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Pour les personnes fragiles ou pour tous? Le débat sur la 3e dose de vaccin prend de l'ampleur en France

Préparation d'une dose de vaccin contre le Covid-19, dans un centre de la Croix Rouge Place de la République à Paris, le 29 juin 2021

Préparation d'une dose de vaccin contre le Covid-19, dans un centre de la Croix Rouge Place de la République à Paris, le 29 juin 2021 - MARTIN BUREAU © 2019 AFP

Déjà administrée pour les personnes sévèrement immunodéprimées, bientôt ouverte aux premiers éligibles à la vaccination, l'idée d'une troisième dose pour toute la population fait son chemin en France. Une question pertinente mais prématurée selon les autorités sanitaires.

Une réalité en Israël, bientôt aussi en Allemagne, au Royaume-Uni, et en France. Dans un contexte de quatrième vague et de probables recrudescences de l'épidémie de Covid-19 dans les mois voire les années à venir, la question de l'immunité collective - et donc de la couverture vaccinale - joue un rôle crucial.

Emmanuel Macron a toutefois fait savoir lors de son allocution du 12 juillet dernier que les premières personnes éligibles à la vaccination "verront prochainement leur taux d’anticorps baisser, leur immunité diminuer".

Conséquence: le président a annoncé qu'il sera possible de bénéficier - pour les personnes vaccinées au début de la campagne - d'une troisième injection du vaccin contre le Covid-19 "dès la rentrée". Sont donc censées être concernés les plus de 75 ans, les personnes souffrant de pathologies augmentant fortement le risque de contracter une forme grave de la maladie et les résidents d'Ehpad.

Un arbitrage "la semaine prochaine"

Le périmètre exact des personnes qui se verront proposer un rappel vaccinal contre le Covid-19 à la rentrée devrait faire l'objet d'un arbitrage "la semaine prochaine", a annoncé mardi le ministère de la Santé, rapporte l'AFP.

"On n'a pas aujourd'hui d'arbitrage, ni même de vision tout à fait stabilisée sur les personnes qui seraient susceptibles de se voir proposer une troisième dose à la rentrée", a indiqué le ministère lors d'un point hebdomadaire sur la campagne de vaccination.

À ce stade, le ministère de la Santé, interrogé par nos confrères du Monde, précisait que la liste n'avait pas encore été définie: "les arbitrages ne sont pas encore rendus, mais devraient l’être d’ici à la mi-août". Dans un avis en date du 6 juillet, le Conseil scientifique considérait pour sa part que cette troisième dose devait concerner "les personnes de plus de 80 ans résidant en Ehpad ou à domicile, ainsi que les patients immunodéprimés au sens large".

Déjà administrée pour les personnes "sévèrement immunodéprimées"

Dans les faits, la troisième dose est déjà administrée en France. La Direction générale de la Santé recommande depuis avril l'injection "d'une troisième dose de vaccin à ARN messager [...] chez les personnes sévèrement immunodéprimées."

Sont concernés les "transplantés d’organes solides, transplantés récents de moelle osseuse, patients dialysés, patients atteints de maladies auto-immunes sous traitement immunosuppresseur fort de type anti-CD20 ou anti-métabolites."

Le mois de septembre constitue donc une nouvelle étape en ce sens qu'il élargit la catégorie de la population éligible à ce rappel. Avant une troisième injection du sérum pour tous? "Pour l'instant on n'en est pas là", a rétorqué lundi matin le professeur Alain Fischer.

Dans l'attente de données complémentaires

Le président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, invité chez nos confrères de RTL, a souligné que cette ouverture de rendez-vous pour une troisième dose ne s'adresse pour l'heure qu'aux "personnes les plus fragiles, les très malades, les très âgées - au delà de 75-80 ans."

"Il faudra certainement dès le début de l'automne, mettre en place la vaccination de rappel", poursuit l'immunologue qui ne voit pas d'urgence à une nouvelle piqûre "pour les plus jeunes et les personnes en bonne santé. On peut attendre un peu et voir les données sur la persistance de l'immunité, celles dont nous disposons aujourd'hui sont assez bonnes."

Francesco Salvo, coordinateur du suivi national de la sécurité du vaccin Pfizer/BioNTech en France (le plus administré à ce jour dans le pays, NDLR), estime sur BFMTV que cette question se posera véritablement "une fois qu'on aura les données au jour par jour sur l'efficacité vaccinale".

"Pour le moment, il me semble qu'il n'y a pas un besoin immédiat de la troisième dose, ce n'est pas à l'ordre du jour", juge-t-il.

Pour tous? "Pas lieu pour le moment", selon la HAS

La Haute Autorité de Santé, saisie par la Direction générale de la Santé sur cette question, a rendu un avis le 16 juillet dernier. Elle indique dedans qu'"il n'y a pas lieu pour le moment de proposer une dose de rappel en population générale" et que la priorité doit être donnée aux primo-injections et aux deuxièmes doses.

"S’il paraît très probable qu’une injection de rappel procurera effectivement un effet boost [...], les données disponibles à ce jour ne permettent pas d’évaluer précisément l’impact ni la nécessité d’un tel rappel sur la prévention des échecs vaccinaux", explique l'autorité sanitaire.

Une dose pour contrer les variants?

Plusieurs médecins estiment toutefois qu'il faudra aller plus loin pour s'assurer d'une protection suffisante contre les variants et les futures souches du virus qui émergeront. Selon le médecin généraliste Pascal Dureau interrogé sur BFMTV, l'hypothèse d'une troisième dose de vaccin est "un peu anticipée, mais on sera probablement obligés de le faire". Pour Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Tenon à Paris, l'administration d'une troisième dose à la population générale est "inéluctable".

"Après il faut savoir si cette troisième dose est liée au facteur temps ou si c'est une troisième dose pour mieux s'adapter aux variants. Ce sera sans doute les deux", avance l'infectiologue sur LCI, jugeant au passage "très choquant" le choix des laboratoires de rénégocier à la hausse le prix de leurs vaccins en Europe.

Une option également jugée intéressante par la Haute autorité de Santé dans son dernier avis rendu.

"La pertinence d’un rappel en population générale pourrait être établie si une diminution de la protection contre la Covid-19 dans le temps était mise en évidence sur la base d’échecs vaccinaux constatés en vie réelle [...] ou si un nouveau variant 'résistant' aux vaccins actuellement disponibles émergeait sur le territoire", avance enfin la HAS.
Hugues Garnier Journaliste BFMTV