BFMTV

La France compte un nouveau parc national, dans les forêts centenaires de Champagne-Bourgogne

Le parc national de Bourgogne et Champagne en 2017 et officiellement créé en novembre 2019.

Le parc national de Bourgogne et Champagne en 2017 et officiellement créé en novembre 2019. - Philippe Desmazes - AFP

Après plus de dix années de gestation, le onzième parc national, dédié aux forêts de feuillus de plaine, aux confins de la Bourgogne et de la Champagne, est officiellement sorti de terre jeudi.

Il est onzième parc national français, et surtout le tout premier consacré aux forêts de l'Hexagone. Le Journal officiel a annoncé jeudi la création de cet espace naturel, inauguré ce vendredi, dont l'idée a germé lors du Grenelle de l'environnement en 2007. "Cet espace permettra de protéger durablement un des écosystèmes forestiers les plus emblématiques de notre pays", a déclaré la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne.

"Il deviendra le plus grand espace protégé de forêts d'Europe", a-t-elle ajouté à l'issue d'un Conseil de défense écologique consacré notamment à la protection de la nature et à l'utilisation des terres, qui a enterré le projet de mégacomplexe Europacity.

Forêts centenaires

Il s'étend sur un périmètre maximal de près de 250.000 hectares: une réserve intégrale de 3100 hectares où la forêt est laissée en libre évolution, un "coeur" de 56.000 hectares où s'appliqueront des règles spécifiques et une "aire d'adhésion" qui partage la vision du projet sans que les règles du coeur ne s'y appliquent.

Composées de hêtres, mais aussi de charmes, chênes ou trembles, les forêts, dont certaines datent de plus de deux siècles, couvrent environ la moitié du parc et presque la totalité de son coeur. La présence de nombreuses sources et cours d'eau attirent poissons, insectes mais aussi la rare cigogne noire, dont quelques couples nichent dans le parc. Dans ses marais tufeux et ses prairies, le parc abrite aussi des plantes rares comme le sabot de vénus - une orchidée - ou le narcisse des poètes.

Le nouveau parc national de Bourgogne-Champagne photographié en 2017.
Le nouveau parc national de Bourgogne-Champagne photographié en 2017. © Philippe Desmazes - AFP

Une forêt façonnée par l'Homme

Le parc, qui sera dirigé par un conseil d'administration de 54 membres, doit aussi valoriser un patrimoine façonné, depuis l'âge de fer, par la présence humaine. Lieu de passage à l'époque gallo-romaine, berceau des templiers et d'ordres monastiques comme les cisterciens, le territoire a aussi été marqué par la métallurgie au 19e siècle.

On y retrouve aujourd'hui des abbayes, d'anciennes forges mais aussi de nombreux vestiges archéologiques, comme la tombe d'une princesse celte inhumée vers 500 avant notre ère, la "Dame de Vix", et son célèbre trésor, découverts en 1953. 

Les défenseurs de l'environnement saluent la création d'un nouveau parc national dédié pour la première fois aux forêts, mais ils regrettent en revanche son manque d'ambition. "C'est une occasion ratée", a déclaré Jean-David Abel, de l'ONG France Nature Environnement, déplorant un manque de moyens financiers et humains ainsi des règles qui le mettent "à un niveau à peu près d'un parc régional".

"La charte est très peu ambitieuse. Dans le coeur du parc, on peut faire toute une série d'activités économiques (exploitation forestière, agriculture conventionnelle) comme dans un parc régional, et on peut chasser à cour et utiliser des véhicules motorisés pour la chasse et pour ramener le gibier", a-t-il dénoncé.

Protection d'espèces animales et végétales

Reste que, ce parc "est un outil d'aménagement et une source de richesse pour l'économie locale", souligne sur Twitter François Sauvadet, président du département de la Côte-d'Or.

Avec ce parc, le gouvernement avance vers l'engagement d'Emmanuel Macron d'atteindre 30% d'aires protégées sur le territoire français d'ici 2022, promesse faite après la publication au printemps d'un rapport alarmant d'experts de l'ONU estimant à un million le nombre d'espèces animales et végétales menacées de disparition dans le monde.

Aujourd'hui, les aires protégées (terrestres et marines) couvrent 23,9% du territoire, selon Elisabeth Borne qui assure que le parc et d'autres projets en cours permettront d'atteindre les 30% pour les aires terrestres. Mais les promesses du président visaient aussi 10% du territoire en "pleine naturalité", soit la protection la plus élevée. De ce côté, il reste plus de chemin à parcourir. Aujourd'hui "seulement 1,76%" est en protection forte, a ainsi noté la ministre. 

AL avec AFP