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"Un numéro d’appel vital": le Samu et 250 signataires défendent le "15" dans une tribune

Un opérateur du centre de régulation du Samu 94 à l'hôpital Henri Mondor de Créteil, le 6 mars 2020 (Photo d'illustration)

Un opérateur du centre de régulation du Samu 94 à l'hôpital Henri Mondor de Créteil, le 6 mars 2020 (Photo d'illustration) - Thomas SAMSON © 2019 AFP

Dans une tribune parue aujourd’hui dans le JDD, des professionnels de santé dénoncent la proposition d’instaurer un numéro unique de réponse aux appels d’urgence. Ce dernier regrouperait les appels au Samu, à la police et aux pompiers.

Est-ce la fin du fameux numéro 15 pour appeler le Samu? C’est ce que craignent les 250 signataires d’une tribune publiée dimanche dans le JDD parmi lesquels figurent François Braun, président du syndicat Samu-Urgences de France, Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), Bruno Riou, directeur médical de crise de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, et Rémi Salomon, président de la commission médicale des Hôpitaux de Paris.

Dans cette tribune, ils alertent contre la mise en place du 112, un numéro unique de réponse aux appels d’urgence qui réunit le 15 (le Samu), le 17 (la police) et le 18 (les pompiers). Les députés ont voté en commission le 12 mai, l’expérimentation de ce numéro commun qui fait partie d’une proposition de loi sur la sécurité civile et les sapeurs-pompiers portée par le député LREM Fabien Matras.

"Nous tenons cependant à alerter sur le fait que consacrer le 112 comme numéro d'appel d'urgence unique pour tous les services reviendrait à faire le choix d'une réponse aux appels d'urgence à la fois moins efficace voire dangereuse et plus coûteuse pour le contribuable", expliquent les signataires.

Un risque de surcharger les urgences

Pour les signataires de cette tribune, le 112 mettrait un intermédiaire de trop entre le Samu et la personne appelant alors que "seul un médecin est capable de définir avec l'appelant la gravité de la situation médicale". Ils pointent également du doigt le risque d’engorgement des urgences qui sont déjà dans une situation critique.

"En appelant un numéro unique, pour parer à toute éventualité, la réponse la plus probable sera l’envoi d’une ambulance, conduisant par précaution la personne aux urgences de l’hôpital le plus proche. Cela reviendrait à gaspiller des moyens, alors même que les ressources sont limitées", peut-on lire.

Interrogé par l’AFP, François Braun de Samu-Urgences de France rappelle qu’en mars 2020, les Samu ont reçu 80.000 appels de plus par jour en seulement 48h. Mais toutes ces personnes ne se sont pas rendues à l’hôpital. "On a donné des conseils, on a fait du suivi... On a fait ce que l'on sait faire: de la régulation médicale", explique-t-il.

A la place du 112, les signataires plaident pour un numéro commun "urgences santé" réunissant le Samu et la médecine de ville pour les demandes urgentes. Ces appels seraient reçus via une plateforme médicale en lien avec celle "secours" des sapeurs-pompiers.

Un numéro qui divise les professionnels de santé

Cette opposition à la mise en place du 112 n'est pas partagée par tous les professionnels de santé. Interrogé par BFMTV, Patrick Hertgen, médecin urgentiste Pompiers et vice-président des Pompiers de France, estime que "le monde de la santé qui s’inquiète est très mal informé" et n’a pas compris "le sens" de la proposition de loi Matras.

"Ce qui est proposé, c’est que le 112 qui existe depuis 30 ans, qui est prévu dans un règlement de l’Union Européenne, soit le service vers lequel peuvent se tourner tous les habitants qui sont face à une urgence immédiate et soit le service autour duquel l’ensemble des professionnels concernés va travailler", affirme Patrick Hertgen.

Pour le vice-président des Pompiers de France, l'actuelle multiplicité des numéros d'urgence n'est pas forcément une bonne chose pour les appelants.

"Aujourd’hui quand vous faites le 15 et que vous avez besoin de secours, vous avez une perte de temps qui est parfois une perte de chance parce qu'on prend votre adresse, on discute avec vous, on prend l'information et ensuite on rapelle le service qui va intervenir en première ligne. Ce service le plus souvent, c'est aussi les sapeurs-pompiers", affirme Patrick Hertgen.
Marine Langlois avec AFP