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Les dessous de la découverte d'Homo Luzonensis, notre nouveau cousin

Le terrain de fouilles au nord de l'île de Luçon, aux Philippines, le 9 août 2011.

Le terrain de fouilles au nord de l'île de Luçon, aux Philippines, le 9 août 2011. - Armand Salvadore Nujares - Florent Détroit - AFP

Depuis le premier os découvert en 2007, les scientifiques ont mené quelque huit ans de fouilles et d'analyses avant d'arriver à la conclusion qu'ils avaient sous les yeux une nouvelle espèce humaine.

Comment découvre-t-on une nouvelle espèce humaine? C'est l'une des questions que pose l'annonce spectaculaire ce mercredi d'une équipe de scientifiques: la famille humaine compte un nouveau membre, Homo Luzonensis.

Cet homininé vivait sur l'île de Luçon, aux Philippines, il y a plus de 50.000 ans. C'est là où ses premiers ossements ont été retrouvés, il y a plus de dix ans. "L’histoire remonte à 2007 avec la découverte, d’un métatarse, un petit os du pied, trouvé dans un niveau ancien d’une grotte et daté d’environ 70.000 ans", raconte au CNRS Clément Zanolli, l'un des paléoanthropologues à l'origine de la découverte.

L'os est identifié comme humain mais différent de celui d'un Homo sapiens. "La question était alors de savoir s’il s’agissait d’un individu anormal ou si l’on avait affaire à une autre espèce humaine", poursuit le scientifique.

L'anomalie des prémolaires à trois racines

Les fouilles continuent sur place et huit ans plus tard, ce sont sept dents, des phalanges et un bout de fémur, issus de trois individus, qui sont trouvés au même endroit.

"Pour la petite histoire, lorsque l’on était en train de faire les fouilles et que l’on a commencé à trouver ces 'restes', j’ai aperçu ces petites prémolaires avec ces trois racines. Je me suis dit: 'Oulalala, qu’est-ce que c’est que cette chose?'. Ces trois racines sont un caractère très très primitifs que l’on retrouve chez nos ancêtres africains entre autres qui vivaient il y a deux ou trois millions d’années", relate sur France Culture Florent Détroit, principal auteur de l'étude publiée à la suite de cette découverte.

Une fois les os découverts et les premières hypothèses formulées, comment s'assure-t-on que ce sont bien ceux d'une espèce encore inconnue? Plusieurs champs s'allient alors pour analyser ces restes, détaille Clément Zanolli au CNRS.

"Des analyses 3D nous ont apporté des informations sur la structure interne bien préservée des fossiles, malgré une structure externe parfois endommagée", poursuit le scientifique, qui s'est lui concentré sur les dents. Celles-ci "présentaient des composantes dites 'modernes' similaires à des caractéristiques observées chez les derniers Homo Erectus".

"Ce n'est pas grave de créer une nouvelle espèce"

Les os retrouvés "montraient un signal un peu différent", avec "des crêtes d'insertion des muscles très développées" et "une certaine courbure des phalanges". Toutes ces caractéristiques combinées ont fait dire aux scientifiques que ces individus "ne peuvent être classés dans aucune des espèces connues aujourd'hui".

L'Homo Luzonensis pouvait donc recevoir son nom, bien que Florent Détroit reconnaisse auprès de l'AFP s'attendre à ce que certains confrères "s'interrogent sur la légitimité à décrire une nouvelle espèce à partir d'un si petit assemblage de fossiles". Pour le paléoanthropologue, "ce n'est pas grave de créer une nouvelle espèce" car cela attire l'attention sur les fossiles en question.

"Si dans le futur, des collègues montrent que l'on s'est trompé et que ces restes correspondent à une espèce que l'on connaissait déjà, tant pis, ce n'est pas grave, on oubliera", philosophe-t-il.

Liv Audigane