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Vacances d'été, rentrée: comment les épidémiologistes envisagent la suite de l'épidémie de Covid-19

Des clients en terrasse à Paris le 1er juin.

Des clients en terrasse à Paris le 1er juin. - STEPHANE DE SAKUTIN

La situation épidémique s'est considérablement améliorée ces dernières semaines en France, et si un rebond épidémique semble peu probable au début de l'été, les épidémiologistes appellent à la vigilance, notamment pour la rentrée.

"Le port du masque en extérieur ne sera plus obligatoire, sauf dans certaines circonstances", à partir de ce jeudi a annoncé le Premier ministre Jean Castex mercredi, ajoutant que le couvre-feu sera levé dès ce dimanche. Des annonces surprises, en avance sur le calendrier qu'avait annoncé l'exécutif, qui sont dues à la forte baisse de la circulation du Covid-19 ces dernières semaines.

"On regarde où nous en sommes et à chaque fois nous adaptons les choses", a expliqué peu après le président de la République Emmanuel Macron, ajoutant qu'il fallait conserver "beaucoup de prudence, rien n'est gagné j'insiste là-dessus".

L'épidémie est "en cours de maîtrise"

La bonne situation sanitaire actuelle est "multifactorielle", soulignait mercredi sur BFMTV l'épidémiologiste et professeur de santé publique Yves Coppieters. "C'est clair que la vaccination contribue à la diminution de la circulation du virus, mais il y a bien sûr d'autres facteurs comme l'effet météo", ainsi que le respect des protocoles en intérieur et les réflexes intégrés des gestes barrières et de la distanciation sociale dans la population.

"La situation épidémiologique est extrêmement favorable en France", s'est réjoui mercredi sur BFMTV l'épidémiologiste Antoine Flahault, qui souligne le faible nombre de diagnostics Covid-19 actuels. "On devrait arriver très près des 2000 cas par jour de nouvelles contaminations aujourd'hui [mercredi], et dans une semaine, on devrait être assez proches, et même peut-être au-dessous, des 1000 cas par jour", a-t-il déclaré.

Le dernier bilan mercredi soir donnait 3058 cas dépistés dans les dernières 24 heures, un chiffre continuellement à la baisse depuis plusieurs semaines, et qui augure de bonnes nouvelles pour le contrôle de l'épidémie lors de celles à venir. Ce nombre de cas déclinant signifie désormais que le système Tester-Alerter-Protéger mis en place par le gouvernement "est pleinement opérationnel et amplifie les mesures de freinage" qui restent en place a expliqué ce jeudi matin sur BFMTV-RMC le ministre de la Santé Olivier Véran, pour qui l'épidémie est "en cours de maîtrise".

"On ne pouvait pas demander aux autorités sanitaires de retracer toutes les chaînes de contamination quand il y avait 10.000, 30.000, 40.000 cas par jour, ce n'était pas possible", explique Antoine Flahault. Mais "à partir du moment où sur un pays grand comme la France on arrive à 2000 ou 1000 cas par jour, ce qui est possible c'est de tout retracer, exhaustivement, sans aucun trou dans la raquette, on peut même séquencer tous les virus détectés", ce qui permettra également d'identifier les variants présents sur le territoire.

Un risque de rebond cet été?

Si Jean Castex a levé des restrictions mercredi, il a aussi rappelé qu'il en conservait quelques unes, comme les règles de jauges pour les bars, les restaurants ainsi que les établissements sportifs et culturels, qui ne seront pas levées avant le 30 juin.

Une bonne chose pour les épidémiologistes, qui rappellent que, même si la circulation du virus et la pression sur les hôpitaux diminuent, le SARS-CoV-2 est toujours là. "Nous avons toujours des personnes admises en réanimation pour des formes graves, environ 70 par jour, ce n'est pas zéro", lance sur BFMTV Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation à l'hôpital Lariboisière (Paris).

"Le virus circule, et tous les groupes de population fragiles ne sont pas encore vaccinés, ou pas avec les deux doses, donc oui il faut encore garder des mesures de restriction", abonde Yves Coppieters. "Je pense que c'est encore nécessaire, et malheureusement que ce sera encore nécessaire tout l'été, parce qu'avec l'été, il y aura beaucoup de brassage de population, on va augmenter le risque, donc il faut être capable de maintenir ce niveau de risque avec ces mesures adaptatives".

Dans ses projections pour l'été, l'Institut Pasteur avait déjà souligné qu'il était important de ne pas lever trop rapidement les mesures de freinage, afin d'éviter une reprise épidémique. De plus, si la première étape du déconfinement progressif datant du 19 mai ne semble pas avoir eu d'incidence négative sur la situation sanitaire, il est encore un peu tôt pour évaluer celle du 9 juin dernier, autorisant la réouverture des cafés et restaurants en intérieur - avec jauges - où les risques de contamination sont plus forts. Il faut en effet deux à trois semaines pour se rendre compte des conséquences d'une décision sur la circulation de l'épidémie.

"Les nouveaux assouplissements ne devraient pas modifier le tableau", déclare dans Libération l’épidémiologiste Mircea Sofonea. "La seule chose qu’on peut dire, c’est que juin et juillet seront calmes. Mais attention, le virus circule toujours et seule une minorité de la population est aujourd’hui complètement protégée. La dynamique épidémique peut s’inverser au cours de l’été si la couverture vaccinale ne s’étend pas davantage".

L'inconnue des variants

Les projections restent pour le moment suspendues à des inconnues potentielles: l'arrivée de nouveaux variants, ou la prolifération de certains connus, comme le variant Delta, qui est devenu majoritaire en Angleterre. "Il existe un risque de rebond de l'épidémie, lié essentiellement à la pénétration de certains variants, et on craint bien évidemment le variant Delta, qui pénètre de plus en plus en Europe", explique Yves Coppieters, précisant toutefois que les vaccins actuels semblent fonctionner contre cette mutation.

"Si on est à moins de 1000 cas par jour il n'y a pas de soucis" avec le variant Delta, explique Antoine Flahault. "Si on arrive à démanteler, comme cela a été fait avec succès dans les Landes, toutes les chaînes de transmission avant même qu'elles puissent se transmettre dans la communauté, c'est très bien".

Le président du Conseil Scientifique Jean-François Delfraissy s'était fait moins optimiste au sujet du variant Delta la semaine dernière. "On va probablement le contenir jusqu'à l'automne, et là il est possible que nous ayons une quatrième vague en France", avait-il déclaré sur France Info. Il notait alors que cette "quatrième vague va être probablement très différente, parce qu'on va être autour de 38 millions de vaccinés début juillet", ce qui aura "un effet de blocage qui fait que les retentissements de ce nouveau variant seront très différents".

"Nous jouons ce qui va se passer en octobre par les vaccinations"

En ce sens, si elle ne doit pas être la seule mesure prise pour lutter contre le Covid-19, la vaccination a une place prépondérante pour lutter contre l'épidémie. "Nous jouons ce qui va se passer en octobre par les vaccinations que nous faisons aujourd'hui", déclare Bruno Mégarbane. "Il existe un risque de rebond qui n'est pas nul si la vaccination n'est pas suffisante, si nous n'atteignons pas l'immunité collective de 80 à 85%", ou plus.

"Ce qui prendra le relais, c’est le taux de couverture vaccinale. Il faut qu’il soit le plus élevé possible en septembre", explique également dans Le Parisien l'épidémiologiste Arnaud Fontanet.

Pour éviter un rebond de l’épidémie à la rentrée, comme cela avait été le cas en 2020, "il sera sans doute nécessaire de maintenir certaines restrictions sociales, comme le port du masque en milieu fermé ou les grands rassemblements sans attestation de test ou de vaccination", explique de son côté Mircea Sofonea. "La vaccination doit être associée aux autres stratégies: continuer à faire des tests, de l'isolement des cas, de la surveillance épidémiologique par rapport aux variants", abonde Yves Coppieters.

"L'avenir de notre été, il est entre nos mains. Ce que vous allez faire, comment vous allez être raisonnable en dînant demain soir", avait mis en garde Jean-François Delfraissy. "Il ne faut pas croire que parce qu'on a le vaccin cela va tout résoudre, c'est le vaccin avec un certain nombre de mesures".
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV