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Un marqueur pour identifier les moustiques "super-propagateurs" du paludisme

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Les moustiques vecteurs du paludisme peuvent maintenant être identifiés plus facilement, selon une équipe de scientifiques qui a identifié un marqueur génétique à l'origine d'une plus grande sensibilité au parasite. Ces résultats pourraient appeler à développer de nouvelles stratégies plus ciblées de lutte antivectorielle.

Le paludisme est une maladie infectieuse potentiellement mortelle due à plusieurs espèces de parasites appartenant au genre Plasmodium. Le parasite est transmis à l’homme par la piqûre de moustiques femelles infectées, appartenant tous au genre Anopheles. Selon les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la santé (décembre 2016), 212 millions de cas de paludisme et 429 000 décès ont été rapportés en 2015.

Près de la moitié de la population mondiale est exposée au risque de contracter cette maladie, et la majorité des cas surviennent en Afrique subsaharienne. Aujourd’hui, aucun vaccin n’est disponible pour lutter contre le paludisme, la prévention reposant sur la lutte antivectorielle. Deux formes de lutte antivectorielle sont efficaces dans beaucoup de situations: les moustiquaires imprégnées d’insecticide et la pulvérisation d’insecticides à effet rémanent à l’intérieur des habitations.

Des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS et de l’IRD*, en collaboration avec des équipes scientifiques africaines et américaines évoquent une autre piste, celle de distinguer les moustiques les plus susceptibles d’être infectés par le parasite du paludisme, et donc de transmettre la maladie. Leur étude précise en effet que les moustiques "super-propagateurs", particulièrement compétents dans la transmission de ce dernier, présentent une variation génétique propre.

Une sensibilité deux fois plus élevée

Ce marqueur génétique rendant compte d’une variation de l’aptitude des moustiques à être infectés par et donc à transmettre le parasite Plasmodium a été identifié grâce à des études menées dans différents villages de Guinée, du Kenya et du Burkina Faso.

"A partir de plusieurs moustiques, nous avons mesuré la présence du parasite et leur génotypage, et croisés les données. Nous avons trouvé une association entre le taux d'infection et cette variation génétique même si nous ne savons pas quels sont les mécanismes derrière cette différence de sensibilité.", explique à Santé Magazine Kenneth Vernick, chef de l’Unité de génétique et de génomique des insectes vecteurs de l’Institut Pasteur.

Jusqu'ici, plusieurs études menées en laboratoire ont mis en évidence une grande diversité chez les moustiques Anopheles quant à leur capacité à transmettre le parasite. Mais les raisons d’une telle variation, qui n’avait jamais été observée chez le moustique en milieu naturel, demeuraient jusqu’alors mal comprises. Appelé 2La, ce marqueur est ainsi le premier cas de variation génétique recensé au sein d’une population de moustiques sauvages, en lien avec l’infection par le parasite du paludisme.

De la prévention à l'extérieur des maisons

"Les moustiques porteurs de cette variation génétique ont deux fois plus de chances d’être infectés par le paludisme. En clair, il y a des moustiques moins sensibles et plus sensibles", ajoute Kenneth Vernick. Les chercheurs ont également découvert une autre caractéristique de ces moustiques "super-propagateurs": ils sont le plus souvent dehors, alors que les moustiques non-porteurs du marqueur génétique passaient plus de temps à l’intérieur des habitations.

Or, les efforts menés actuellement dans la lutte contre ces insectes vecteurs du paludisme ciblent à la fois les moustiques infectés et les moustiques sains, et ce davantage à l’intérieur des habitations (moustiquaires, insecticides). Des résultats qui indiquent que ce type de moustiques pourrait être responsable de la majorité des cas de transmission du paludisme dans les régions d’Afrique de l’Est et centrale où ils prolifèrent.

Cette découverte ouvre donc la voie à la mise en place d’une stratégie resserrée sur les seuls insectes résidant de préférence dehors. "Les résultats ajoutent à l'urgence de développer d'autres outils car actuellement la lutte antivectorielle concerne les outils qui sont à l'intérieur de la maison", conclut Kenneth Vernick. Parallèlement, les scientifiques vont poursuivre leurs investigations dans les zones humides où sont concentrés les plus hauts taux de transmission du paludisme au monde, afin de confirmer leurs résultats.

*Institut de recherche pour le développement 

Alexandra Bresson