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Réouvertures mi-mai: les épidémiologistes craignent un allègement trop prématuré des mesures

Des piétons sur les bords de Seine à Paris, le 19 avril 2021

Des piétons sur les bords de Seine à Paris, le 19 avril 2021 - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Alors que le calendrier des réouvertures se précise peu à peu, il y toujours plus de 30.000 cas de Covid-19 en moyenne chaque jour et un plateau haut à l'hôpital et en réanimation... Pour certains épidémiologistes, l'ambition du gouvernement de relâcher les mesures sanitaires pour la mi-mai doit être revue.

Une décroissance, mais encore trop lente. Tandis qu'Olivier Véran se veut optimiste devant la baisse observée du nombre de cas de contamination quotidiens, plusieurs épidémiologistes mettent en garde l'exécutif qui se fixe toujours la mi-mai comme étape-clé de la réouverture du pays.

S'ils reconnaissent que la situation sanitaire évolue positivement depuis l'instauration des mesures dites de freinage pour l'ensemble de l'Hexagone, les spécialistes appellent le gouvernement à ne pas crier victoire trop vite face à l'épidémie.

"La situation a évolué positivement: les indicateurs de l'épidémie n'augmentent plus", observe Pascal Crépey en s'appuyant sur le taux de reproduction du virus qui est inférieur à 1 selon les dernières données de Santé Publique France.

Un plateau très élevé

L'épidémiologiste et enseignant chercheur à l'Ecole des hautes études de santé publique rappelle néanmoins dans l'Obs que cette "inflexion" de l'épidémie demeure légère et que le plateau qui semble se dessiner, tant pour les contaminations que pour les données hospitalières, reste bien haut. 43.098 cas ont notamment été rapportés positifs ces dernières 24h en France.

Un "coût" à ne surtout pas négliger selon le chercheur qui évoque des hospitalisations et des admissions en réanimation par milliers ainsi que des morts par centaines "pendant des mois".

"Si l'objectif était de revenir à 5000 nouvelles contaminations quotidiennes d'ici le 15 mai, non, il ne serait pas atteint", estime Pascal Crépey qui rappelle toutefois qu'il ne s'agit pas cette fois d'une finalité pour le gouvernement.

"Trois semaines supplémentaires"

Antoine Flahault se veut (un peu) plus confiant. Le directeur de l'Institut de santé globale à Genève affirme pour sa part sur RTL que "la rapidité de la baisse (des contaminations, ndlr) va s'accentuer". L'épidémiologiste considère néanmoins que les autorités ne peuvent aujourd'hui se permettre de promettre avec certitude un allègement des restrictions, "trop prématuré" selon lui.

"Trois semaines supplémentaires [...] permettraient d'arriver à cette décrue épidémique et aux autorités de reprendre la main sur toutes les chaînes de transmission", avance Antoine Flahault.

Yves Buisson de l'Académie nationale de médecine évoque aussi sur France Info un plateau à tendance décroissante, "mais ça n'est pas encore la descente rapide de la courbe épidémique que l'on espère tous".

La situation hospitalière, "vraie boussole"

Encore une fois l'exécutif ne s'est fixé à ce stade aucun objectif sanitaire pour garantir la réouverture des terrasses, commerces et musées. Un changement en comparaison au deuxième déconfinement que Renaud Piarroux juge "très dangereux".

"En relâchant les mesures trop tôt, le risque c’est que la descente ralentisse ou même s’interrompe et que tous ces efforts aient été faits inutilement", prévient le chef du service de parasitologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans les colonnes de Libération.

Pour l'épidémiologiste, c'est la situation hospitalière, la "vraie boussole" qui est l'indicateur que doivent suivre les autorités. Le nombre de personnes actuellement hospitalisées pour une infection à Covid-19 s'élève à environ 31.000 patients tandis que le nombre de malades admis en réanimation avoisine les 6000 patients. Là encore l'objectif des 3000 malades en réanimation fixé par Emmanuel Macron à l'automne 2020 pour espérer une réouverture de certains lieux ne semble être qu'un lointain souvenir.

La nécessité "malgré tout" de libertés en extérieur

Face au risque de saturation des hôpitaux, Renaud Piarroux estime qu'une réouverture dans un tel contexte paraît "inconcevable". Pour Pascal Crépey, il faut "malgré tout" que le gouvernement pense aux espaces de libertés afin d'éviter les regroupements en intérieur, plus propices à la prolifération du virus.

"Il sera d'autant plus facile de respecter les restrictions si nous pouvons les compenser par une reprise d'activité", avance l'enseignant chercheur qui cite notamment les terrasses et les activités en extérieur, "des soupapes de respirations dont la population a besoin".
Hugues Garnier Journaliste BFMTV