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Des chercheurs travaillent à transplanter un coeur de porc sur un humain

Cinq babouins ont reçu un cœur de porc et ont vécu jusqu'à 945 jours.

Cinq babouins ont reçu un cœur de porc et ont vécu jusqu'à 945 jours. - Derek Keats - flickr - CC

Savoir qu'un cœur porcin battra dans leur poitrine n'est sans doute pas la plus alléchante perspective, mais cette avancée pourrait sauver des vies. L'expérience a déjà réussi sur des babouins.

On appelle ça une xénogreffe. Le terme désigne une transplantation entre deux espèces différentes. Exemple: l'homme et le porc. Des valves cardiaques issues de cette espèce sont déjà utilisées par les médecins. Des chercheurs américains et allemands travaillent déjà à l'étape suivante: la transplantation d'un cœur porcin.

Des babouins, espèce relativement proche de l'homme, ont survécu pendant deux ans et demi à l'opération. La méthode mêle génie génétique et des médicaments antirejet ciblés. 

"C'est très important, car cela nous rapproche un peu plus de l'utilisation de ces organes chez l'homme", estime Muhammad Mohiuddin du National Heart, Lung and Blood Institute (Maryland, Etats-Unis) coauteur de l'étude parue mardi dans la revue Nature Communications.

"Les xénogreffes pourraient sauver des milliers de vies perdues chaque année en raison d'une pénurie d'organes humains destinés à la transplantation", continue le chercheur.

Deux cœurs pour faire le travail d'un seul

Dans l'étude, cinq babouins ont reçu un cœur de porc et les organes implantés ont survécu aussi longtemps que les bénéficiaires ont été maintenus sous traitement immunosuppresseur - jusqu'à 945 jours - battant les records précédents dans ce type de greffes. Dans cette expérience, les cœurs greffés n'ont pas remplacé ceux des singes, mais ont été connectés au système circulatoire par deux gros vaisseaux sanguins dans l'abdomen de babouin. Le cœur transplanté battait comme un cœur, tandis que le cœur du babouin poursuivait sa fonction de pompage du sang, selon un procédé connu dans l'étude de rejet d'organe.

La réaction immunitaire, principal obstacle à surmonter 

Le principal obstacle à la xénotransplantation est la forte réaction immunitaire du receveur, qui entraîne l'échec de la greffe par le rejet de l'organe transplanté. Dans cet essai, les organes provenaient de porcs génétiquement modifiés afin d'obtenir un certain degré de tolérance immunitaire chez les babouins bénéficiaires. Les chercheurs ont également ajouté une marque génétique humaine sur les cochons afin d'aider à la prévention de caillots sanguins.

Des tentatives de greffe d'organes de primates (foie, cœur...) sur des humains ont été réalisées, mais avec des survies ne dépassant pas quelques mois au mieux. Les singes étaient considérés au départ comme les meilleurs donneurs potentiels en raison de leur proximité génétique avec l'Homme. Mais il n'y a pas de larges ressources de singes en captivité, certains sont en danger (chimpanzés) et ils représentent un risque de transmission de maladies aux humains.

De ce fait, les cochons sont devenus de meilleurs donneurs potentiels. Leurs cœurs sont anatomiquement similaires aux nôtres et ils grandissent vite. Toutefois, il reste à tester le traitement dit "immunomodulateur" concocté par les chercheurs, permettant le remplacement pur et simple du cœur du babouin par celui d'un porc génétiquement modifié.

David Namias avec AFP