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Un Français sur 10 boit de l'alcool tous les jours

Selon des données publiées ce mardi matin par Santé publique France, la consommation d’alcool ne baisse pas, contrairement à celle du tabac, avec 1 million de fumeurs de moins recensés en 2017.

C’est une stagnation qui préoccupe les autorités sanitaires. En moyenne, chaque Français consomme 11,7 litres d’alcool pur par an. Un Français sur dix en boit tous les jours. Un niveau stable depuis 5 ans avec une frange de très gros buveurs: 10% des adultes boivent à eux seuls plus de la moitié (58%) de l’alcool vendu dans notre pays. En outre, la consommation d'alcool est responsable d'environ 41.000 décès par an en France, un impact sanitaire en baisse mais encore "considérable".

Selon Michel Reynaud, addictologue président du fonds Action Addiction, ces mauvais chiffres résultent du manque de politique publique cohérente, contrairement à la lutte contre le tabagisme.

"Je suis frappé par la discordance entre le tabac et l’alcool. Alors que le gouvernement se félicite - à juste titre - des très bons résultats sur le tabac, grâce à une politique efficace: augmentation des prix, contrôle de la publicité, paquet neutre, dénormalisation de la consommation et e-cigarette; c’est l’absence de politique concernant l’alcool qui fait que l’on stagne depuis des années."

"Il vaut mieux ne pas y tomber"

Selon le professeur d’addictologie, il y aurait pourtant des solutions efficaces à mettre en place. "Ce sont des mesures pour lesquelles tous les spécialistes et l’OMS sont d’accord. Le prix minimum de l’alcool, le contrôle de la publicité. Nous demandons aussi pour l’alcool un fonds de prévention comme pour le tabac, en taxant la publicité."

Un constat largement partagé par Laurence Cottet. Pour elle, cela fait 10 ans que les jus d’orange et capuccino ont remplacé les verres de vin. Cette ancienne alcoolique, tombée dans l’excès après un drame personnel à l’âge de 35 ans, raconte avoir mis 4 ans à se soigner. Depuis, elle a passé un diplôme en addictologie, pour mieux comprendre ce qui l’a fait basculer d’une consommation plaisir à ce qu’elle appelle "la drogue alcool".

"Un jour, vous vous rendez compte que ce n’est plus un verre mais une bouteille que vous buvez tous les jours. C’est une vraie maladie pas gratifiante à soigner, on est souvent dans la honte, on perd du temps avant de se soigner, donc il ne vaut mieux ne pas y tomber. C’est tout le sens de la prévention que je mets en place", témoigne la quinquagénaire.

Une question de volonté et non de moyens

Laurence Cottet milite notamment pour une dénormalisation de l’image de l’alcool. "Quand quelqu’un veut arrêter de fumer, on va l’applaudir des deux mains. S’il dit 'je ne bois pas ce soir', on va le montrer du doigt. C’est toute la différence. On n’a pas les mêmes images de ces deux produits", explique-t-elle.

Cette ex-malade vient d’organiser sur les réseaux sociaux deux opérations: janvier puis "février sobre". Un défi inspiré du "Dry January" des pays nordiques pour inciter chaque Français à réfléchir sur sa consommation d’alcool.

"Ce sont des petits outils. Cela m’a demandé beaucoup d’énergie mais cela n’a pas coûté un euro à l’Etat. Cela montre que c’est une question de volonté et pas seulement de moyens."
Margaux de Frouville