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Soupçons de maltraitances en Ehpad: Véran n'exclut pas de diligenter une enquête

Le ministre de la Santé a été interpellé ce mardi lors de la séance de questions au gouvernement au sujet des révélations portées par un livre-enquête accusant le groupe Orpea de maltraiter les résidents de certains de ses Ehpad. Olivier Véran a déclaré qu'il lancerait, le cas échéant, une mission d'inspection au sein de ces établissements.

Alors qu'un livre-enquête à paraître ce mercredi fait état de maltraitances à l'égard des résidents d'au moins un Ehpad du groupe Orpea, Olivier Véran a évoqué dès ce mardi des "allégations graves", promettant de "faire la lumière" sur leur véracité.

Le ministre de la Santé a promis aux députés que le gouvernement allait sommer la société privée d'apporter des réponses quant à ces mauvaises pratiques présumées, il a même ouvert la possibilité du lancement d'une enquête en profondeur.

"Je verrai s’il y a lieu de diligenter une enquête de l’inspection générale sur l’ensemble du groupe pour vérifier les procédures en vigueur et les conditions dans lesquelles ils(le groupe Orpea, NDLR) prennent en charge les résidents", a-t-il ainsi posé.

Graves négligences: les accusations des Fossoyeurs

Pour comprendre les propos d'Olivier Véran, il faut se pencher sur le contenu de l'ouvrage du journaliste d'investigation Victor Castelet, intitulé Les Fossoyeurs. Au terme d'une plongée de trois ans, celui-ci porte en effet de graves accusations contre la société de gestion d'Ehpad Orpea, leader mondial du secteur.

Négligences, manque d'attention à l'égard des patients, économies de bouts de chandelles aux effroyables répercussions sur la vie des séniors admis dans ces établissements. Le livre dépeint une course au profit débordant les nécessités impliquées par le soin de patients particulièrement vulnérables.

Le journaliste parle de résidents changés trop irrégulièrement, parfois réduits à mariner dans leurs excréments des heures durant, de mauvais traitements, une nourriture de piètre qualité. Des incriminations que le groupe conteste et a même rejeté en bloc via un communiqué.

Les "trois pensées" d'Olivier Véran

Mais ces soupçons sont d'ores et déjà à l'origine d'une vaste émotion remontant de l'opinion à la classe politique. "Certaines situations nous commandent d’agir. Agir aujourd’hui et maintenant", a lancé Stéphanie Kerbarh, députée (émargeant au sein du groupe Libertés et Territoires) élue dans la Seine-Maritime, depuis la tribune du Palais-Bourbon ce mardi après-midi. Interpellant le ministre de la Santé, elle a encore pointé: "Il faut a minima nous interroger sur les dérives de certains Ehpad à but lucratif."

En ouverture de son discours, Olivier Véran a alors eu "trois pensées":

"La première, à destination des 700.000 personnes âgées qui sont actuellement dans un établissement en raison d’une perte d’autonomie. La deuxième pensée pour les centaines de milliers de soignants qui, au quotidien, dans des conditions difficiles, prennent en charge avec bienveillance, soignent et accompagnent ces résidents."

"Ma troisième pensée est destinée aux familles des personnes qui sont admises dans ces établissements pour personnes âgées et qui sont inquiètes légitimement de la manière dont leur proche peut être pris en charge et accompagné dans ce séjour en Ehpad", a-t-il enchaîné.

"Gravité, sérieux et détermination"

S'il a reconnu ne pas avoir encore pris connaissance du livre en question, mais seulement des quelques extraits que la presse a mis en circulation, Olivier Véran a donc dénoncé des "allégations graves sur les agissements au d’un ou plusieurs établissements pour personnes âgées faisant partie d’un groupe privé – Orpea". "Je prends ce sujet avec beaucoup de gravité, de sérieux et de détermination", a-t-il garanti plus tard, se disant résolu à "faire la lumière" autour de ces faits.

Il y a l'intention mais aussi les modalités concrètes de l'action. Aussi, le ministre a-t-il précisé: "J’ai demandé à la ministre déléguée en charge de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, de saisir immédiatement le groupe, pour que des réponses soient apportées". Reprenant son triptyque initial, il a soutenu: "Nous le devons, aux familles, aux soignants, aux résidents".

Si les justifications et les éléments livrés par Orpea venaient à ne pas être satisfaisants, la société fera l'objet d'une procédure plus formelle. "Et à la lumière de ces conclusions, je verrai s’il y a lieu de diligenter une enquête de l’inspection générale sur l’ensemble du groupe pour vérifier les procédures en vigueur et les conditions dans lesquelles ils prennent en charge les résidents", a lancé Olivier Véran.

Olivier Véran défend l'ARS

Son interlocutrice s'était interrogée à haute voix sur le contrôle exercé par les agences régionales de santé sur ces établissements. Olivier Véran a voulu alors livré des informations relatives à la structure de Neuilly-sur-Seine, qui se trouve au centre de l'enquête Les Fossoyeurs:

"Cet établissement en particulier, cité comme exemple dans ce livre, a fait l’objet d’une inspection missionnée par l’agence régionale de santé en 2018 sur la base d’allégations moins graves que celles rapportées dans le livre donc probablement que l’ARS n’avait pas connaissance de tous les faits reprochés. Les conclusions de cette mission ont été délivrées à cet établissement en février 2019 pour action".

"Ce sera aussi l’occasion de vérifier que toutes les mesures correctives ont pu être mises en place", a-t-il observé pour finir.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV