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Vaccins: le gouvernement maintient le délai entre deux injections à "3 ou 4 semaines"

Le ministre de la Santé a choisi de suivre les recommandations des fabricants: le vaccin Pfizer/BioNTech prévoit normalement un délai de 21 jours entre les deux injections, il est de 28 pour le vaccin Moderna.

Le gouvernement a tranché. Même si la réflexion est "légitime", Olivier Véran et Alain Fischer, le "monsieur vaccin" de l'exécutif, ont annoncé ce mardi ne pas suivre les recommandations de la Haute autorité de Santé (HAS) et ne pas rallonger le délai entre l'administration des deux doses des vaccins à ARN messager comme celui développé par Pfizer/BioNTech.Les autorités ont préféré suivre les recommandations des laboratoires et le protocole des essais cliniques, qui fixent un délai de trois à quatre semaines.

"Nous sommes face à une part d’inconnu et je fais le choix de la sécurité", a expliqué le ministre de la Santé. "Je maintiens donc le délai d’injection entre deux injections Pfizer à 21 ou 28 jours, soit 3 à 4 semaines, et demande aux acteurs en charge de la vaccination de s’en tenir à cette recommandation. Nous ne touchons pas au délai d’injection du vaccin Pfizer", a martelé le ministre.

Conséquences incertaines

En fin de semaine passée, la HAS avait estimé qu'un délai allant jusqu'à six semaines entre les injections pouvait être toléré, en raison des retards de livraison des vaccins et de "l'arrivée de nouveaux variants sur le territoire national". L'autorité jugeait ce décalage nécessaire "afin de protéger plus vite un plus grand nombre de personnes à risque d'hospitalisation ou de décès."

Seulement "on s’aperçoit aussi que quelques semaines plus tard, fin mars, début avril, que le nombre de vaccinés serait le même", a assuré Alain Fischer.

En ce qui concerne l'efficacité de la seule première dose, plusieurs questions se posent. "Nous n’avons aucune information disponible sur l'efficacité dans la durée d’une première dose. Il y a quelques éléments de signaux d’alerte, des données publiées en Israël montrent que chez les plus de 65 ans, la protection entre les deux doses n’est que de 33%, c’est une déception", a poursuivi Alain Fischer.

"Dans les essais cliniques, peu de personnes ont reçu la seconde dose à six semaines. On conçoit que la puissance statistique est faible", a-t-il ajouté.

Quelle réponse immunitaire?

Enfin, la question des conséquences sur l'immunité d'un délai rallongé se pose également. "On ne les connaît pas du tout alors que la population-cible est fragile", a-t-il insisté, rappelant que la science fait actuellement face à "une nouvelle maladie, peu connue."

Depuis plusieurs semaines, le débat divisait le monde scientifique. Invitée de RTL ce lundi, l'épidémiologiste Dominique Costagliola a estimé que le délai rallongé proposé par la HAS était "un pari", qui pourrait se solder par "l'émergence de variants résistants aux vaccins et des anticorps facilitants". Les personnes vaccinées "auront peut-être une moins bonne réponse immunitaire si on retarde l'injection", a-t-elle expliqué.

Dans les colonnes de Libération, le président du Conseil Scientifique Jean-François Delfraissy a indiqué que son avis a évolué sur la question: d'abord favorable à cette mesure, il est maintenant "plus nuancé."

"En cas d’espacement des deux doses, on ne connaît pas bien la qualité de la réponse immunitaire, notamment chez les plus vulnérables. Certains variants pouvant présenter une sensibilité plus faible au vaccin, on se dit qu’on a besoin d’une réponse immunitaire la plus complète possible", conclut-il.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV