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Le résultat du Grenelle divise les écologistes

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par Clément Guillou PARIS - Le Grenelle de l'Environnement, processus rassembleur et porteur d'espoir en 2007, a fini par diviser les écologistes,...

par Clément Guillou

PARIS (Reuters) - Le Grenelle de l'Environnement, processus rassembleur et porteur d'espoir en 2007, a fini par diviser les écologistes, entre ceux qui se satisfont des progrès accomplis et ceux qui restent sur un sentiment d'inachevé.

Pour certains, le manque de volonté politique a offert la victoire aux forces d'inertie. Pour d'autres, ce texte marque un tournant vers une croissance respectueuse de l'environnement.

Le processus politique s'est poursuivi mardi avec l'adoption, à l'Assemblée nationale, de la loi dite Grenelle II. "Il y a eu des chausse-trappes, il y a eu des malentendus, cela a été difficile mais on l'a mené à bon port, n'en déplaise aux grincheux", a dit le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo.

Le gouvernement n'est pas le seul à dénoncer les "grincheux". Plusieurs défenseurs de l'environnement dénoncent des postures politiciennes de la part des Verts et du Parti socialiste, qui ont voté contre la loi dite Grenelle II.

Promesse électorale du président Nicolas Sarkozy, le débat du Grenelle de l'environnement a rassemblé politiques, experts, industriels et associations au deuxième semestre 2007.

Une loi-cadre dite Grenelle I a été adoptée à la quasi-unanimité en juillet 2009, fixant les objectifs et orientations de la France en matière de développement durable et semblant marquer une rupture.

Moins d'un an plus tard, la gauche a voté contre le Grenelle II, la fondation Nicolas Hulot a suspendu sa participation au Grenelle et le débat s'est focalisé sur l'énergie éolienne, dont le développement sera soumis à beaucoup plus de contraintes.

CONTEXTE GLOBAL

Entre les débats du Grenelle et les textes finaux, la crise économique et les élections régionales ont changé les priorités de Nicolas Sarkozy, selon ses détracteurs.

La droite, malgré son offensive verte, n'a pas capté l'électorat d'Europe Ecologie et des parlementaires UMP ont plaidé pour un assouplissement ou un report des obligations environnementales qui mettraient la croissance en péril.

"Il y a fort à parier que l'environnement ne soit plus la priorité de Nicolas Sarkozy. L'environnement est devenu la variable d'ajustement de ses difficultés politiques", a dit à Reuters le député Vert Noël Mamère.

A ceux qui reprochent à l'opposition de ne pas juger le texte seul, il répond: "On ne peut pas se contenter de regarder la politique environnementale de ce pays uniquement à travers le Grenelle. Le Grenelle II se regarde dans un contexte global", ajoute-t-il, citant l'adresse de Nicolas Sarkozy aux agriculteurs - "l'environnement, ça commence à bien faire" -, le plan fret de la SNCF ou le report sine die de la taxe carbone.

La loi elle-même marque des reculs environnementaux sur les pesticides, l'éolien, les poids lourds et le nucléaire, dit-il.

Pourtant, les Verts ne sont même pas déçus, affirme Noël Mamère, car "on n'est déçu que lorsqu'on attend quelque chose des gens".

D'autres se sentent davantage trahis, pour avoir participé aux débats. "Novateur en matière de gouvernance, le processus du Grenelle a finalement accouché d'une souris", accuse Greenpeace.

Pour Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement d'Alain Juppé, "c'est un espoir qui s'achève : celui d'imaginer que la France pouvait faire sa mue écologique, ou tout au moins celui d'un gouvernement a fortiori de droite, qui prenait la responsabilité historique de cette mue."

COMPROMIS

Pourtant, des ONG environnementales comme la Fondation Nicolas Hulot ou France Nature Environnement (FNE) ont appelé à voter en faveur du texte.

"Malgré des faiblesses incontestables, le texte comporte des avancées trop importantes pour être négligées", affirme FNE.

Pour Arnaud Gossement, ancien porte-parole de FNE, les déçus d'aujourd'hui ont idéalisé les engagements d'hier.

Selon cet avocat spécialisé dans l'environnement, impliqué depuis le début du processus, il n'y a jamais eu d'unanimisme autour du Grenelle, même à l'époque des engagements annoncés par Nicolas Sarkozy en octobre 2007.

"Déjà les 'écolos' a l'époque disaient: 'Ça ne correspond pas à notre idéal mais c'est un compromis'. Ils n'étaient pas tous enchantés, des associations avaient organisé des contre-Grenelle, ont jugé diversement les conclusions. Greenpeace avait été tiède", rappelle Arnaud Gossement.

"En réalité, le vivant est quelque chose de très complexe, faire une politique publique sur le vivant est complexe et le Grenelle II est le reflet de cette complexité", poursuit-il.

"Le Grenelle II compte énormément d'articles, il est très difficile d'avoir un jugement global. D'un point de vue juridique, il permet d'avancer dans plusieurs secteurs."

C'est ce qu'a plaidé Daniel Cohn-Bendit, qui s'est une fois de plus démarqué des Verts en dénonçant ceux qui "refusent le bloc" le Grenelle II alors qu'il comporte "des mesures justes".

"C'est pas parce qu'un gouvernement de Sarkozy dit 'il fait beau' et qu'effectivement il fait beau, que je dois dire il pleut. C'est trop simple la politique comme ça", a dit le député Europe Ecologie.

Edité par Yves Clarisse