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Devrons-nous un jour quitter la Terre comme dans "Interstellar"?

Les astronautes d'"Interstellar", explorant des contrées extra-terrestres.

Les astronautes d'"Interstellar", explorant des contrées extra-terrestres. - Paramount Pictures

La Terre deviendra-t-elle un jour si polluée et invivable que nous devrons envisager de partir vers d’autres planètes ? Et si oui, lesquelles ? Nous avons posé la question à des spécialistes.

“Nous ne sommes pas censés sauver le monde, nous sommes censés le quitter”. Dans Interstellar, sorti mercredi dernier, le dernier espoir de l’espèce humaine est de se lancer dans l’espace pour aller explorer des planètes habitables, la Terre étant devenue invivable. Est-ce un scénario qui relève de la science-fiction, ou connaîtrons-nous à plus ou moins long terme, le même sort ?

Quitter la Terre, pourquoi ?

Les rapports du Giec sur le climat sont de plus en plus alarmistes, et comme le soulignait le célèbre cosmologiste britannique Stephen Hawking en mars dernier, dans une émission intitulée Live from Mars, "notre planète la Terre est menacée par la surpopulation et le manque de ressources. Nous avons besoin d'un plan B. Si notre espèce veut survivre aux 100 prochaines années, sans parler des 1000 prochaines, il est alors impératif que nous colonisions d'autres mondes à travers le cosmos".

Pour l’astrophysicien Alain Dupas*, ancien conseiller au Cnes, l’éventualité d’une Terre devenue invivable à cause de la pollution et de l’épuisement des ressources relève plutôt du fantasme. En revanche, se préserver d’une catastrophe lui paraît une bonne idée. "Aujourd’hui, nul de ne peut dire que ça ne va pas arriver. Et si ça arrive, l’humanité serait balayée de la surface de la Terre, comme une bonne partie de la vie terrestre," assure-t-il. Comme cela a été le cas, il y a 65 millions d’années, avec les dinosaures. Donc, sans parler d'établir l'humanité sur d'autres planètes, l’idée est d’y installer des bases autonomes, pour ne plus être à la merci d’un accident sur la Terre, quelle que soit sa nature.

Partir quand même...

François Forget, planétologue, directeur de recherche au Cnrs estime, lui aussi, la possibilité "d’abîmer vraiment la Terre", peu probable. "Mais on peut imaginer d’autres situations dans lesquelles la Terre deviendrait inhabitable, dans le cas d’un impact avec un très grand astéroïde. Sur une échelle de quelques centaines de millions d’années, cela peut arriver", rappelle-t-il. 

"Il serait étonnant que l’humanité s’arrête, alors qu’elle peut aller s’installer ailleurs dans le système solaire", estime Alain Dupas, qui voit chez l’homme, "un désir d’aller vivre ailleurs, de repousser cette nouvelle frontière". Ainsi, même s’il est impossible d’établir un calendrier, pour le scientifique, "dans les décennies et siècles qui viennent, l’humanité ne quittera pas la Terre mais aura d’autres lieux de vies que la Terre, en quelque sorte des succursales".

... Mais pour aller où?

D’abord, il y a la Lune, proche et déjà foulée par l’Homme. "On peut imaginer y établir des habitats souterrains", souligne Alain Dupas, car vivre à la surface serait impossible techniquement. "La nuit lunaire dure à peu près deux semaines, il fait très froid. Et à la surface de la Lune parviennent des rayons cosmiques et des radiations dangereuses en provenance du Soleil". Mais pour l'astrophysicien "on y installera assez vite des bases permanentes, comme on en a en Antarctique. Occupées en permanence par des équipes qui se succèdent".

Et puis il y a Mars, bien sûr. Mars la rouge, qui a tant inspiré la science fiction. Mars est une planète "froide et sèche en surface, et dotée d’une atmosphère très peu dense", mais un monde "extrêmement complexe, très beau, avec des volcans, des canyons, des calottes polaires et les vestiges d’un passé où il y a certainement eu de l’eau, voire des mers, des océans", souligne Alain Dupas, qui ajoute: "c’est un endroit attirant. Une petite terre qui tourne sur elle même en un peu moins de 24 heures, bien éclairée. Il y a de la place. Mais là aussi, il faudrait s’installer dans le sous-sol et y prévoir des excursions à la surface".

Prévoir scaphandre et vie souterraine. François Forget, évoque également la Lune et Mars, comme seules planètes accessibles dans le système solaire. Et fréquentables. Pas comme Venus où il fait "450° à la surface". Mais, tempère le planétologue, cela coûte extrêmement cher et c’est très difficile à réaliser. Le problème de Mars, "c’est que l’atmosphère est fine et la pression y est donc faible. On a besoin de mettre un scaphandre, comme sur la Lune. Et puis, sur Mars, la température d’ébullition est plus basse que sur Terre, donc notre sang y bout". Conclusion, "c’est faisable mais compliqué". "On peut aller construire des habitats souterrains et se promener en scaphandre, sur la Lune et sur Mars, ajoute-t-il. C’est faisable et je pense qu’on le fera un jour."

Respirer sur Mars?

Il est également possible de transformer une planète, en dégageant des gaz dans le sous-sol pour augmenter l’épaisseur de l’atmosphère, afin qu’elle devienne respirable. C’est la terraformation, qui passionne non seulement les auteurs de science-fiction, mais aussi les scientifiques. Mais, relève François Forget, "les dernières découvertes montrent que sur Mars, ça ne marchera pas. Reconstruire une atmosphère avec une certaine quantité de gaz, comme cela était évoqué dans des parutions scientifiques, est impossible, car ces réserves souterraines n’existent pas.

Apporter une atmosphère par d’autres moyens est impossible. "Il faudrait détourner un million de comètes, en utilisant l’énergie de la civilisation humaine pendant 10 millions d’années".

Aller plus loin

Quelles sont les autres options, les autres planètes "colonisables"? "On a acquis la conviction que la plupart des étoiles dans la galaxie sont entourées de planètes rocheuses, comme la Terre, et à une distance de leur étoile qui permette de la présence d’eau liquide à leur surface", explique François Forget. Le seul problème, c’est la longueur du voyage: il faut des dizaines, voire des centaines de milliers d’années pour les atteindre. "On peut imaginer développer des techniques qui nous permettent de voyager à une fraction de la vitesse de la lumière. Voyager à la moitié de la vitesse de la lumière permettrait d’atteindre en une quinzaine d’années, l’étoile la plus proche".

Mais il faudrait "une révolution profonde, être capable de découvrir de nouvelles sources d’énergie, construire des moteurs de fusées extraordinairement compliqués, qui nous permettent d’envoyer des vaisseaux spatiaux beaucoup plus vite qu’aujourd’hui".

* Alain Dupas est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Demain nous vivrons tous dans l’espace et de Une autre histoire de l’espace.

Magali Rangin