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DeepTime: comment va se dérouler la sortie des 15 volontaires de la grotte dans laquelle ils sont restés enfermés 40 jours

L'entrée de la grotte choisie pour la mission Deeptime, dans l'Ariège.

L'entrée de la grotte choisie pour la mission Deeptime, dans l'Ariège. - GEORGES GOBET

Ces 15 volontaires étaient descendus à 400 mètres sous la surface le 14 mars dernier, afin de faire des recherches sur la perception du temps, mais aussi la constitution d'une société éphémère.

Depuis le dimanche 14 mars, 8 hommes et 7 femmes bénévoles sont descendus dans la grotte de Lombrives, en Ariège, à 400 mètres sous terre, pour une expérience appelée "Deep Time". Le projet d'une durée de 40 jours s'est terminé jeudi et les 14 cobayes doivent ressortir de la grotte dans la nuit de vendredi à samedi, à minuit.

"On vient chercher deux informations principales: comment le cerveau comprend et perçoit le temps, et comment un groupe humain est capable de retrouver une synchronicité fonctionnelle, à savoir de pouvoir travailler ensemble, quand on enlève une des notions les plus importantes: le temps", expliquait début mars à BFMTV Christian Clot, chef de l'expédition Deep Time.

Des journées de plus de 24 heures

Après 40 jours sans contact avec l'extérieur, ni lumière du soleil, dans une grotte où le thermomètre affiche une dizaine de degrés, et presque 100% d'humidité, les bénévoles ont été prévenus jeudi que l'expérience scientifique était terminée. Mélusine Mallender, directrice en charge des projets Deep Time, le leur a fait savoir dans la soirée, rapporte France 3 Régions. Cette annonce 24 heures avant évite le choc de la sortie sans préparation, et permet de créer un "sas de décompression".

Car le premier constat, qui s'est fait il y a plusieurs jours déjà, c'est la désynchronisation des bénévoles, qui ont perdu la notion du temps.

"Si je suis à mon 9e cycle veille/sommeil, d'autres en sont à leur 10e, 7e ou 8e", écrivait le 26 mars Christian Clot, après 12 jours d'expérience.

Un cycle représente pour eux 24 heures, et, en l'absence de soleil, cela correspond à un moment de sommeil et un moment de veille. Le 15 avril, après 32 jours sous Terre, il disait, sur le podcast de l'expérience, en être à son 24ème cycle. Cette dérégulation, avec un allongement des journées pour les bénévoles, a été observée depuis la surface, par les personnes venant chercher leurs déchets.

"Au tout début il y avait une assez bonne régularité, et on arrivait assez bien à savoir ce qu'ils allaient extraire comme déchets et surtout quand. Aujourd'hui il n'y a plus aucune régularité", déclare à France Info Jérémy Roumian, directeur des opérations logistiques Deep Time.

Une batterie d'analyses à la sortie de la grotte

À leur sortie, ces quinze volontaires subiront une batterie de tests, comme des IRM, pour analyser leur état de santé physique, mais aussi psychique. Les scientifiques liront également les carnets de bord tenus par chacun d'entre eux pendant l'expérience pour comprendre la formation de cette société temporaire.

Avant de descendre, "ils ont été soumis à des examens d’IRM qui vont nous permettre de mesurer la densité de matière grise dans chaque région du cerveau ainsi que la matière blanche, c'est-à-dire les fibres de connexion entre chaque région. On va voir s’il y a des variations de matière grise entre l'entrée et la sortie", explique à Sciences et Avenir Etienne Koechlin chercheur à l'Inserm et directeur du Laboratoire de Neurosciences Cognitives et Computationnelles, qui participe au projet.

En tout, 30 chercheurs vont s'intéresser à ces résultats, concernant plusieurs champs d'étude: "cognition, épigénétique, psychologie et psychiatrie, chronobiologie, sommeil et physiologie générale, éthologie et sociologie, écologie et géographie", explique Deep Time sur son site. Il est mentionné "des protocoles en laboratoire en pré et post-opération, durant 2 ans". "Quel a été leur rythme pendant cet enfermement? A t-il été allongé? Leurs rythmes se sont-ils synchronisés? Y a t-il eu une modification du cerveau? Des IRM seront réalisés à la sortie pour en savoir davantage", explique auprès de France 3 Mélusine Mallender.

"On observera également la masse corporelle, l’orientation et à l’inverse la désorientation, des protocoles concernant l’odorat sont aussi mis en place".
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV