge sur la question de savoir ce qu’il se passerait s’il y avait un accident nucléaire grave sur une centrale française. Quelles seraient l’intensité des rejets et l’intensité de la contamination que ça pourrait induire".

"On n'atteint pas la limite d'exposition"

Pour Philippe Renaud, un chercheur spécialisé dans la radioprotection, c’est bien la trace du nuage de Tchernobyl. Mais la zone n’est pas - ou peu - habitée et les doses que pourraient recevoir les touristes, calculées en millisieverts, ne sont pas inquiétantes.

"Des campeurs qui vont passer là cinq heures, dix heures, quinze heures, vont prendre des doses de l’ordre des microsieverts", affirme l'expert en radioprotection à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). "On n’atteindrait pas le millisievert par an, qui est la limite d’exposition de la population".

Des doses faibles, mais les conséquences du nuage de Tchernobyl devraient se mesurer encore longtemps. On estime que cette radioactivité diminue seulement de moitié tous les trente ans.

C. P. avec François Pitrel