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Séparation des sœurs siamoises à Lyon: retour sur une opération hors norme

Bissie et Eyenga se portent bien après leur opération.

Bissie et Eyenga se portent bien après leur opération. - MICHEL BREYSSE / HCL

Bissie et Eyenga, deux petites siamoises camerounaises, ont été opérées avec succès le 13 novembre dernier. Toutes les deux "se portent bien" selon l'équipe médicale.

Depuis une semaine, les deux petites filles apprennent à vivre séparément. Un bouleversement pour les sœurs qui étaient reliées jusqu'au 13 novembre dernier par l'abdomen avec une partie du foie en commun. Opérées à l'hôpital Femme-Mère-Enfant à Lyon, toutes les deux "se portent bien", a annoncé l'équipe médicale lors d'une conférence de presse ce vendredi. 

Des larmes d'émotion

"Ça a été un formidable travail d'équipe", a confié le professeur Pierre-Yves Mure, l'un des chirurgiens lyonnais qui a participé à cette intervention chirurgicale "très technique" qui a duré cinq heures. 

"Lorsqu'elle s'est déroulée, nous n'avons pas noté de difficultés majeures et nous avons travaillé dans un remarquable climat de confiance et de sérénité", confie le chirurgien. "Il n'y avait pas un mot mais tout le monde se comprenait, on avait fait notre boulot et il y a eu quelques larmes" d'émotion à l'issue, a décrit le Pr Pierre-Yves Mure. 

Deux équipes chirurgicales ont été mobilisées pour réaliser cette opération exceptionnelle. C'était la première fois que l'hôpital accueillait une intervention de ce type. 

"Nous pensions avoir des salles spacieuses, mais dans ce cas, avec deux enfants, deux respirateurs et une double équipe dans une même salle, cela nous a paru petit ! Nous avons travaillé plus confortablement une fois que Bissie et Eyenga ont pu être mises dans deux blocs différents", expliquent Magali Lencroz et Philippe Serra, cadres du bloc opératoire. 

Une deuxième naissance

L'opération terminée, les médecins ont pu refermer complètement la peau et créer un nombril aux deux petites filles. Elles ont ensuite été placées sous assistance ventilatoire "dans deux lits séparés mis l'un à côté de l'autre", précisent Etienne Javouhey et Solène Rémy, réanimateurs pédiatriques.

"Dès qu'elles ont pu respirer par elles-mêmes, nous les avons placées dans le même lit pour qu'elles ne soient pas trop effrayées à leur réveil", ajoutent-ils. 

Depuis l'accueil des petites filles en France au début du mois de novembre, l'équipe médicale a travaillé sur les conséquences psychologiques de cette séparation. 

"Au début, elles restaient 'collées' l'une à l'autre. Elles commencent petit à petit à accepter de s'éloigner l'une de l'autre", précise Hugues Desombre, pédopsychiatre à l'hôpital Femme-Mère-Enfant. Selon lui, "c'est une deuxième naissance pour elles, d'une certaine manière, et c'est un chemin de tous les jours".

Un retour au Cameroun avant la fin de l'année?

Depuis l'opération, les deux fillettes sont prises en charge par des psychologues, des psychomotriciens et des kinésithérapeutes pour suivre une rééducation. Elles apprennent notamment à se tenir de façon autonome et indépendante. 

"Notre souhait est que les deux enfants rentrent au Cameroun avant la fin de l'année si c'est possible", a déclaré le professeur Pierre-Yves Mure. 

Pour cela, il faudra d'abord que Bissie, subissent une intervention cardiaque. La fillette souffre d'une "cardiopathie relativement sévère". Ce problème avait été détecté lors des examens préopératoires à leur arrivée en France. Elle doit encore subir la semaine prochaine des examens complémentaires.

Benjamin Rieth