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L'alcool réchauffe le corps: pourquoi c'est faux

Un saint-bernard portant un tonneau d'alcool autour du cou (illustration)

Un saint-bernard portant un tonneau d'alcool autour du cou (illustration) - Fabrice Coffrini - AFP

"Prenez un digestif, ça vous réchauffera". Si vous vous êtes déjà arrêté dans un refuge de montagne, vous avez dû entendre cette phrase. Mais est-elle fondée? Comme celle-ci, certaines contre-vérités scientifiques ont la vie dure. Cet été, BFMTV.com a entrepris de démonter ces idées reçues tenaces (1/10)

La scène tient du grand classique du film alpin. Un explorateur sans doute mal renseigné sur les conditions climatiques quelque peu hostiles du coin se retrouve pris au piège des montagnes enneigées, sans âme qui vive à des kilomètres à la ronde. Après cinq jours passés à machouiller la courroie de son sac en cuir, notre valeureux montagnard accuse sérieusement le coup et commence à perdre espoir. 

C’est alors que débarque ce héros des pentes enneigées, ce Samu à quatre pattes, cette figure du sauvetage en haute-montagne: le célèbre saint-bernard. Grâce à son tonneau de rhum pendu autour du cou, il a tôt fait de remettre notre imprudent sur pied: en quelques réchauffantes gorgées, celui-ci retrouve des couleurs. Une lampée de plus et l’on le croirait même prêt à repartir à l’assaut des sommets.

Sauf que...

L’alcool réchaufferait le corps? FAUX

Si l’alcool peut donner la sensation de réchauffer, la vérité est toute autre : la première conséquence d’une ingestion d’alcool est… une baisse de la température corporelle ! En effet, l’alcool est connu pour ses propriétés vasodilatatrices. Quand il pénètre le système circulatoire, il dilate les petits vaisseaux situés à la surface de la peau, y entraînant un afflux de sang: la température de votre peau augmente légèrement, vous vous sentez réchauffé.

Mais si le sang chaud a pris la direction de la peau, le reste du corps paye l’addition. Le professeur Colin Drummond, directeur du département de recherche sur l’alcool au King’s College de Londres explique le mécanisme sur le site Drinkaware.co.uk. “Si vous vous retrouvez dans le froid après avoir bu de l’alcool, comme votre stock de chaleur est concentré à la surface de votre peau, au contact du froid, vous allez perdre cette chaleur très rapidement.”

Et pendant que vous perdez cette précieuse chaleur, la situation n’est guère plus brillante dans le reste de votre corps. Car plus de sang à la surface veut malheureusement dire moins de sang pour réchauffer les organes vitaux qui accusent, eux, une sévère baisse de température pouvant entraîner une hypothermie rapide et fatale. Pas idéal quand on tente de survivre en haute montagne.

Mais alors d’où vient le mythe du saint-bernard?

La question mérite d’être posée: si l’alcool accélère les effets mortels du grand froid, pourquoi diable envoyer un barman à quatre pattes pour sauver notre aventurier? Il s’avère que l’image du saint-bernard portant un tonneau rempli d’alcool autour du cou n’est qu’un mythe. Grâce à leur flair surdéveloppé qui leur permet de repérer des victimes sous près de six mètres de neige, les célèbres chiens dressés par les chanoines de l’hospice du Grand-Saint-Bernard étaient bien affectés au sauvetage des victimes d’avalanches, mais n’avaient pas vocation à les enivrer pour autant.

La légende est en fait née d’un tableau d’Edwin Landseer, un peintre anglais spécialisé dans les oeuvres animalières, datant de 1820. On y voit deux saint-bernards penchés sur un homme apparemment victime d’une avalanche. Autour du cou d’un des deux chiens, le fameux tonneau que l’artiste décrit comme “rempli de brandy”. Il n’en fallait pas plus pour faire naître la légende.

François de La Taille