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Un gène rare expliquerait pourquoi certaines femmes souffrent moins pendant l'accouchement

Une femme avant d'accoucher et une sage-femme photographiées au CHU d'Angers

Une femme avant d'accoucher et une sage-femme photographiées au CHU d'Angers - Jean-Sebastien Evrard

Des scientifiques ont découvert un gène qui permettrait de mieux tolérer la douleur de l'accouchement. Une véritable "péridurale naturelle".

Une étude réalisée par des scientifiques de l'université de Cambridge révèle qu’un gène rare, présent chez certaines femmes, expliquerait pourquoi celles-ci n'ont pas besoin d'analgésiques pendant leur accouchement. L'étude a été publiée ce mardi dans la revue scientifique américaine Cell Reports spécialisée en biologie.

Seuil de résistance à la douleur

Des chercheurs de la prestigieuse université anglaise se sont penchés sur la question car la tolérance à la douleur de la parturition varie intensément en fonction des femmes. Parmi elles, certaines ne désirent pas d'aide à la douleur. D'après Michael Lee, co-auteur de cette étude et professeur anesthésiste à Cambridge, "il est rare que les femmes ne demandent pas de gaz et d'air, ou de péridurale pour soulager la douleur pendant le travail, en particulier lorsqu'elles accouchent pour la première fois". C'est ce type de femmes qui a intéressé les scientifiques.

Dans le cadre de leur étude, les universitaires ont constitué deux groupes qu'ils ont soumis à différents "tests". Le premier groupe est composé de femmes n'ayant pas eu besoin de traitement contre la douleur pour leur accouchement. À l'inverse, les mères qui constituent le deuxième groupe ont accouché dans les mêmes conditions mais ont bénéficié d'une péridurale: il s'agit du groupe dit "contrôle". Les scientifiques de Cambridge ont précisé que parmi ces groupes, aucune différence émotionnelle ou cognitive - qui aurait pu venir fausser les résultats - n'a été constatée.

À partir de ces échantillons, les scientifiques ont réalisé une série de tests. Ils ont étudié leur résistance à la douleur en leur appliquant différentes sensations sur le bras: de la chaleur, de la pression et de l'eau glaçée.

Les résultats ont révélé que dans le groupe 1, les femmes ont mieux résisté à la douleur lors de ces trois "exercices". Les scientifiques ont conclu qu'elles avaient un seuil bien plus élevé de tolérance avant de ressentir la douleur.

Un gène à l'origine de la tolérance de la douleur

Une fois ces tests réalisés, les scientifiques ont étudié les codes génétiques de chacune de ces femmes. Ils ont observé que dans le groupe de mères qui résiste mieux à la douleur, toutes possèdent une variante du gène KCNG4. Cette protéine est présente chez 1 femme sur 100. Elle permet de limiter la capacité des cellules nerveuses à envoyer le signal au cerveau: la douleur est moins ressentie.

"La variante génétique que nous avons trouvée chez les femmes qui ressentent moins de douleur lors de l'accouchement entraîne un "défaut" dans la formation de l'interrupteur des cellules nerveuses", explique le co-auteur et pharmacologue Ewan St John Smith. "En fait, ce défaut agit comme une péridurale naturelle".

Cet "analgésique naturel" serait donc un "défaut" dans le circuit de la douleur, qui viendrait l'atténuer. Ewan St John Smith a précisé qu'il fallait donc un signal beaucoup plus important chez ces femmes pour qu'elles ressentent la douleur de l'accouchemement.

Non seulement nous avons identifié une variante génétique chez un nouvel acteur sous-jacent à différentes sensibilités à la douleur", a ajouté le co-auteur Frank Reimann, professeur de signalisation endocrinienne à Cambridge. "Mais nous espérons que cela pourra ouvrir des pistes pour le développement de nouveaux médicaments pour gérer la douleur"
Barbara Fogiel Journaliste BFMTV